De l’aide pour les sourds

Selon une estimation, il y aurait entre 3 000 et 5 000 sourds en Sierra Leone et des centaines en Guinée. Puisque Jéhovah « veut que toutes sortes d’hommes soient sauvés », comment faire « entendre » la bonne nouvelle aux sourds ? (1 Tim. 2:4).

 Michelle Washington, Guiléadite arrivée en Sierra Leone en 1998, raconte : « Mon mari, Kevin, et moi avons été affectés dans une congrégation où quatre sourds assistaient aux réunions. Comme je savais communiquer en langue des signes américaine, j’ai voulu les aider. La filiale m’a invitée à interpréter pour les sourds les réunions et les assemblées, et elle a informé de cette disposition les congrégations voisines. Elle a aussi organisé des cours de langue des signes pour les proclamateurs désireux d’aider les sourds. Nous avons entrepris de rechercher les sourds de la région et de leur enseigner la Bible. Beaucoup de gens nous félicitaient de nos initiatives en leur faveur. Mais notre activité ne plaisait pas à tout le monde. Un pasteur qui s’occupait de sourds nous a taxés de “faux prophètes” et a mis ses protégés et leurs familles en garde contre nous. Il en a  même menacé certains de leur couper l’aide financière s’ils nous fréquentaient. La communauté sourde s’est vite divisée en deux camps : ceux qui ne nous connaissaient pas et soutenaient le pasteur, et ceux qui nous connaissaient et ne soutenaient pas le pasteur. Quelques-uns du deuxième groupe ont embrassé la vérité et progressé jusqu’au baptême. »

Par exemple, Femi, sourd de naissance, ne savait communiquer que par des gestes basiques. Il se méfiait de tout le monde, surtout des entendants, et se sentait malheureux et mal-aimé. Puis il a commencé à étudier la Bible avec des frères du groupe de langue des signes. Il a vite été régulier aux réunions et s’est mis à apprendre cette langue lui aussi. Aujourd’hui baptisé, Femi enseigne joyeusement la vérité à d’autres sourds.

Femi (à l’extrême droite) signant un cantique à une assemblée.

En juillet 2010, le groupe de langue des signes de Freetown est devenu une congrégation. Il y a des groupes de cette langue aussi à Bo et à Conakry.

Pauvres mais « riches en foi »

La Bible révèle que la plupart des chrétiens du Ier siècle étaient pauvres matériellement. Le disciple Jacques a écrit : « C’est Dieu, n’est-ce pas, qui a choisi ceux qui sont pauvres quant au monde pour qu’ils soient riches en foi ? » (Jacq. 2:5). La foi en Jéhovah a apporté consolation et espoir aussi aux frères et sœurs de Sierra Leone et de Guinée.

La foi incite beaucoup de familles pauvres de régions éloignées à économiser pendant des mois pour se rendre aux assemblées de district. Certaines financent leur voyage en cultivant un potager. Des Témoins s’entassent à 20 ou 30 dans des camionnettes pour des trajets cahotants, de 20 heures ou plus, dans la chaleur et la poussière. D’autres marchent sur de longues distances.  « On a fait les 80 premiers kilomètres à pied, en emportant une grosse provision de bananes, raconte un frère. Le long du chemin, on a vendu les bananes : ça nous a allégés et ça nous a rapporté assez pour faire le reste du voyage en camion. »

Voyage en camion vers une assemblée de district.

La foi pousse aussi beaucoup de Témoins à résister à la tentation d’émigrer dans des pays plus prospères. « Nous avons confiance que Jéhovah pourvoira à nos besoins, dit Emmanuel Patton, diplômé de l’École biblique pour frères célibataires. En habitant un pays où le besoin en proclamateurs est grand, nous réalisons que notre service est extrêmement précieux » (Mat. 6:33). Aujourd’hui, Emmanuel est ancien dans sa congrégation. Lui et sa femme, Eunice, s’emploient inlassablement à servir les intérêts du Royaume. D’autres  chefs de famille font le même choix de ne pas émigrer pour protéger l’unité et la spiritualité des leurs. « Je n’ai pas accepté d’emploi qui m’aurait éloigné de ma famille pendant de longues périodes, explique Timothy Nyuma, qui a été pionnier spécial et surveillant de circonscription suppléant. De plus, Florence et moi avons scolarisé nos enfants près de chez nous au lieu de les envoyer ailleurs pour que d’autres les élèvent. »

D’autres frères et sœurs font preuve de foi en persévérant dans les activités chrétiennes malgré diverses difficultés. Kevin Washington, mentionné précédemment, témoigne : « Beaucoup prêchent régulièrement  et assument leurs responsabilités dans la congrégation en dépit de problèmes qui nous donneraient envie de rester chez nous à râler. Par exemple, certains ont des maladies chroniques et n’ont pas accès aux soins ou aux traitements facilement accessibles ailleurs. D’autres font d’énormes efforts pour apprendre à lire et à écrire. S’il m’arrive de critiquer la façon dont un frère fait un exposé, je me demande : “Si je travaillais à plein temps, si j’avais de gros problèmes de santé, une mauvaise vue et pas de lunettes, une bibliothèque théocratique limitée, pas d’électricité, aurais-je fait aussi bien ?” »

De mille et une façons, les frères et sœurs de Sierra Leone et de Guinée glorifient Jéhovah. À l’exemple de leurs semblables du Ier siècle, ils se recommandent comme ministres de Dieu « par de l’endurance en bien des choses, par les tribulations, par les détresses, [...] comme pauvres mais faisant bien des riches, comme n’ayant rien et pourtant possédant toutes choses » (2 Cor. 6:4, 10).

Confiants en l’avenir

Il y a plus de 90 ans, Alfred Joseph et Leonard Blackman signalaient que les champs sierraléonais étaient « blancs pour la moisson » (Jean 4:35). Environ 35 ans plus tard, Manuel Diogo écrivait depuis la Guinée : « Il y a beaucoup d’intérêt ici. » Aujourd’hui, les Témoins des deux pays sont convaincus que bien d’autres personnes encore accepteront la bonne nouvelle.

Le Mémorial de 2012 a rassemblé en Guinée 3 479 personnes — plus de quatre fois et demi le chiffre des proclamateurs. En Sierra Leone, il en a rassemblé 7 854 — près de quatre fois le chiffre des proclamateurs, à savoir 2 030. Ce soir-là était présente une  vétérane du service à plein temps, Winifred Remmie, âgée de 93 ans. Arrivée en Sierra Leone en 1963 avec son mari, Lichfield, elle était toujours pionnière spéciale après 60 ans de service. Elle a déclaré : « Qui aurait imaginé que la Sierra Leone serait si riche de frères et sœurs spirituellement forts ? Malgré mon âge, je veux encore participer à ce joyeux accroissement *. »

 Les Témoins sierraléonais et guinéens font chœur aux sentiments de Winifred. Tels des arbres bien arrosés et majestueux, ils sont déterminés à continuer de porter du fruit à la louange de Jéhovah (Ps. 1:3). Grâce à la force de Jéhovah, ils ne cesseront de proclamer le véritable espoir de liberté qui s’offre aux humains : « la liberté glorieuse des enfants de Dieu » (Rom. 8:21).

Le Comité de la filiale, de gauche à droite : Collin Attick, Alfred Gunn, Tamba Josiah et Delroy Williamson.

^ § 16 Winifred Remmie est décédée alors que ce récit était en préparation.