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Proclamez le Roi et son Royaume! (1919-1941)

Proclamez le Roi et son Royaume! (1919-1941)

 Chapitre 7

Proclamez le Roi et son Royaume! (1919-​1941)

“Croyez-​vous que le Roi de gloire a commencé son règne? S’il en est ainsi, retournez au champ, ô vous, fils du Dieu très-haut! Revêtez votre armure! Soyez [sérieux], vigilants, actifs, vaillants! Soyez de fidèles et véritables témoins du Seigneur. Marchez de l’avant dans le combat jusqu’à ce que chaque lieu de Babylone soit devenu désert. Répandez le message en tous lieux. Le monde doit connaître que Jéhovah est Dieu et que Jésus-Christ est le Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Ceci est le jour de tous les jours. Voici, le Roi règne! Vous êtes ses hérauts. C’est pourquoi: Proclamez, proclamez, proclamez le Roi et son Royaume!”

CE VIBRANT appel à l’action, lancé par Joseph Rutherford en 1922 à l’assemblée internationale de Cedar Point (Ohio), a exercé une profonde influence sur ses auditeurs. En repartant de cette assemblée, les Étudiants de la Bible avaient l’ardent désir de proclamer le Royaume. Et pourtant, à peine quelques années auparavant, leurs perspectives d’être des hérauts pour le Royaume semblaient bien sombres. Joseph Rutherford et sept de ses collaborateurs étaient en prison, et leur rôle dans l’organisation semblait compromis. Comment ces difficultés ont-​elles été surmontées?

“Il y a quelque chose que je sais quant à la loi des fidèles”

Du 2 au 5 janvier 1919, pendant que frère Rutherford et ses collaborateurs étaient en prison, une assemblée devait se tenir à Pittsburgh (Pennsylvanie). Mais ce n’était pas une assemblée ordinaire: elle était cumulée avec l’assemblée générale annuelle de la Société Watch Tower qui tombait le samedi 4 janvier 1919. Frère Rutherford savait très bien à quel point cette assemblée était importante. L’après-midi du samedi en question, après avoir cherché partout frère Macmillan, il a fini par le trouver sur le court de tennis de la prison. Voici les faits tels que les a racontés frère Macmillan:

“Rutherford m’a dit: ‘Mac, j’aimerais te parler.

— À quel sujet?

— Je voudrais t’entretenir de ce qui se passe à Pittsburgh.

— Laisse-​moi d’abord terminer la partie.

 — Alors ça ne t’intéresse pas, tout ce qui se passe? Ne sais-​tu pas qu’aujourd’hui on va élire les membres du bureau exécutif? Il se peut que tu sois écarté, et que nous restions ici indéfiniment.

— Frère Rutherford, ai-​je rétorqué, laisse-​moi te dire une chose à laquelle tu n’as peut-être pas pensé. C’est la première fois, depuis que la Société a été constituée, qu’il est possible de voir nettement qui Jéhovah Dieu souhaite comme président.

— Que veux-​tu dire?

— Je veux dire que frère Russell disposait de la majorité des votes et qu’il nommait les membres du bureau exécutif. Maintenant, la situation est différente puisque nous, apparemment, nous ne sommes pas en fonction. Par contre, si nous sortions d’ici à temps pour nous rendre à cette assemblée générale et participer à ce vote, à notre arrivée on nous accepterait à la place de frère Russell avec les mêmes honneurs que ceux qu’il a reçus. Cela aurait l’air d’être l’œuvre de l’homme et non de Dieu.’

“Rutherford s’en est retourné tout songeur.”

Dans le même temps, à Pittsburgh, l’assemblée générale se déroulait dans une atmosphère tendue. Sara Kaelin, qui a grandi dans la région de Pittsburgh, a raconté ensuite: “La confusion, la discorde et les désaccords ont régné un moment. Certains voulaient repousser de six mois l’assemblée générale; d’autres doutaient qu’il soit légal d’élire des membres du bureau exécutif alors qu’ils se trouvaient en prison; d’autres encore proposaient de renouveler l’ensemble du bureau.”

Après un très long débat, William Hudgings, administrateur de l’Association de la Tribune du peuple *, a lu à l’assistance une lettre de frère Rutherford qui envoyait à tous l’expression de son amour et ses salutations, puis ajoutait: “Les principales armes de Satan sont l’ORGUEIL, l’AMBITION et la CRAINTE.” Manifestant son désir de se soumettre à la volonté de Jéhovah, il proposait même humblement des hommes aptes à la fonction de membres du bureau exécutif pour le cas où les membres de l’association décideraient d’en élire de nouveaux.

Le débat a duré un moment encore, puis E. Sexton, qui avait été nommé président d’un comité chargé de proposer des candidats, a pris la parole:

“Je viens juste d’arriver. Mon train a eu quarante-huit heures de retard, à cause de la neige. J’ai quelque chose à dire et mieux vaut que je le dise maintenant, cela me soulagera. Mes chers frères, je suis venu ici, tout comme vous, avec certaines idées en tête — pour et contre. (...) Il n’y a pas sur notre voie d’obstacle juridique. Si nous désirons réélire nos frères qui sont retenus dans le sud à une fonction qu’ils peuvent occuper, je ne vois pas, ni ne déduis d’aucun des conseils [juridiques] que j’ai reçus, en quoi cela pourrait d’une façon ou d’une autre modifier la tournure de leur procès devant le tribunal fédéral ou devant le public.

 “Je crois que le plus bel hommage que nous puissions rendre à notre cher frère Rutherford serait de le réélire président de la W[atch] T[ower] B[ible] & T[ract] Society. Je ne pense pas que notre position vis-à-vis de cette proposition fasse le moindre doute dans l’esprit du public. Si nos frères ont d’une façon ou d’une autre violé dans son aspect technique une loi qu’ils n’ont pas comprise, nous savons que leurs mobiles sont bons. Et devant le [Dieu] Tout-Puissant, ils n’ont violé ni une loi divine ni une loi humaine. Ce serait témoigner de la plus grande confiance que de réélire frère Rutherford président de l’Association.

“Je ne suis pas juriste, mais en ce qui concerne la légalité de la situation, il y a quelque chose que je sais quant à la loi des fidèles. La fidélité est ce que Dieu exige. Je ne peux imaginer plus grande preuve de confiance de notre part que celle de procéder à un vote ET DE RÉÉLIRE FRÈRE RUTHERFORD PRÉSIDENT.”

Frère Sexton avait vraisemblablement exprimé là les sentiments de la plupart des personnes présentes. Les candidatures ont été proposées, le vote effectué: Joseph Rutherford a été élu président, Charles Wise vice-président et William Van Amburgh secrétaire-trésorier.

