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L’annonce du retour du Seigneur (1870-1914)

L’annonce du retour du Seigneur (1870-1914)

 Chapitre 5

L’annonce du retour du Seigneur (1870-​1914)

“Le récit qui suit vous est proposé non seulement parce que je me suis senti poussé à présenter un historique de la façon dont Dieu m’a guidé sur le sentier de la lumière, mais surtout parce que je crois nécessaire que la vérité soit dite modestement, que les malentendus soient dissipés, que les mensonges nuisibles soient neutralisés et que nos lecteurs voient comment jusqu’ici le Seigneur a apporté son aide et sa direction *.”

APRÈS ces paroles, Charles Russell retraçait les événements qui l’avaient amené à faire paraître L’Aurore du Millénium (série de livres appelée plus tard Études des Écritures) et Le Phare de la Tour de Sion et Messager de la Présence de Christ (aujourd’hui La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah). Cette histoire intéresse particulièrement les Témoins de Jéhovah. Pourquoi? Parce que l’on peut faire remonter leur compréhension actuelle des vérités bibliques ainsi que leurs activités aux années 1870 et à l’œuvre de Charles Russell et de ses collaborateurs, et à partir de là remonter à la Bible et au christianisme primitif.

Qui était Charles Russell? L’histoire de son œuvre démontre-​t-​elle que le Seigneur a apporté son aide et sa direction?

La quête de la vérité

Charles Taze Russell est né le 16 février 1852 aux États-Unis, à Allegheny (ville de Pennsylvanie qui fait aujourd’hui partie de Pittsburgh). Il était le deuxième fils de Joseph et d’Ann Eliza (née Birney) Russell, presbytériens et de souche écosso-irlandaise. Sa mère est morte quand il avait neuf ans, mais, tout jeune, Charles a été influencé par son père et sa mère, très croyants l’un et l’autre. Selon ce qu’a dit plus tard un homme devenu son collaborateur, “ils ont soigné la jeune pousse; et elle a grandi dans la direction  du Seigneur”. Charles a été élevé dans la religion presbytérienne, mais par la suite il s’est joint à l’Église congrégationaliste, parce qu’il en préférait les idées.

Le jeune Charles était à l’évidence doué pour le commerce. Il avait à peine 11 ans quand il est devenu l’associé de son père qui tenait un magasin de vêtements masculins. Ayant agrandi l’affaire, il a fini par gérer lui-​même plusieurs autres magasins. Si de ce côté-​là tout allait bien, dans le domaine spirituel, par contre, il était très troublé. Pourquoi?

Ses parents, qui croyaient sincèrement aux credos des religions de la chrétienté, l’avaient élevé de sorte qu’il les accepte aussi. Enfant, Charles avait donc appris que Dieu est amour, mais que, par ailleurs, il avait créé les humains avec une nature immortelle et prévu un feu dans lequel il infligerait des tourments éternels à tous sauf à ceux qui avaient été prédestinés pour être sauvés. Arrivé à l’adolescence, Charles était révolté à cette idée. Il se disait: “Un Dieu qui utilise sa puissance pour créer des êtres humains en les prédestinant aux tourments éternels ne peut être ni sage, ni juste, ni plein d’amour. Ses principes sont inférieurs à ceux de bien des hommes.”

Charles Russell n’était pourtant pas du tout athée; seulement, il ne pouvait pas accepter les enseignements des Églises tels qu’ils étaient communément compris. Il a expliqué: “Peu à peu, j’ai été amené à constater que les credos, tout en contenant certains éléments de vérité, étaient dans leur ensemble trompeurs et en contradiction avec la Parole de Dieu.” En effet, dans les credos des Églises, les “éléments de vérité” étaient enfouis sous un fatras d’enseignements païens qui s’étaient infiltrés dans le christianisme souillé par des siècles d’apostasie. Se détournant des credos des Églises et se mettant en quête de la vérité, Charles Russell a étudié quelques grandes religions orientales, qui ne lui ont pas apporté satisfaction.

