Les réunions chrétiennes ont joué un rôle important pour aider les nouveaux à grandir dans la foi. Les nouveaux baptisés étaient tout aussi enthousiastes que ceux qui étaient dans la vérité depuis longtemps à l’idée d’offrir leur logement pour les réunions. Tous ceux qui y assistaient étaient accueillis chaleureusement, ce qui a grandement renforcé les liens d’amour entre les frères.

Lorsque plusieurs étudiants étaient prêts pour le baptême, une réunion spéciale était organisée discrètement. En août 1973, les frères ont programmé une telle réunion à l’extérieur de Soukhoumi, près de la côte de la mer  Noire. Mais les 35 candidats n’ont pas eu le temps d’être baptisés ! La police a interrompu la réunion et a arrêté des frères et sœurs, dont Vladimir Gladyuk.

Dès que Vladimir et les autres frères ont été relâchés, ils ont repris contact avec tous les candidats au baptême. Ils ont finalement été baptisés deux jours après la première réunion. Vladimir se souvient : « Nous avons senti que Jéhovah était de notre côté. Après les baptêmes, nous avons prié tous ensemble pour exprimer notre reconnaissance à Jéhovah. »

L’opposition favorise la propagation de la bonne nouvelle

Deux jours après les baptêmes, Vladimir Gladyuk a de nouveau été arrêté. Plus tard, il a été condamné avec Itta Sudarenko et Natela Chargeishvili à plusieurs années de prison. Bien qu’attristés par ces arrestations, les proclamateurs étaient déterminés à continuer de prêcher, tout en se montrant très prudents.

Pour ne pas attirer l’attention des autorités, les proclamateurs sont partis prêcher dans d’autres villes et villages que les leurs. Ainsi l’opposition a permis que la bonne nouvelle soit prêchée dans plus de régions encore.

Sous le régime communiste, les proclamateurs qui vivaient dans les grandes villes prêchaient dans des rues calmes et des parcs. Ils rencontraient souvent des personnes d’autres villes et villages, qui venaient faire des courses ou rendre visite à des membres de leur famille. Si une personne montrait de l’intérêt, les proclamateurs lui demandaient son adresse et prenaient des dispositions pour la revoir.

 Babutsa Jejelava a fait partie de ceux qui ont beaucoup voyagé en Géorgie de l’Ouest. Elle se souvient : « Comme j’avais de la famille à différents endroits, personne ne se méfiait de mes voyages fréquents. Après environ deux ans, j’étudiais la Bible avec plus de 20 personnes à Zougdidi et avec 5 autres personnes dans la ville de Tchkhorotskou. Elles se sont toutes fait baptiser. »

Un besoin urgent de publications en géorgien

Le besoin de publications en géorgien s’est vite fait sentir. Lorsque les proclamateurs faisaient des nouvelles visites ou dirigeaient des cours bibliques, ils sentaient qu’il leur fallait des bibles et des publications bibliques dans la langue que les étudiants comprenaient le mieux *.

Babutsa se rappelle qu’il était très difficile de diriger un cours biblique sans aucune publication en géorgien. Elle explique : « Je ne possédais la Bible et d’autres publications qu’en russe donc je devais souvent traduire le contenu des publications pour mes étudiants. » Elle traduisait en géorgien les articles de nos revues à l’aide d’un dictionnaire seulement. Elle a également traduit l’Évangile de Matthieu en entier !

Des Témoins courageux utilisaient de petites machines à polycopier pour reproduire les publications à leur domicile.

Les personnes intéressées appréciaient tellement les articles traduits dans leur langue maternelle qu’elles étaient prêtes à en faire des copies manuscrites pour leur usage personnel. Étant donné que les copies de la Bible en géorgien étaient difficiles à trouver, certains étudiants de la Bible sont devenus des « copistes » modernes de la Parole de Dieu.

 « Je copiais toute la journée »

Les publications traduites en géorgien circulaient parmi les frères et les personnes manifestant de l’intérêt, afin que chacun puisse les lire à tour de rôle. Chaque personne n’avait que quelques jours ou quelques semaines pour lire une publication. Donc quand les frères ont trouvé une copie en géorgien moderne des Écritures grecques, une famille en a profité pour la copier.

Raul Karchava n’avait que 13 ans quand son père lui a demandé de copier les Écritures grecques. Il raconte : « Mon père m’a acheté un carton entier de cahiers et toutes sortes de crayons et de stylos, en espérant que cela me donnerait du courage. Même si je me sentais dépassé, j’ai  accepté le défi. Je copiais toute la journée, ne m’arrêtant que pour m’étirer un peu. »

Copies manuscrites en géorgien de La Tour de Garde et d’Examinons les Écritures chaque jour.