Le lendemain, frère Rutherford a cogné au mur de la cellule de frère Macmillan et lui a dit: “Passe ta main dehors.” Il lui a alors remis un télégramme qui annonçait sa réélection comme président. “Il était très heureux, a raconté plus tard Alexander Macmillan, de voir cette preuve claire et nette que Jéhovah dirigeait la Société.”

L’élection était terminée, mais frère Rutherford et ses sept compagnons étaient toujours en prison.

“Effervescence nationale” en faveur des prisonniers

“Durant ces dernières semaines, il y a une effervescence nationale en faveur de ces frères”, disait La Tour de Garde du 1er avril 1919 (en anglais). Certains journaux demandaient la libération de Joseph Rutherford et de ses compagnons. Les Étudiants de la Bible dans tous les États-Unis ont exprimé leur soutien en écrivant aux directeurs de journaux, aux membres du Congrès américain, aux sénateurs et aux gouverneurs, les pressant d’intervenir en faveur des huit prisonniers. Il était clair que les Étudiants de la Bible n’auraient de cesse que leurs huit frères ne soient libres.

En mars 1919, les Étudiants de la Bible des États-Unis ont fait circuler une pétition dans laquelle ils demandaient au président Woodrow Wilson d’user de son influence pour réaliser en faveur des frères incarcérés un des objectifs suivants:

“PREMIÈREMENT: Une amnistie, si cela est possible, OU

“DEUXIÈMEMENT: Que vous ordonniez au ministère de la Justice d’interrompre les poursuites engagées contre eux et qu’ils soient totalement libérés, OU

“TROISIÈMEMENT: Qu’on leur accorde immédiatement la liberté sous caution en attendant l’arrêt final rendu par les juridictions supérieures.”

 En deux semaines, les Étudiants de la Bible ont obtenu 700 000 signatures. Mais la pétition n’a jamais été présentée au président ni au gouvernement. En effet, dans l’intervalle les huit prisonniers ont été libérés sous caution. À quoi cette collecte de signatures avait-​elle servi? La Tour de Garde du 1er juillet 1919 (en anglais) a dit ceci: “Nous avons la preuve indéniable que le Seigneur désirait que cette collecte [de signatures] se fasse, non pas tant pour faire sortir les frères de prison que pour rendre un témoignage à la vérité.”

“Bienvenue chez vous, frères”

Le mardi 25 mars, les huit frères quittaient Atlanta pour Brooklyn. La nouvelle de leur libération s’est répandue comme une traînée de poudre. Qu’il était émouvant de voir les Étudiants de la Bible se masser dans les gares où allait passer le train qui emportait les frères, dans l’espoir d’apercevoir ceux-ci et de leur dire leur joie de les savoir libres! D’autres se sont rendus en hâte à Brooklyn, au Béthel qui avait été fermé, pour leur préparer une fête de bienvenue. Arrivés à Brooklyn, le 26 mars, les frères ont été libérés contre une caution de 10 000 dollars chacun.

La Tour de Garde du 15 avril 1919 (en anglais) raconte: “Immédiatement, ils ont été escortés par de nombreux frères jusqu’au Béthel, où cinq à six cents frères et sœurs s’étaient rassemblés pour les accueillir.” Dans la salle à manger était déployée une grande bannière portant ces mots: “Bienvenue chez vous, frères.” Presque 50 ans plus tard, Mabel Haslett, qui était présente à cette fête, racontait: “Je me rappelle avoir confectionné une centaine de beignets que les frères ont paru beaucoup apprécier après avoir été pendant neuf mois soumis au régime de la prison. Je vois encore frère Rutherford avançant la main pour en saisir quelques-uns. Le moment que nous avons passé à écouter le récit que ses compagnons et lui nous ont fait de leurs épreuves est inoubliable. Je revois aussi frère DeCecca, de petite stature, debout sur une chaise afin d’être vu et entendu de tous.”

Le mardi 1er avril au matin, frère Rutherford est arrivé à Pittsburgh, où se trouvaient alors les bureaux du siège social. Là aussi, ayant appris son arrivée, les frères avaient préparé une fête qui a eu lieu le soir même à l’hôtel Chatham. Toutefois, les conditions carcérales avaient été néfastes pour frère Rutherford. Ses poumons étant atteints, après sa libération il a contracté une grave pneumonie. C’est pourquoi, peu après, son état de santé l’a obligé à partir en Californie, où il avait de la famille.

Le test de Los Angeles

Maintenant que frère Rutherford et les autres étaient libres, une question se posait: Qu’adviendrait-​il de l’œuvre de proclamation du Royaume de Dieu? Pendant tout le temps où ces frères avaient été en prison, l’activité de témoignage n’avait plus, en grande partie, été dirigée ni organisée. Le Tabernacle de Brooklyn avait été vendu et le Béthel fermé. Les bureaux de Pittsburgh étaient exigus, les fonds disponibles, limités. D’autre part, combien s’intéressaient  vraiment au message du Royaume? Depuis la Californie, frère Rutherford a décidé de faire un test.

Il a organisé une réunion dans la salle Clune de Los Angeles le dimanche 4 mai 1919. Le public était invité à un discours intitulé “Un espoir pour l’humanité affligée”. Seulement voilà, ce discours serait donné par Joseph Rutherford, un homme qui sortait de prison. Faisant une large publicité dans la presse, Joseph Rutherford a promis de présenter franchement les faits et d’expliquer pourquoi on avait illégalement condamné les dirigeants de la Société. Les gens seraient-​ils suffisamment intéressés pour venir?

La réaction a été extrêmement favorable. En effet, 3 500 personnes sont venues écouter le discours, et environ 600 autres n’ont pu pénétrer dans la salle. Frère Rutherford était très ému. Pour tous ceux qui n’avaient pu entrer, il a accepté de redonner le discours le lendemain soir, mais ce sont 1 500 personnes qui sont venues. Cependant, il était si malade qu’il a été incapable d’achever son exposé. Au bout d’une heure, il s’est fait remplacer par un collaborateur. Néanmoins, ce test de Los Angeles a été probant. Il a convaincu frère Rutherford que le message du Royaume intéressait beaucoup de monde et qu’il fallait absolument le proclamer.

Au travail!

En juillet 1919, frère Rutherford avait repris son activité au siège de la Société, à Pittsburgh. Puis, durant les quelques mois qui ont suivi, les choses sont allées vite. Une grande assemblée des Étudiants de la Bible a été organisée à Cedar Point (Ohio). La date retenue était du 1er au 8 septembre 1919. Les bureaux de la Société ont été transférés de nouveau à Brooklyn, et dès le 1er octobre ils fonctionnaient.