Sa foi est raffermie

La jeune pousse avait toutefois été élevée par des parents très pieux; elle était inclinée “dans la direction du Seigneur”. Charles cherchait toujours la vérité quand, un soir de 1869, il s’est passé quelque chose qui a raffermi sa foi chancelante. À Allegheny, alors qu’il passait dans Federal Street, près de l’établissement Russell, il a entendu un chant religieux provenant d’un sous-sol. Voici les faits tels qu’il les a racontés:

“Un soir, comme par hasard, j’entrai dans une salle poussiéreuse et mal éclairée où, m’avait-​on dit, se tenaient des services religieux. C’était pour voir si la poignée de personnes qui s’y réunissaient avaient quelque chose de plus sensé à offrir que les credos des grandes religions chrétiennes. C’est là que, pour la première fois, j’ai eu connaissance de certaines des idées des adventistes [Église chrétienne de l’avènement]; le prédicateur était M. Jonas Wendell (...). J’avoue donc que je suis redevable aux adventistes ainsi qu’à d’autres groupements religieux. Bien que son exposé biblique ne fût pas tout à fait clair, (...) il n’en  fallut pas plus, sous l’action de Dieu, pour raffermir ma foi chancelante dans l’inspiration divine de la Bible, et pour me montrer que les récits des apôtres et des prophètes forment un tout indissoluble. Ce que j’entendis me fit reprendre ma Bible afin de l’étudier avec plus de zèle et de soin que jamais, et je remercierai toujours le Seigneur de m’avoir guidé dans ce sens; car, bien que l’adventisme ne m’ait pas apporté une vérité en particulier, il m’a grandement aidé à désapprendre les erreurs, et de ce fait m’a préparé pour la Vérité.”

Cette rencontre a ravivé chez le jeune Charles la détermination à rechercher la vérité biblique. Elle lui a fait reprendre sa Bible et s’y replonger avec plus d’ardeur que jamais. Il en est rapidement venu à croire qu’on n’était pas loin du moment où ceux qui servaient le Seigneur arriveraient à une connaissance claire de son dessein. C’est pourquoi, en 1870, débordant d’enthousiasme, avec quelques amis de Pittsburgh et d’Allegheny, il a formé une classe d’étude biblique. D’après un homme qui devint plus tard un de ses collaborateurs, la classe se déroulait comme suit: “L’un d’eux soulevait une question. Ils en discutaient. Ils prenaient tous les versets qui se rapportaient au sujet, puis, lorsqu’ils étaient satisfaits quant à l’harmonie de ces textes, ils formulaient leur conclusion et la mettaient par écrit.” Comme frère Russell l’a reconnu plus tard, la période comprise “entre 1870 et 1875 a été un temps de croissance constante en grâce, en connaissance et en amour de Dieu et de sa Parole”.

À mesure que ces chercheurs sincères de vérité fouillaient les Écritures, beaucoup de choses s’éclairaient pour eux. Ils ont ainsi découvert les vérités relatives à la mortalité de l’âme humaine et ont découvert que l’immortalité était un don que recevraient ceux qui devenaient cohéritiers avec le Christ dans son Royaume céleste (Ézéch. 18:20; Rom. 2:6, 7). Ils  ont commencé à saisir la doctrine du sacrifice rédempteur de Jésus Christ et la possibilité que cette mesure offre à l’humanité (Mat. 20:28). Ils ont compris que si Jésus est venu une première fois sur terre en tant qu’homme dans la chair, par contre, à son retour, il serait présent invisiblement en tant que personne spirituelle (Jean 14:19). Ils ont aussi appris que le but du retour de Jésus ne serait pas de détruire tout le monde, mais de bénir les familles obéissantes de la terre (Gal. 3:8). “Nous étions, a écrit Charles Russell, navrés de l’erreur des adventistes, qui attendaient le Christ dans la chair et enseignaient que le monde et ses habitants, à l’exception d’eux-​mêmes, seraient consumés.”

Les vérités bibliques qui devenaient claires pour ce petit groupe d’étudiants marquaient une nette différence avec les doctrines païennes qui s’étaient infiltrées dans le christianisme pendant les siècles qu’a duré l’apostasie. Mais Charles Russell et ses compagnons sensibles aux choses spirituelles ont-​ils trouvé ces vérités bibliques sans l’aide de personne?