La famille de Raul a été ravie d’apprendre que les frères avaient accepté de leur confier le livre très convoité pour quelques semaines supplémentaires afin que le jeune Raul puisse terminer son dur travail. En seulement deux mois, il est parvenu à copier l’ensemble des 27 livres des Écritures grecques chrétiennes !

Malgré les efforts de ces copistes qui travaillaient dur, la soif spirituelle du nombre croissant d’étudiants de la Bible ne pouvait pas être pleinement étanchée. Pour répondre à ce besoin urgent, des frères et sœurs courageux ont pris le risque de reproduire et de distribuer des publications bibliques à leur domicile.

 L’activité de prédication en Géorgie de l’Ouest prenait de l’ampleur. Mais qu’en était-​il dans l’est du pays ? Y avait-​il quelqu’un dans la capitale, à Tbilissi, qui pourrait aider ceux qui, comme Vaso Kveniashvili mentionné plus tôt, cherchaient sincèrement la vérité ?

La vérité atteint la capitale

Dans les années 1970, les autorités soviétiques ont tenté de décourager les Témoins en les expulsant de leurs domiciles, d’un lieu après l’autre. C’est ce qui est arrivé à Oleksii et Lydia Kurdas, un couple ukrainien qui avait emménagé à Tbilissi. Ils avaient passé de nombreuses années dans un camp soviétique en raison de leur foi.

Larisa Kessaeva (Gudadze) dans les années 1970.

Les Kurdas ont parlé de la vérité à Zaur et à Eteri Kessaev, deux personnes très croyantes. Leur fille, Larisa, âgée de 15 ans à cette époque, raconte leur premier contact avec Oleksii et Lydia : « Nous avons essayé de leur prouver que l’Église orthodoxe était la seule vraie religion. Après plusieurs discussions, nous nous sommes trouvés à court d’arguments, mais eux continuaient de raisonner à partir des Écritures. »

Larisa poursuit : « Chaque fois que nous allions à l’église, je lisais les Dix Commandements inscrits sur le mur entre deux icônes. Mais un soir, quand Oleksii nous a lu Exode 20:4, 5, je suis restée stupéfaite. Cette nuit-​là, je n’ai pas pu dormir, car je n’arrêtais pas de me demander : “Est-​ce qu’en adorant des icônes, on désobéit vraiment à un commandement divin ?” »

Déterminée à avoir la réponse à cette question, Larisa s’est rendue à l’église tôt le lendemain matin et a relu le  commandement : « Tu ne dois pas te faire d’image sculptée. [...] Tu ne dois pas te prosterner devant eux. » Pour la première fois de sa vie, elle comprenait la signification de ce commandement de Dieu. Larisa et ses parents se sont ensuite fait baptiser et ont fait partie des premiers Témoins à Tbilissi.

Sa quête de justice récompensée

Près de 20 ans après son premier contact avec la vérité, Vaso Kveniashvili a rencontré quelqu’un qui assistait aux réunions des Témoins de Jéhovah à Tbilissi. Il était heureux de retrouver les Témoins. Il attendait cela depuis si longtemps.

Environ 24 ans après son premier contact avec la vérité, Vaso Kveniashvili est devenu Témoin de Jéhovah.

Mais au début, les Témoins locaux ont hésité à l’inclure dans leurs activités, car Vaso était connu pour son passé criminel. Certains craignaient même qu’il espionne les Témoins pour les autorités soviétiques. Il n’a donc pas été  autorisé à assister aux réunions chrétiennes pendant quatre ans.

Quand les frères ont eu la certitude que Vaso avait de bons mobiles, il a pu devenir membre de la congrégation locale et se faire baptiser. Vaso pouvait enfin s’approcher du « Dieu de justice » qu’il cherchait depuis sa jeunesse ! (Is. 30:18, angl.). Il a servi Jéhovah avec la même détermination jusqu’à sa mort en 2014.

En 1990, l’activité de prédication était bien établie en Géorgie de l’Ouest et de l’Est. Les quelque 900 proclamateurs dirigeaient 942 cours bibliques. Les fondements avaient été posés pour l’extraordinaire accroissement qui allait suivre.

^ § 12 Les copies de la Bible étaient rares pendant l’ère communiste, même si des parties de la Bible avaient été traduites en géorgien dès le Vsiècle de n. è. (voir l’encadré « La Bible en géorgien »).