 Que devaient faire les frères maintenant? À l’assemblée de Cedar Point, leur mission a été clairement définie. Le mardi 2 septembre, frère Rutherford a expliqué: “La mission du chrétien sur la terre (...) est de proclamer le message du royaume du Seigneur, un royaume de justice qui apportera des bénédictions à toute la création gémissante.” Trois jours plus tard, le vendredi 5 septembre, appelé le “jour des collaborateurs”, frère Rutherford a dit encore: “Dans les moments graves, le chrétien se demande tout naturellement: Pourquoi suis-​je sur la terre? Et la réponse doit inévitablement être: Le Seigneur a eu la bonté de faire de moi son ambassadeur pour porter le divin message de réconciliation au monde; j’ai donc le privilège et le devoir d’annoncer ce message.”

En effet, c’était le moment de se mettre au travail, de proclamer le Royaume de Dieu! Pour s’acquitter de cette mission, les frères allaient recevoir de l’aide, une aide que frère Rutherford a annoncée en ces termes: “Par la providence du Seigneur, nous avons pris des dispositions afin de publier un nouveau périodique ayant pour nom et titre L’ÂGE D’OR.” Ses auditeurs ne se doutaient pas alors combien ce périodique, L’Âge d’Or, serait courageux.

Herman Philbrick, qui était venu de Boston (Massachusetts) à l’assemblée, a raconté: “Cette première assemblée d’après-guerre nous a énormément remonté le moral à tous.” En effet, l’assemblée de Cedar Point a poussé à l’action les Étudiants de la Bible. Ils étaient prêts à se mettre au travail, à proclamer la bonne nouvelle. C’était comme s’ils étaient revenus à la vie après avoir connu la mort. — Voir Ézéchiel 37:1-14; Révélation 11:11, 12.

Pendant ce temps, des événements importants se jouaient sur la scène du monde. Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, est entré en vigueur le 10 janvier 1920. Il mettait fin officiellement aux actions militaires contre l’Allemagne et à la Première Guerre mondiale, mais il prévoyait aussi la formation de la Société des Nations, association internationale créée pour le maintien de la paix dans le monde.

“Proclamez le Roi et son Royaume!”

En 1922, du 5 au 13 septembre, soit pendant 9 jours, les Étudiants de la Bible se sont de nouveau assemblés à Cedar Point. L’enthousiasme grandissait à mesure que les assistants arrivaient à cette assemblée internationale. Le point culminant a été, le vendredi 8 septembre, le discours “Le Royaume”, prononcé par frère Rutherford.

Thomas J. Sullivan a raconté par la suite: “Ceux qui ont eu le bonheur d’assister à cette assemblée revoient encore frère Rutherford prier instamment quelques personnes que la grosse chaleur empêchait de rester à leurs places de bien vouloir ‘S’ASSEOIR’ et ‘ÉCOUTER’ à tout prix le discours.” Celles qui ont obéi n’ont pas été déçues, car ce fut le discours mémorable dans lequel frère Rutherford a encouragé ses auditeurs à ‘proclamer le Roi et son Royaume’.

L’auditoire a réagi avec un grand enthousiasme. La Tour de Garde a rapporté ultérieurement: “Tous les assistants furent pénétrés de l’obligation qui incombe à tous les consacrés d’agir dorénavant comme des agents de publicité du Roi et de son Royaume.” Les Étudiants de la Bible sont repartis de cette assemblée  animés d’un zèle ardent pour la prédication. Sœur Ethel Bennecoff, qui à l’époque était colporteur et avait presque 30 ans, a raconté: “Nous nous sentions incités à ‘proclamer, proclamer, proclamer le Roi et son Royaume’. C’est cela: avec dans notre cœur plus de zèle et plus d’amour que jamais.”

À mesure que la lumière ou intelligence spirituelle s’intensifiait, les Étudiants de la Bible percevaient des vérités bibliques passionnantes (Prov. 4:18). La compréhension de ces vérités précieuses a donné un puissant élan à leur activité de proclamation du Royaume de Dieu. En même temps, il leur a fallu réviser leur point de vue dans certains domaines, ce qui pour quelques-uns a été une véritable épreuve.

‘À d’autres époques certains espoirs ne se sont pas concrétisés’

En 1920, la brochure Des millions de personnes actuellement vivantes ne mourront jamais disait: “Nous pouvons nous attendre avec confiance à ce que 1925 marque le retour [d’entre les morts] à la condition de perfection humaine d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et des fidèles anciens prophètes.” Non seulement on espérait pour 1925 la résurrection des hommes fidèles du passé, mais certains espéraient aussi que les chrétiens oints recevraient leur espérance céleste cette même année *.

L’année 1925 est arrivée et a passé. Certains ont cessé d’espérer. Mais la grande majorité des Étudiants de la Bible sont restés fidèles. Herald Toutjian, dont les grands-parents étaient devenus Étudiants de la Bible au début du siècle, a expliqué: “Notre famille comprenait (...) qu’à d’autres époques certains espoirs ne s’étaient pas concrétisés. Les apôtres eux-​mêmes avaient parfois nourri des espérances dénuées de fondement. (...) Jéhovah méritera toujours notre attachement exclusif et nos louanges, que nous soyons ou non en possession de la récompense finale.” — Voir Actes 1:6, 7.

Quelle organisation: celle de Jéhovah ou celle de Satan?

“La naissance de la nation”: tel était le titre d’un article marquant qui est paru dans La Tour de Garde de juin 1925 (1er mars 1925 en anglais). Cet article présentait une explication claire de Révélation (Apocalypse) Ré chapitre 12, que certains ont eu du mal à accepter.

Les personnages symboliques figurant dans ce chapitre de la Révélation ont été identifiés comme suit: la “femme” qui enfante (Ré 12 vv. 1, 2), à “l’organisation divine” céleste; le “dragon” (Ré 12 v. 3), à “l’organisation du diable”; et l’“enfant mâle” (Ré 12 v. 5, Lausanne), au “nouveau royaume, le nouveau gouvernement”. Sur cette base, pour la première fois une explication claire était donnée: Il existe deux organisations distinctes et adverses, celle de Jéhovah et celle de Satan. Et, après la “guerre dans le ciel” (Ré 12 v. 7, Lausanne), Satan et ses suppôts, les démons, ont été chassés du ciel et précipités sur la terre.