D’autres influences

Charles Russell a parlé très franchement de l’aide que d’autres personnes lui avaient apportée dans son étude de la Bible. Non seulement il a reconnu qu’il était redevable à l’adventiste Jonas Wendell, mais il a aussi parlé avec affection de deux autres hommes qui l’avaient aidé dans l’étude de la Bible. Il a dit de ces derniers: “L’étude de la Parole de Dieu avec ces chers frères a conduit, pas à pas, à des pâturages plus verdoyants.” L’un, George Stetson, était un étudiant assidu de la Bible, pasteur de l’Église chrétienne de l’avènement d’Edinboro (Pennsylvanie).

L’autre, George Storrs, né le 13 décembre 1796, était l’éditeur de la revue Bible Examiner (Le scrutateur de la Bible), à Brooklyn, un district de New York. Il avait été poussé à approfondir ce que la Bible dit de la condition des morts en lisant un écrit publié (anonymement à l’époque) par un homme qui étudiait attentivement la Bible, à savoir Henry Grew, de Philadelphie (Pennsylvanie). George Storrs est devenu un ardent défenseur de ce qu’on a nommé l’immortalité conditionnelle: l’enseignement selon lequel l’âme est mortelle et l’immortalité un don que recevront les chrétiens fidèles. Puisque les méchants n’ont pas l’immortalité, disait-​il, il n’y a pas de tourments éternels. Cet homme a beaucoup voyagé, donnant des discours dans lesquels il expliquait qu’il n’y a pas d’immortalité pour les méchants. Au nombre des œuvres qu’il a publiées figurent les Six Sermons, qui ont été diffusés à 200 000 exemplaires. Il ne fait aucun doute que les idées de George Storrs — sur la mortalité de l’âme ainsi que sur la propitiation et le rétablissement (de ce qui a été perdu à cause du  péché d’Adam; Actes 3:21) —, idées solidement fondées sur la Bible, ont eu une influence considérable et décisive sur le jeune Charles Russell.

Un autre homme, cependant, a eu une profonde influence sur la vie de Charles Russell et a mis à l’épreuve son attachement fidèle à la vérité biblique.

Les prophéties chronologiques et la présence du Seigneur

Un matin de janvier 1876, Charles Russell, âgé de 23 ans, a reçu un exemplaire d’un périodique religieux intitulé Herald of the Morning (Messager du matin). C’était un écrit adventiste: il l’avait reconnu à l’illustration de la couverture. Le rédacteur en chef, Nelson Barbour, de Rochester (État de New York), croyait que le but du retour du Christ n’était pas de détruire les familles de la terre, mais de les bénir, et que sa venue ne serait pas dans la chair, mais en tant qu’esprit. Or c’était tout à fait ce que croyaient depuis quelque temps Charles Russell et ses compagnons d’Allegheny *! Par contre, curieusement, Nelson Barbour croyait, en se fondant sur des prophéties chronologiques de la Bible, que le Christ était déjà présent (invisiblement) et qu’on était déjà au moment de la moisson, du rassemblement du “blé” (c’est-à-dire des vrais chrétiens composant la classe du Royaume). — Mat. chap. 13.

Jusque-​là, Charles Russell ne s’était pas arrêté sur les prophéties chronologiques de la Bible. Mais, à présent, il se posait des questions. Voici son témoignage: “Se pouvait-​il que les prophéties chronologiques, que j’avais négligées si longtemps parce que les adventistes s’en servaient à mauvais escient, aient été données pour indiquer quand le Seigneur serait invisiblement présent afin d’établir son Royaume?” Charles Russell avait une soif si insatiable de vérité biblique qu’il lui fallait en savoir plus. Il a donc obtenu un rendez-vous avec Nelson Barbour à Philadelphie. Cette rencontre a confirmé qu’ils s’accordaient sur de nombreux enseignements bibliques et leur a donné l’occasion d’échanger leurs points de vue. “À notre première rencontre, a écrit plus tard Charles Russell, je lui ai beaucoup appris sur la plénitude du rétablissement fondé sur la valeur de la rançon donnée pour tous, de même qu’il  m’a beaucoup appris au sujet de la chronologie.” Nelson Barbour a réussi à convaincre Charles Russell que la présence invisible du Christ avait commencé en 1874 *.

