« L’ÉLAN est incroyablement grotesque et disgracieux à voir. Pourquoi faut-il qu’il soit aussi grand au garrot ? qu’il ait la tête si longue * ? » L’auteur de ces mots, l’écrivain du XIXsiècle David Thoreau, n’est pas le seul à avoir brossé un tel portrait de l’orignal, aussi appelé élan d’Amérique. Comme cet animal sauvage et solitaire a un drôle d’aspect et qu’on l’aperçoit rarement, il a acquis la réputation d’être maladroit et stupide. Est-ce vraiment le cas ? Des chercheurs d’Amérique du Nord et d’Eurasie ont fait des découvertes intéressantes...

Personne ne niera que l’orignal est un géant. Ce « roi de la forêt » a des pattes si longues qu’elles semblent l’encombrer. Ce sont pourtant ces pattes qui peuvent faire fuir toute une bande de loups. Quelques jours après sa naissance, l’orignal sait déjà nager. On l’a vu parcourir plusieurs kilomètres à la nage et même plonger à presque six mètres de profondeur pour manger des plantes aquatiques !

Les yeux de l’orignal lui permettent de détecter un mouvement derrière lui presque sans tourner la tête. Son naseau lui est également très utile. Des chercheurs pensent que ses narines, éloignées l’une de l’autre, lui permettent de localiser des objets avec précision dans n’importe quelle direction. Il a également l’ouïe bien développée. Ses oreilles pivotent dans tous les sens et peuvent détecter les sons produits par un orignal situé à trois kilomètres !

 Les petits de l’orignal, décrits par un écrivain comme « ridiculement mignons », sont de nature curieuse et insouciante. Leur mère les protège avec tendresse et fidélité. Elle attaque tout prédateur qui menace son faon, que ce soit un loup, un ours ou même un humain. Quand le petit atteint l’âge de un an et que sa mère en attend un autre, elle le chasse brutalement pour qu’il apprenne à se débrouiller tout seul.

LA SURVIE DANS LE NORD

Puisque l’orignal se nourrit exclusivement de plantes, comment survit-il aux rudes hivers du Nord ? Notamment en se gavant pendant la saison plus chaude. L’animal peut engloutir jusqu’à 23 kilos de fourrage chaque jour, que cette végétation se trouve sous l’eau ou à 3 mètres au-dessus du sol. Il tire profit au maximum de cette nourriture en la digérant dans les quatre poches de son estomac, en prélevant les précieux nutriments et en emmagasinant de la graisse. Mais le manque de nourriture est loin d’être le seul danger auquel il doit faire face durant l’hiver...

Le froid glacial et l’épaisse couche de neige mettent à l’épreuve l’endurance de l’orignal. C’est pourquoi pendant l’hiver il lève le pied : il économise ses mouvements, préservant la chaleur sous son manteau de fourrure merveilleusement conçu. Dans la neige, il lui est particulièrement difficile d’échapper aux loups. Mais la plus grande menace pour lui, c’est l’homme, notamment les chasseurs et les automobilistes.

L’orignal raffole du sel qu’on répand sur les routes pour faire fondre la neige : c’est pour lui un véritable concentré de nutriments. Malheureusement, comme sa fourrure est sombre et qu’il traverse souvent les routes après la tombée de la nuit, les chauffeurs le remarquent généralement trop tard pour éviter la collision. Une triste réalité qui a coûté la vie tant à des humains qu’à des orignaux !

UN ANIMAL JOUEUR

On a déjà observé l’orignal en train de jouer dans les vagues de l’océan ou de se prélasser dans des sources d’eau chaude. Les orignaux font preuve de tendresse durant l’accouplement, et la fidélité d’une mère envers son petit est vraiment touchante. Les faons adoptés par des humains tissent avec leurs maîtres des liens semblables à ceux qu’ils auraient eus avec leur mère. Le professeur Valerius Geist observe : « Cet étrange animal au physique ingrat peut se montrer vif d’esprit, affectueux et extrêmement fidèle. »

Le bébé orignal est de nature curieuse et insouciante.

Prudence, cependant : l’orignal est un animal sauvage d’une grande puissance ! Si vous en croisez un en pleine nature, respectez son « espace vital ». Il est d’autant plus important de garder vos distances s’il y a des faons dans les environs. Même sans vous approcher, vous serez impressionné par ce surprenant géant de la forêt.

^ § 3 Les forêts du Maine, trad. A. Fayot, Paris, José Corti, 2002, p. 126.