À propos de cet article, Earl Newell, devenu par la suite représentant itinérant de la Société Watch Tower, a écrit: “Nous l’avons étudié toute la nuit  jusqu’à ce que je le comprenne parfaitement. (...) Nous nous sommes rendus à une assemblée à Portland (Oregon), où nous avons trouvé les frères tout bouleversés; certains d’entre eux étaient prêts à mettre La Tour de Garde au rebut à cause de cet article.” Pourquoi certains ont-​ils eu tant de mal à accepter cette explication de Révélation chapitre 12?

Déjà, elle était nettement différente de celle publiée dans Le mystère accompli, ouvrage qui était en grande partie une compilation posthume des écrits de frère Russell *. Walter Thorn, qui était alors pèlerin itinérant, a expliqué: “L’article ‘La naissance de la nation’ (...) était difficile à accepter parce que la précédente interprétation qu’en avait faite notre cher frère Russell était, pensions-​nous, le dernier mot sur la Révélation.” Il n’est donc guère étonnant que cette explication en ait fait trébucher quelques-uns. J. Bohnet, pèlerin lui aussi, a fait remarquer: “Indiscutablement, cette explication va s’avérer un moyen de criblage (...), mais ceux qui sont vraiment entiers et sincères dans la foi tiendront ferme et se réjouiront.”

Et en effet, ceux qui étaient vraiment entiers et sincères se sont réjouis de cette explication nouvelle. Les choses étaient à présent rendues plus claires: tout individu appartient soit à l’organisation de Jéhovah, soit à celle de Satan. “Souvenons-​nous, disait l’article ‘La naissance de la nation’, que ce sera [notre] privilège (...) de combattre vaillamment pour la cause de notre Roi en annonçant le message qu’il nous a donné à proclamer.”

Au fil des années 20, puis des années 30, la lumière sur des questions bibliques a fusé, tels des éclairs. Les Étudiants de la Bible ont cessé de célébrer les fêtes du monde, religieuses ou autres, Noël par exemple. Ils ont également abandonné d’autres pratiques et croyances dès qu’ils ont compris qu’à l’origine elles déshonoraient Dieu *. Toutefois, ils ont fait plus qu’abandonner les pratiques et croyances mauvaises: ils ont continué à compter sur Jéhovah pour leur révéler progressivement la vérité.

‘Vous êtes mes témoins’

“‘Vous êtes (...) mes témoins’, telle est la déclaration de Jéhovah, ‘et je suis Dieu.’” (És. 43:12). À mesure que les années 20 s’écoulaient, les Étudiants de la Bible prenaient peu à peu conscience que ces paroles du prophète Ésaïe avaient une signification profonde. Dans les pages de La Tour de Garde, ils ont maintes et maintes fois attiré l’attention sur leur responsabilité de rendre témoignage au nom de Jéhovah et à son Royaume. Mais un grand événement a eu lieu en 1931 lors d’une assemblée qui s’est tenue à Columbus (Ohio).

Le dimanche 26 juillet, à midi, frère Rutherford a donné le discours public intitulé “Le Royaume, l’Espérance du Monde”, qui était retransmis par un vaste réseau radiophonique, et qui plus tard a été diffusé en différé par 300 autres stations. À la fin du discours, il a lancé un avertissement à la chrétienté en lisant  une résolution cinglante intitulée “Avertissement de Jéhovah” et adressée “aux gouvernants et aux peuples”. Invités à prendre eux aussi cette résolution, tous les assistants se sont levés et ont crié “Oui!” Des télégrammes reçus plus tard ont indiqué que nombre des Étudiants de la Bible qui avaient écouté le discours à la radio avaient de la même façon approuvé à voix haute cette résolution.

Entre 13 heures et 16 heures, soit entre le moment où frère Rutherford a achevé le discours public et celui où il est revenu dans la salle, l’atmosphère était survoltée. Frère Rutherford avait demandé expressément que quiconque était réellement intéressé par l’avertissement lancé à midi à la chrétienté soit à sa place à 16 heures.

Dès l’heure dite, il a pris la parole, disant que ce qu’il s’apprêtait à déclarer était, à son avis, d’une importance capitale pour tous ceux qui l’entendaient. Ses auditeurs étaient très attentifs. Durant le discours, il a proposé une autre résolution, celle-là intitulée “Un nouveau nom”, et dont le point culminant a été cette déclaration: “Nous adoptons (...) le nom (...) par lequel nous désirons être connus et appelés, c’est-à-dire le nom de: Témoins de Jéhovah.” Les assistants émus se sont de nouveau levés comme un seul homme en lançant un vibrant “Oui!” Dorénavant, ils s’appelleraient Témoins de Jéhovah!

“L’esprit de Jéhovah nous ôtait toute crainte”

Au cours de l’année 1927, les serviteurs de Jéhovah ont été encouragés à accorder, chaque semaine, une partie du dimanche au témoignage en groupe. Aussitôt ils se sont heurtés à l’opposition de la loi. En quelques années, les arrestations se sont multipliées aux États-Unis: 268 en 1933, 340 en 1934, 478 en 1935 et 1 149 en 1936. Pour quel motif? En fait, plusieurs chefs d’accusation ont été invoqués, par exemple colportage sans autorisation, trouble de l’ordre public et violation des lois sur le sabbat dominical. Localement, les groupes de Témoins ne savaient pas comment s’y prendre avec les fonctionnaires de police et les tribunaux. Soit il coûtait trop cher d’obtenir une aide juridique sur place, soit c’était impossible à cause des préjugés. Aussi la Société Watch Tower a-​t-​elle eu la sagesse d’ouvrir à Brooklyn un service juridique chargé de donner des conseils.

Mais il n’était pas suffisant d’avoir une solide défense juridique. Ces Témoins de Jéhovah sincères étaient déterminés à vivre en accord avec le nom qu’ils avaient adopté. C’est pourquoi, dès le début des années 30, ils ont riposté en passant à l’offensive. Comment? Au moyen de ce qu’ils appelaient les campagnes divisionnaires, autrement dit des missions spéciales de prédication. Dans tous les États-Unis, des milliers de volontaires ont été organisés en divisions. Quand, dans une ville, des Témoins étaient arrêtés parce qu’ils prêchaient de maison en maison, une division de volontaires des régions environnantes arrivait et “assiégeait” la ville, donnant un témoignage complet *.

Ces campagnes divisionnaires ont énormément affermi les Témoins isolés. Chaque division comptait des frères capables qui avaient reçu une formation  pour traiter avec les autorités. Pour les frères qui vivaient dans une région troublée, peut-être dans un village, il était très encourageant de savoir qu’ils n’étaient pas seuls à prêcher le Royaume de Dieu.