‘Décidé à lancer une campagne énergique en faveur de la Vérité’

Charles Russell était un homme que ses convictions poussaient à l’action. Convaincu que la présence invisible du Christ avait commencé, il était déterminé à l’annoncer autour de lui. Il a dit par la suite: “Savoir que nous étions déjà dans la période de la moisson m’a donné pour répandre la Vérité un élan comme jamais je n’en avais eu. J’ai donc aussitôt décidé de lancer une campagne énergique en faveur de la Vérité.” En effet, il a décidé à ce moment-​là de réduire ses activités commerciales afin de se consacrer à la prédication.

Pour dissiper les idées fausses au sujet du retour du Seigneur, Charles Russell a écrit la brochure The Object and Manner of Our Lord’s Return (Le but et la manière du retour de notre Seigneur) qu’il a fait paraître en 1877. La même année, Nelson Barbour et Charles Russell faisaient paraître conjointement Three Worlds, and the Harvest of This World (Les trois mondes, et la moisson du monde d’à présent). Ce livre de 196 pages traitait du rétablissement et des prophéties chronologiques de la Bible. Bien que d’autres avant lui aient déjà traité de chacun de ces sujets, aux yeux de Charles Russell ce livre était “le premier à associer l’idée de rétablissement à celle de prophétie chronologique”. Il avançait l’hypothèse selon laquelle la présence invisible de Jésus Christ remontait à l’automne 1874.

Tout en voyageant et en prêchant, Charles Russell a acquis la conviction qu’il fallait quelque chose de plus pour garder en vie et arroser les graines de vérité qu’il semait. La solution? “Un journal mensuel”, a-​t-​il dit. Aussi a-​t-​il décidé avec Nelson Barbour de relancer la publication du Herald, qui avait été suspendue à cause de résiliations d’abonnements et faute d’argent. Charles Russell a puisé dans ses ressources personnelles pour redonner vie au journal; il en est devenu un des coéditeurs.

Tout alla bien pendant un temps, c’est-à-dire jusqu’en 1878.

Rupture entre Charles Russell et Nelson Barbour

Dans le numéro d’août 1878 du Herald of the Morning, Nelson Barbour avait écrit un article niant que la mort du Christ ait une quelconque valeur substitutive. Charles Russell, qui avait presque 30 ans de moins que Nelson Barbour, a compris que cela revenait en fait à renier la partie essentielle de la doctrine de la rançon. Aussitôt, dans le numéro suivant (septembre 1878), il a écrit un article intitulé “La Rédemption”, dans lequel il défendait la rançon et réfutait les affirmations de Nelson Barbour. La polémique a continué dans les pages du journal pendant les quelques mois qui ont suivi. Finalement, Charles Russell a décidé de rompre ses relations avec M. Barbour et de ne plus soutenir financièrement le Herald.

 Mais il avait le sentiment qu’il n’était pas suffisant de se retirer du Herald; la doctrine de la rançon devait être défendue, et la présence du Christ proclamée. C’est pourquoi, en juillet 1879, il a lancé la publication de Zion’s Watch Tower and Herald of Christ’s Presence (Le Phare de la Tour de Sion et Messager de la Présence de Christ *), aujourd’hui La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah. Charles Russell en était le rédacteur en chef et l’éditeur, aidé au début de cinq personnes dont les noms figuraient dans la liste des rédacteurs. Le premier numéro a été tiré à 6 000 exemplaires. En 1914, le tirage atteignait presque 50 000 exemplaires par numéro.

“Ni nouvelles, ni personnelles, mais (...) celles du Seigneur”

Charles Russell utilisait La Tour de Garde et d’autres publications pour défendre les vérités bibliques et pour réfuter les enseignements religieux erronés ainsi que les philosophies humaines qui contredisaient la Bible. Il n’a toutefois pas prétendu avoir découvert des vérités nouvelles.