Il fallait beaucoup de courage pour participer aux campagnes divisionnaires dans les années 30. En pleine crise économique, les emplois étaient rares. Alors qu’il était surveillant itinérant depuis une quarantaine d’années, Nicholas Kovalak fils a raconté: “Quand il recevait un appel pour aller dans une commune agitée, le ‘directeur du service’ demandait des volontaires. Ne devaient pas se porter volontaires ceux qui avaient peur de perdre leur emploi. (...) Mais nous avions toujours la joie de recevoir 100 % de réponses affirmatives!” John Dulchinos, surveillant à Springfield (Massachusetts), a fait cette observation: “Ce furent vraiment des années extraordinaires dont le souvenir nous est cher. L’esprit de Jéhovah nous ôtait toute crainte.”

Pendant ce temps s’apprêtait à jaillir un éclair qui donnerait une meilleure compréhension de la Bible, et qui allait avoir une portée considérable sur l’œuvre.

Et les Jonadabs?

En 1932, on a expliqué que Jonadab, compagnon du roi Jéhu, préfigurait une classe de personnes qui auraient la vie éternelle sur la terre * (2 Rois 10:15-28). Pour les Jonadabs, puisqu’on a fini par les appeler ainsi, c’était un privilège que d’être les compagnons des serviteurs oints de Jéhovah et de les aider dans une certaine mesure à proclamer le Royaume. Mais, à l’époque, on ne se souciait pas particulièrement de rassembler et d’organiser ces personnes dont l’espérance était terrestre.

C’est toutefois La Tour de Garde du 15 novembre 1934 (15 août 1934 en anglais) qui a apporté un réel encouragement aux Jonadabs. L’article intitulé “Sa bonté” déclarait: “Un Jonadab devrait-​il se consacrer à Jéhovah et se faire baptiser? Réponse: Il est certainement juste qu’un Jonadab se consacre à l’accomplissement de la volonté de Dieu. Nul ne recevra jamais la vie s’il n’agit ainsi. Le baptême ou l’immersion dans l’eau est uniquement un symbole qui montre qu’un homme s’est consacré [nous dirions aujourd’hui ‘voué’] à l’accomplissement de la volonté de Dieu; c’est pourquoi un baptême n’est pas contre-indiqué.” Quelle joie pour les Jonadabs!

Cependant, une joie plus grande encore les attendait. Au printemps suivant, plusieurs numéros de La Tour de Garde (en anglais), à commencer par celui du 1er avril 1935, ont fait cette annonce: “De nouveau La Tour de Garde rappelle à ses lecteurs qu’une assemblée des témoins de Jéhovah et des Jonadabs *  se tiendra à Washington du 30 mai au 3 juin 1935.” Les Jonadabs attendaient cette assemblée avec impatience.

La “grande multitude” annoncée en Révélation 7:9-17 (Sy) a fait l’objet d’un discours que frère Rutherford a prononcé le deuxième après-midi de l’assemblée. Dans ce discours, il a expliqué que la grande multitude se composait des Jonadabs modernes et que ces Jonadabs devaient se montrer aussi fidèles à Jéhovah que les oints. Quel émoi dans l’assistance! À la demande de l’orateur, les Jonadabs se sont levés. Voici le témoignage de Mildred Cobb, baptisée depuis l’été 1908: “Tout d’abord il y eut un grand silence, puis des cris de joie retentirent et tout le monde se mit à applaudir à n’en plus finir.”

Cet éclair de compréhension a eu un profond effet sur l’activité des Témoins de Jéhovah. Sadie Carpenter, prédicatrice à plein temps pendant plus de 60 ans, a raconté: “Débordants d’enthousiasme (...), nous sommes retournés dans nos territoires pour nous mettre à la recherche de ces ‘brebis’ qu’il restait à rassembler.” Plus tard, l’Annuaire des Témoins de Jéhovah pour 1936 (en anglais) a rapporté: “Cette révélation a stimulé les frères et leur a donné de l’élan pour un regain d’activité; de tous les coins du globe, les frères nous font savoir leur joie de ce que le reste ait maintenant le privilège de porter le message à la grande multitude, et qu’ensemble ils s’emploient à honorer le nom du Seigneur.” Pour les aider dans cette tâche, le livre Richesses, publié en 1936, contenait un long exposé des perspectives offertes dans la Bible à la grande multitude.

Les membres voués et baptisés de la grande multitude trouvaient enfin la place qui leur revenait aux côtés des oints dans la proclamation du Royaume de Dieu!

“Nous tannerons le cuir de la vieille dame”

Dans les années 30, le message que ces Témoins zélés proclamaient consistait à dévoiler avec force la fausse religion. Un instrument approprié est paru à l’assemblée des Témoins de Jéhovah qui s’est tenue du 15 au 20 septembre 1937 à Columbus (Ohio).

Le samedi matin 18 septembre, à la suite de son discours, frère Rutherford a annoncé la parution du livre Ennemis, livre de couleur ocre. Cet ouvrage accusait la fausse religion d’être une “ennemie insidieuse et redoutable [qui] de tous temps (...) a nui (...) aux hommes”. Il traitait les partisans de la fausse religion d’“instruments du Diable, qu’ils en soient conscients ou non”. En présentant le livre à l’assistance, frère Rutherford a dit: “Vous remarquerez la couleur de ce livre: tannée; eh bien, avec lui, nous tannerons le cuir de la vieille dame *.” Sur quoi, la foule enthousiaste a poussé une clameur d’approbation.

 Pendant quelques années, le phonographe a joué son rôle pour ce qui est de ‘tanner la vieille dame’. Mais en ce qui concerne l’activité avec le phonographe, l’assemblée de 1937 réservait une surprise. Elwood Lunstrum, qui à l’époque venait d’avoir 12 ans, raconte: “C’est à cette assemblée qu’on inaugura l’activité à l’aide du phonographe portatif sur le pas des portes. Auparavant, nous emportions le phonographe en prédication, mais nous ne le faisions fonctionner que si on nous invitait à entrer. (...) Le service de ‘pionnier spécial’ a été créé à l’assemblée de Columbus. Ces pionniers donneraient l’exemple dans la prédication avec le phonographe, dans le suivi des éventuelles personnes bien disposées (en effectuant ce qu’on appelait alors des ‘visites complémentaires’) et dans la façon de diriger des études bibliques selon la méthode appelée ‘étude-modèle’.”

En s’en retournant chez eux après l’assemblée, les serviteurs de Jéhovah étaient bien équipés pour l’œuvre de proclamation du Royaume de Dieu. Ils avaient assurément besoin de tous les encouragements possibles. En effet, la montée du nationalisme au cours des années 30 a déclenché contre eux de l’opposition, parfois même des émeutes, de la part d’individus déterminés à empêcher les Témoins de Jéhovah de se réunir et de prêcher.