Depuis la fin du XVIIIsiècle, nombre de ministres religieux et de biblistes dévoilaient les faux enseignements que sont l’immortalité de l’âme et le châtiment éternel pour les méchants. Les textes dévoilant ces faux enseignements avaient été recueillis soigneusement dans le livre Bible Vs. Tradition (La Bible contre la tradition), d’Aaron Ellis, paru d’abord en Angleterre, puis publié aux États-Unis en 1853 par George Storrs. Mais personne à cette époque-​là n’a fait autant que Charles Russell et ses collaborateurs pour que cette vérité soit connue.

Que dire des autres doctrines bibliques analysées dans La Tour de Garde et dans d’autres publications? Charles Russell s’est-​il attribué tout le mérite d’avoir  révélé ces joyaux de vérité? Il a expliqué: “Nous avons constaté que depuis des siècles divers groupes et sectes se répartissent les doctrines bibliques, en y mêlant plus ou moins de spéculation et d’erreur humaines (...). Nous avons constaté que l’importante doctrine de la justification par la foi et non par les œuvres avait été clairement énoncée par Luther, et plus récemment par de nombreux chrétiens; que la justice, la puissance et la sagesse divines ont été soigneusement gardées, quoique mal discernées, par les presbytériens; que les méthodistes appréciaient et louaient l’amour et la compassion de Dieu; que les adventistes possédaient la doctrine du retour du Seigneur; que les baptistes, entre autres choses, définissaient correctement la signification symbolique du baptême, même s’ils avaient perdu de vue le vrai baptême; que certains universalistes avaient depuis longtemps quelques vagues notions du ‘rétablissement’. Et ainsi de suite, presque tous ces groupes donnaient la preuve que leurs fondateurs avaient aspiré à la vérité: mais manifestement le grand Adversaire avait lutté contre eux et, à défaut de pouvoir la détruire complètement, avait dispensé faussement la Parole de Dieu.”

Au sujet de la chronologie qu’il présentait souvent, Charles Russell a expliqué: “Quand nous disons ‘notre’ chronologie, nous voulons dire celle dont nous nous servons — la chronologie de la Bible, laquelle appartient à tout le peuple de Dieu qui l’approuve. C’est un fait qu’elle fut pratiquement employée sous la forme où nous la présentons, longtemps avant nos jours, de même que les diverses prophéties que nous employons furent utilisées dans un but différent par les adventistes; et tout comme les doctrines que nous soutenons et qui, elles aussi, semblent si récentes, si neuves et si différentes, ont été déjà soutenues d’une certaine manière longtemps avant nous: L’élection, la grâce gratuite, le rétablissement de toutes choses, la justification, la sanctification, la glorification et la résurrection, par exemple.”

Dans ce cas, comment Charles Russell percevait-​il le rôle que ses compagnons et lui avaient joué dans la diffusion de la vérité biblique? Il a expliqué: “Notre travail (...) a été de rassembler ces fragments de vérité épars depuis longtemps et de les présenter au peuple du Seigneur — en précisant que ces vérités ne sont ni nouvelles, ni personnelles, mais sont celles du Seigneur. (...) Nous n’avons pas à nous attribuer le mérite d’avoir trouvé et réordonné les joyaux de vérité.” Il a dit aussi: “L’œuvre dans laquelle il a plu au Seigneur d’employer nos humbles talents a moins été un travail de défrichement qu’un travail de rassemblement, de reconstruction, d’ajustement et de mise en harmonie.”

Ainsi, Charles Russell considérait tout ce qu’il avait fait avec une grande modestie. Néanmoins, les ‘fragments épars de vérité’ qu’il avait rassemblés et présentés au peuple du Seigneur étaient exempts de doctrines païennes déshonorantes pour Dieu, telles que la Trinité ou l’immortalité de l’âme, doctrines qui s’étaient implantées dans les religions de la chrétienté par suite de la grande apostasie. Plus qu’aucun de leurs contemporains, Charles Russell et ses compagnons ont prêché dans le monde entier la signification du retour du Seigneur ainsi que la signification du dessein divin et de ce qui s’y rattachait.