“Une bande d’aigrefins”

Certains groupes de l’Action catholique étaient parmi les adversaires les plus acharnés. Le 2 octobre 1938, frère Rutherford a été très direct lorsqu’il a prononcé le discours “Fascisme ou Liberté”, qui est paru plus tard sous forme de brochure et a été diffusé par millions. Dans ce discours, il a relaté un certain nombre d’incidents en rapport avec des menées illégales, pour établir la collusion entre certains fonctionnaires publics et des représentants de l’Église catholique.

Après avoir exposé les faits, Joseph Rutherford a dit: “Quand on dénonce au peuple ces individus qui, sous le couvert de la religion, lui extorquent ses droits, la prélature grince des dents. Elle crie: ‘Mensonges! Bâillonnez ces gens-​là!’” Après quoi, il a posé cette question: “Est-​ce mal agir que de dénoncer au peuple une bande d’aigrefins qui le vole? Non! (...) Les consciences droites seront-​elles bâillonnées pendant que les escrocs de haut vol grignoteront les libertés humaines fondamentales? Et, avant tout, retirera-​t-​on aux masses ce privilège accordé par Dieu à ses créatures de se réunir et de l’adorer, lui, le Tout-Puissant? Supprimera-​t-​on la liberté de parler de son Royaume et de répondre à ses détracteurs?”

Après ce blâme cinglant, les groupes de l’Action catholique aux États-Unis n’ont pas décoléré. Les Témoins de Jéhovah ont engagé des batailles juridiques pour la liberté de culte et pour leur droit de prêcher le Royaume de Dieu. Mais la situation n’a fait qu’empirer quand le monde est entré en guerre. Les restrictions juridiques et les incarcérations se sont mises à pleuvoir sur les Témoins de Jéhovah également dans de nombreux pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie.

 “Tout le monde voulait aller à Saint Louis”

Norman Larson, qui, à l’époque, était depuis peu ministre à plein temps, nous livre ses souvenirs: “En 1941, nous avions le sentiment que des jours difficiles se préparaient, maintenant que la guerre faisait rage en Europe. De ce fait, tout le monde voulait aller à Saint Louis.” Pourquoi? Mais pour l’‘Assemblée théocratique des Témoins de Jéhovah’ de Saint Louis (Missouri), qui allait se tenir du 6 au 10 août 1941! Et “tout le monde” est venu. Les installations de l’assemblée étaient pleines à craquer. Un rapport de police a fait état d’un maximum de 115 000 assistants.

Dès le premier jour, le programme de l’assemblée a apporté des encouragements bienvenus. “Intégrité”, le discours d’ouverture de frère Rutherford, a donné le ton de l’assemblée. Témoin les impressions de Hazel Burford, une chrétienne qui a été missionnaire durant presque 40 ans jusqu’à sa mort en 1983: “Nous comprenions mieux que jamais pourquoi Jéhovah permettait cette intense persécution de ses serviteurs dans le monde entier.” Dans un compte rendu de l’assemblée, l’Annuaire des Témoins de Jéhovah 1942 (en anglais) a dit aussi: “Tous pouvaient voir clairement qu’il y avait devant eux une grande œuvre de témoignage à accomplir, et qu’en l’accomplissant ils resteraient intègres, fussent-​ils haïs par tous les hommes et toutes les organisations humaines.”

Le dimanche 10 août était le “jour des enfants”, au cours duquel on a assisté à une scène touchante. À l’ouverture de la session du matin, 15 000 enfants âgés de 5 à 18 ans étaient assemblés dans l’enceinte principale juste en face de l’estrade ainsi qu’à un autre endroit qui leur était réservé dans un immense camp de caravanes où les assistants qui étaient en surnombre écoutaient les discours. Quand frère Rutherford, alors âgé de plus de 70 ans, est monté sur l’estrade, les enfants l’ont acclamé et applaudi. Il a agité son mouchoir, et les enfants ont fait de même. Puis, d’une voix claire et bienveillante, il a développé pour tout l’auditoire le thème “Enfants du Roi”. Après s’être adressé durant plus d’une heure à l’ensemble de l’auditoire, il a dirigé ses remarques plus particulièrement vers les enfants assis dans les sections réservées.

Fixant son attention sur les visages juvéniles et radieux qui étaient tournés vers lui, il a déclaré: “Vous tous... enfants qui avez accepté de faire la volonté de Dieu, pris position pour son Gouvernement théocratique dirigé par Christ Jésus et qui avez accepté d’obéir à Dieu et à son Roi, veuillez vous lever.” Les enfants se sont levés comme un seul. “Voyez, s’est exclamé l’orateur enthousiaste, plus de 15 000 nouveaux témoins pour le Royaume!” Les applaudissements ont crépité. “Vous tous, si vous désirez faire votre possible pour parler à autrui du Royaume de Dieu et de ses bienfaits, dites oui!” Un “Oui!” retentissant lui a répondu.

Puis, couronnement de son discours, frère Rutherford a annoncé la parution du livre Enfants, qui a été accueilli avec des cris de joie et une salve d’applaudissements. Ensuite, aidé d’autres frères, il a distribué gratuitement des exemplaires de ce livre aux enfants. Plus d’un ont versé des larmes à la vue, sur l’estrade, de cet homme imposant devant lequel passaient, en file interminable, les enfants venant chercher leur livre.

 Parmi les enfants qui se trouvaient ce dimanche-​là à Saint Louis, beaucoup ont agi en conformité avec le “Oui!” qu’ils avaient prononcé. LaVonne Krebs, Merton Campbell ainsi qu’Eugene et Camilla Rosam ont été du nombre des jeunes qui ont reçu leur livre Enfants. En 1992, ils sont toujours en activité au siège mondial de la Société, étant respectivement depuis 51, 49, 49 et 48 années dans le ministère à plein temps. Certains de ces enfants sont devenus plus tard missionnaires dans des pays étrangers, comme Eldon Deane (Bolivie), Richard et Peggy Kelsey (Allemagne), Ramon Templeton (Allemagne) et Jennie Klukowski (Brésil). Ce dimanche matin à Saint Louis a bel et bien marqué durablement de nombreux jeunes cœurs!

Le dimanche après-midi, frère Rutherford a prononcé quelques paroles d’adieu à l’adresse des assistants. Il les a encouragés à persévérer dans l’œuvre de proclamation du Royaume de Dieu. “Je suis absolument certain, leur a-​t-​il dit, qu’à l’avenir (...) le nombre de ceux qui formeront la grande multitude va augmenter à pas de géant.” Il les a pressés de retourner là où ils habitaient afin d’y “activer la vapeur”, ‘de donner tout le temps qu’ils pouvaient’. Puis il a conclu sur ces paroles: “Eh bien! mes chers frères, que le Seigneur vous bénisse! Maintenant je ne vous dis pas adieu, car je compte vous revoir un jour ou l’autre.”

 Mais pour beaucoup, c’était la dernière fois qu’ils voyaient frère Rutherford.

Les derniers jours de Joseph Rutherford

Frère Rutherford avait un cancer du côlon; à l’assemblée de Saint Louis, il était en très mauvaise santé. Il avait néanmoins réussi à prononcer cinq discours énergiques. Toutefois, après l’assemblée, son état s’est aggravé, et il a dû subir une colectomie. Arthur Worsley se souvient du jour où frère Rutherford a dit adieu à la famille du Béthel; il raconte: “Il nous a confié qu’il allait subir une grave opération; qu’il s’en sorte ou non, a-​t-​il ajouté, il avait confiance que nous continuerions à proclamer le nom de Jéhovah. Il (...) a achevé sur ces mots: ‘Bien, si Dieu le veut, je vous reverrai. Sinon, continuez la lutte.’ Tout le monde, dans la famille, avait les yeux embués de larmes.”

Frère Rutherford, âgé de 72 ans, a bien supporté l’opération. Peu après, il a été transféré en Californie dans une maison qu’il avait nommée Beth-Sarim. Pour tous ceux qu’il aimait, ainsi que pour les spécialistes, il était visiblement condamné. D’ailleurs, il a dû être réopéré.

Vers la mi-décembre, Nathan Knorr, Frederick Franz et Hayden Covington ont quitté Brooklyn pour aller le voir. Sœur Hazel Burford, qui a soigné frère Rutherford pendant ces tristes et pénibles moments, a raconté par la suite: “Ils ont passé plusieurs jours auprès de lui, pour examiner le rapport qui devait être publié dans l’Annuaire, ainsi que d’autres questions d’organisation. Après leur départ, frère Rutherford a continué de s’affaiblir et, environ trois semaines plus tard, le jeudi 8 janvier 1942, il a achevé fidèlement sa course terrestre *.”

Comment la nouvelle de la mort de frère Rutherford a-​t-​elle été accueillie au Béthel? William Elrod, qui a été membre de la famille du Béthel pendant neuf ans, a raconté: “Je n’oublierai jamais le jour où nous avons appris la mort de frère Rutherford. C’était à midi, au moment où la famille était réunie pour le déjeuner. L’annonce a été brève. Il n’y a pas eu de discours. Personne n’a pris sa journée pour mener le deuil. Nous sommes par contre retournés à l’imprimerie et avons travaillé avec plus d’ardeur que jamais.”

Les temps étaient très difficiles pour les Témoins de Jéhovah. La guerre s’était muée en conflit planétaire. Depuis l’Europe, les combats avaient gagné l’Afrique, puis ce qui était alors l’Union soviétique. Le 7 décembre 1941, juste un mois avant la mort de frère Rutherford, l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais avait fait basculer les États-Unis dans la guerre. Un peu partout, les Témoins étaient la cible d’émeutes et d’autres formes de persécution intense.

Qu’adviendrait-​il à présent?

[Notes]

^ § 17 Association formée à New York en 1909 pour les besoins du transfert des bureaux principaux de la Société Watch Tower à Brooklyn (New York).

^ § 52 Voir chapitre 28, “Épreuves et criblage de l’intérieur”.

^ § 58 Selon l’interprétation avancée dans Le mystère accompli, la femme de Révélation chapitre 12 était “l’Église primitive”, le dragon était “l’Empire romain païen”, et l’enfant mâle était “le système papal organisé”.

^ § 60 Voir chapitre 14, “Ils ne font pas partie du monde”.

^ § 68 Voir chapitre 30, “Défense et affermissement légal de la bonne nouvelle”.

^ § 73 Justification (angl.), 3tome, page 77. Voir aussi chapitre 12, “La grande foule vivra-​t-​elle au ciel ou sur la terre?”

^ § 75 À cette époque, les Jonadabs n’étaient pas considérés comme des “témoins de Jéhovah”. (Voir La Tour de Garde du 15 novembre 1934, p. 345 [15 août 1934 en anglais].) Toutefois, quelques années plus tard, La Tour de Garde du 1er juillet 1942 (angl.) a déclaré: “Ces ‘autres brebis’ [Jonadabs] deviennent des témoins pour Lui, tout comme les hommes fidèles ayant vécu avant la mort de Christ (depuis Jean-Baptiste en remontant jusqu’à Abel) étaient des témoins de Jéhovah qui ne renonçaient jamais.”

^ § 81 Allusion à “la grande prostituée” de Révélation chapitre 17. Le livre Ennemis disait: “Toute organisation qui, sur la terre, manifeste son opposition à Dieu et à son Royaume, s’intègre (...) à ‘Babylone’ et devient une ‘prostituée’. À combien plus forte raison ces dénominatifs s’appliquent-​ils à l’Église catholique romaine, la grande organisation religieuse!” (pp. 175, 176). Des années après, on a compris que la prostituée représente en fait l’empire universel constitué par toutes les fausses religions.

^ § 100 Frère Rutherford laissait en mourant sa femme, Mary, et leur fils Malcolm. Sœur Rutherford était d’une santé fragile et supportait mal les hivers à New York (où se trouvait le siège de la Société Watch Tower); de ce fait, avec Malcolm, elle résidait depuis un certain temps dans le sud de la Californie, où le climat était meilleur pour sa santé. Sœur Rutherford est décédée le 17 décembre 1962 à l’âge de 93 ans. Le Daily News-Post de Monrovia (Californie) a publié un avis de décès qui précisait: “Jusqu’à ce que ses ennuis de santé l’obligent à rester chez elle, elle a été active dans l’œuvre ministérielle des Témoins de Jéhovah.”

[Entrefilet, page 73]

“Les principales armes de Satan sont l’ORGUEIL, l’AMBITION et la CRAINTE.”

[Entrefilet, page 74]

‘La preuve que Jéhovah dirigeait la Société.’

[Entrefilet, page 75]

‘Sortis de prison, non pas tant pour eux-​mêmes que pour rendre un témoignage à la vérité.’

[Entrefilet, page 77]

“La mission du chrétien sur la terre (...) est de proclamer le message du royaume du Seigneur.”

[Entrefilet, page 78]

‘Proclamer le Royaume avec plus de zèle et plus d’amour que jamais.’

[Entrefilet, page 82]

‘Le nom par lequel nous désirons être connus: Témoins de Jéhovah.’

[Entrefilet, page 83]

Oui! Les Jonadabs devaient se faire baptiser.