 “Nous stimuler les uns les autres dans la très sainte foi”

Des gens sincères ont rapidement prêté l’oreille aux vérités libératrices que Charles Russell et ses compagnons prêchaient au moyen et de la page imprimée et de discours. Charles Russell, qui n’avait pas encore 30 ans, a vite compris que les lecteurs de La Tour de Garde avaient besoin de faire connaissance avec d’autres croyants comme eux et de s’encourager les uns les autres. Les Étudiants de la Bible de Pittsburgh le faisaient déjà en se réunissant régulièrement, mais que pouvait-​on entreprendre pour aider les lecteurs de La Tour de Garde en d’autres lieux?

La réponse est venue dans les numéros de La Tour de Garde en anglais de mai et de juin 1880. Charles Russell y annonçait son projet de se rendre dans plusieurs villes de Pennsylvanie, du New Jersey, du Massachusetts et de l’État de New York. Dans quel but? “Nos lecteurs, expliquait l’annonce, sont très éparpillés: en certains endroits ils sont 2 ou 3, en d’autres jusqu’à 50. Bien souvent, ils ne se connaissent pas du tout entre eux; ils se privent donc du soutien et du réconfort qu’ils devraient recevoir, selon l’intention de notre Père, ‘en s’assemblant comme c’est la coutume de quelques-uns’. Son dessein est de nous voir ‘nous édifier mutuellement’, et nous stimuler les uns les autres dans la très sainte foi. Notre souhait en proposant ces réunions est qu’elles permettent de nous connaître les uns les autres.” — Héb. 10:24, 25.

Les ‘réunions proposées’ se sont tenues pendant le voyage de Charles Russell, et ont été une réussite; elles ont rapproché les lecteurs de La Tour de Garde. Ce voyage de Charles Russell et d’autres qu’il a faits ensuite pour rendre visite aux ‘petits groupes de gens dans l’attente’ ont rapidement conduit à la formation de plusieurs classes, ou ecclésias (plus tard appelées congrégations), situées dans les régions déjà citées, ainsi que dans l’Ohio et le Michigan. Ces classes étaient encouragées à tenir régulièrement des réunions. Mais quel genre de réunions?

La classe de Pittsburgh avait institué la coutume de se réunir au moins deux fois par semaine. L’une de ces réunions consistait souvent en un discours prononcé par un orateur capable à l’adresse de toute l’ecclésia; ce pouvait être dans  une salle louée. Par contre, aux autres réunions, que l’on tenait généralement dans des foyers, les assistants étaient invités à apporter Bible, concordance, papier et crayon — et à participer.

L’ambiance chaleureuse et amicale, empreinte de spiritualité, qui régnait à ces réunions hebdomadaires offrait un changement revigorant par rapport à l’atmosphère froide et impersonnelle des offices de beaucoup de religions de la chrétienté. Pourtant, Charles Russell et ses compagnons n’étaient pas les premiers à avoir l’idée de réunions régulières. Ce sont les chrétiens du Ier siècle qui ont introduit la coutume de s’assembler, même dans des foyers. — Rom. 16:3, 5; Col. 4:15.

“Prêchez-​vous?”

Charles Russell et ses compagnons étaient tout à fait convaincus qu’ils étaient en période de moisson et que les gens avaient besoin d’entendre la vérité libératrice. Mais ils étaient peu nombreux. Certes, La Tour de Garde comblait un besoin fondamental, mais ne pouvait-​on pas faire plus? Charles Russell et ses collaborateurs le pensaient. En 1880, ils ont commencé à publier les Bible Students’ Tracts (Tracts des Étudiants de la Bible) (également appelés plus tard Old Theology Quarterly [Cahiers trimestriels de théologie ancienne]). Ces tracts étaient remis aux lecteurs de La Tour de Garde avec mission de les diffuser gratuitement au public.