[Entrefilet, page 84]

‘À la recherche des “brebis” qu’il restait à rassembler.’

[Entrefilet, page 85]

Joseph Rutherford a été très direct quand il a blâmé les adversaires religieux.

[Entrefilet, page 86]

15 000 enfants ont pris position pour le Royaume.

[Entrefilet, page 89]

“Si Dieu le veut, je vous reverrai. Sinon, continuez la lutte.”

[Encadré/Illustration, page 76]

“La maison des princes”

En sortant de prison en 1919 après un internement injuste, frère Rutherford a contracté une grave pneumonie, qui lui a lésé irrémédiablement un poumon. Dans les années 20, sous traitement médical, il s’est rendu à San Diego (Californie), le médecin lui ayant recommandé d’y passer autant de temps que possible. À partir de 1929, frère Rutherford travaillait l’hiver dans une maison de San Diego qu’il avait nommée Beth-Sarim. Beth-Sarim avait été construite grâce à un don fait spécialement dans ce but. L’acte, publié intégralement dans “L’Âge d’Or” du 19 mars 1930 (en anglais), faisait de Joseph Rutherford le propriétaire de cette maison, et après lui la Société Watch Tower.

Au sujet de Beth-Sarim, le livre “Salut”, paru en 1939, explique: “‘Beth-Sarim’, mot qui, en hébreu, signifie ‘Maison des princes’. Le but de l’acquisition de ce terrain et de la construction de cette demeure est de prouver d’une façon tangible qu’aujourd’hui certains hommes ayant une foi absolue en Dieu, en Christ et en son Royaume, sont persuadés que le Tout-Puissant ressuscitera bientôt ses dévoués serviteurs des temps anciens pour leur confier la direction des affaires de ce monde.”

Quelques années après la mort de frère Rutherford, le conseil d’administration de la Société Watch Tower a décidé de vendre Beth-Sarim. Pourquoi? “La Tour de Garde” du 15 décembre 1947 (en anglais) a expliqué: “Elle avait pleinement rempli son rôle et n’était plus maintenant qu’un témoignage dont l’entretien était assez coûteux; notre foi dans le retour des hommes du passé que le Roi Christ Jésus fera princes par TOUTE la terre (et pas seulement en Californie) repose, non sur cette maison Beth-Sarim, mais sur la Parole divine de promesse *.”

[Note de l’encadré]

^ § 140 À l’époque, on croyait que les hommes fidèles du passé, tels qu’Abraham, Joseph et David, seraient ressuscités avant la fin de ce système de choses et seraient des “princes sur toute la terre” en accomplissement de Psaume 45:16. Cette explication a été rectifiée en 1950, lorsqu’un examen plus approfondi de la Bible a révélé que ces ancêtres terrestres de Jésus Christ seraient ressuscités après Harmaguédon. — Voir “La Tour de Garde” du 15 avril 1951, pp. 121-124 (1er novembre 1950 [angl.]).

 [Encadré/Illustrations, pages 80, 81]

Radiodiffusion du message du Royaume

Moins de deux ans après les débuts de la commercialisation de la radiodiffusion, la radio était utilisée pour transmettre le message du Royaume. C’est ainsi que le 26 février 1922, en Californie, frère Rutherford a donné son premier discours radiodiffusé. Deux ans plus tard, le 24 février 1924, la WBBR, station de radio appartenant à la Société Watch Tower, commençait à émettre depuis Staten Island (New York). Par la suite, la Société a mis sur pied des réseaux s’étendant au monde entier pour diffuser des programmes et des discours à caractère biblique. En 1933, un maximum de 408 stations transmettaient le message du Royaume sur les cinq continents.

[Illustrations]

La WBBR, à New York. La Société Watch Tower a utilisé cette station de 1924 à 1957.

L’orchestre de la WBBR en 1926.

Le 11 septembre 1938, en Angleterre, Joseph Rutherford a prononcé le discours “Face aux réalités” dans le Royal Albert Hall à Londres; plus de 10 000 personnes ont rempli la salle (ci-dessous) et des millions d’autres ont écouté le discours par radio.

Programme d’ouverture de la WBBR.

 En Australie, l’équipe de la station 2HD, Newcastle (Nouvelle-Galles du Sud).

Au Canada, la station de radio CHCY à Edmonton (Alberta) était l’une des stations que la Société possédait et utilisait dans ce pays.

Émission pour la Finlande par l’intermédiaire d’une station de radio estonienne.

Matériel de radiodiffusion de la station WORD, près de Chicago (Illinois); la Société en était propriétaire et utilisatrice.

 [Encadré/Illustrations, page 87]

La prédication avec le phonographe

En 1933, les Témoins de Jéhovah ont commencé à utiliser une autre méthode de prédication inédite. Ils se servaient d’un phonographe transportable équipé d’un amplificateur et d’un haut-parleur pour faire entendre, dans des salles, des parcs ou autres lieux publics, des disques 33 tours sur lesquels étaient enregistrés des discours radiophoniques qu’avait prononcés frère Rutherford. Ils utilisaient aussi des voitures et des bateaux munis de haut-parleurs pour faire retentir le message du Royaume.

L’efficacité de ces phonographes a donné lieu à une autre innovation: la prédication de maison en maison avec un phonographe léger. En 1934, la Société s’est mise à fabriquer des phonographes portatifs et un jeu de disques 78 tours proposant des discours bibliques de 4 minutes et demie. Avec le temps, les disques qu’elle a mis en circulation ont fini par traiter au total 92 sujets. La Société a fabriqué en tout plus de 47 000 phonographes pour proclamer bien haut le message du Royaume. Par la suite, cependant, on a insisté davantage sur l’importance de présenter le message du Royaume de vive voix, et l’activité avec le phonographe a peu à peu cessé.

[Illustrations]

(Ci-dessus) En installant une voiture munie de haut-parleurs sur une hauteur, on pouvait faire entendre le message du Royaume à des kilomètres à la ronde.

(À droite) Utilisation du phonographe au Mexique.

(Ci-dessus) Angleterre: Un bateau muni d’un haut-parleur en action sur la Tamise, à Londres.

(À gauche) Utilisation d’un phonographe dans la prédication.

(À droite) En 1940, démonstration de l’emploi d’un phonographe vertical.

[Illustration, page 79]

J. Bohnet

[Illustration, page 88]

Entre 1917, date à laquelle Joseph Rutherford est devenu président, et 1941, la Société Watch Tower a fait paraître de nombreuses publications, soit 24 livres, 86 brochures et des “Annuaires”, ainsi que des articles dans “La Tour de Garde” et “L’Âge d’Or” (périodique devenu plus tard “Consolation”).