En effet, les lecteurs de La Tour de Garde étaient encouragés à communiquer aux autres les précieuses vérités qu’ils apprenaient. “Prêchez-​vous?” a été la question posée dans La Tour de Garde de juillet-​août 1881 (en anglais). Était-​il important qu’ils prêchent? L’article disait: “Nous croyons que nul ne fera partie du petit troupeau sans être prédicateur. (...) En effet, nous avons été appelés pour souffrir avec lui et pour proclamer cette bonne nouvelle maintenant, afin qu’en temps voulu nous soyons glorifiés et accomplissions les choses que nous prêchons maintenant. Nous n’avons pas été appelés ni oints pour recevoir des honneurs et amasser des richesses, mais pour dépenser et être dépensés, ainsi que pour prêcher la bonne nouvelle.”

Il est logique que ces premiers Étudiants de la Bible aient ressenti vivement la nécessité de prêcher la bonne nouvelle. En fait, la mission de prêcher a été confiée aux chrétiens du Ier siècle; c’est une responsabilité qui incombe à tous les chrétiens authentiques jusqu’à ce jour (Mat. 24:14; 28:19, 20; Actes 1:8). Mais quel était l’objectif de la prédication effectuée par Charles Russell et par les premiers lecteurs de La Tour de Garde? Était-​il simplement de distribuer des écrits bibliques, ou encore de réveiller chez ceux qui allaient à l’Église l’intérêt pour les vérités bibliques?

“Vous devez (...) la quitter”

“Sortez d’elle, mon peuple”, a dit la Bible il y a longtemps. Sortir de quoi? De “Babylone la Grande, la mère des prostituées et des choses immondes de la terre”. (Rév. 17:5; 18:4.) Pourquoi faut-​il sortir de Babylone? “Car ses péchés se sont amoncelés jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses actes d’injustice.”  (Rév. 18:5). Qui est cette prostituée mère, de laquelle on doit se séparer?

Martin Luther et d’autres réformateurs disaient que l’Église catholique et sa papauté constituaient Babylone la Grande. Alors, que penser des Églises protestantes auxquelles la Réforme avait donné naissance? À vrai dire, à part le rejet de la primauté du pape, certaines d’entre elles ne différaient pas tellement du catholicisme quant à la structure religieuse, et elles avaient conservé des doctrines non bibliques comme la Trinité, l’immortalité de l’âme et les tourments éternels. Pour cette raison, des prédicateurs pressaient les gens de se libérer non seulement de l’Église catholique, mais aussi des grandes religions protestantes.

Charles Russell et ses compagnons ont aussi compris que cette prostituée infâme n’était pas uniquement l’Église catholique. Ainsi, un article de La Tour de Garde de novembre 1879 (en anglais), tout en identifiant Babylone la Grande avec “la papauté en tant que SYSTÈME”, ajoutait néanmoins ceci: “Il nous faut aller plus loin et impliquer (non les membres individuellement, mais les systèmes religieux) d’autres Églises unies aux empires de la terre. Toute Église prétendant être une vierge chaste promise en mariage au Christ, mais en réalité unie au monde (la bête) qui la soutient, doit être, selon le langage des Écritures, condamnée comme une Église prostituée.”

Qu’étaient donc encouragés à faire les lecteurs de La Tour de Garde? Charles Russell a écrit: “Si l’Église à laquelle vous appartenez vit en union adultère avec le monde, vous devez, pour garder vos vêtements blancs, la quitter.” Charles Russell et ses compagnons ne comprenaient pas alors jusqu’où allait l’influence de Babylone la Grande. Néanmoins, les lecteurs de La Tour de Garde ont été exhortés à se séparer des systèmes religieux qui étaient corrompus et attachés au monde. — Jean 18:36.

 “Sa vérité a conquis mon cœur aussitôt”

La diffusion des vérités bibliques a fait un grand pas en avant en 1886 avec la parution du premier tome de L’Aurore du Millénium, série de livres promise et écrite par Charles Russell. Le premier tome s’intitulait Le divin Plan des Âges. Il contenait l’étude de 16 sujets, sous des titres tels que “Démonstration de l’existence d’un Créateur souverainement intelligent”, “La Bible: Révélation divine vue à la lumière de la raison”, “La venue de notre Seigneur, — son but, le rétablissement de toutes choses” ou “La permission du mal et son rapport avec le plan de Dieu”. Par la suite, Charles Russell a écrit cinq autres tomes de L’Aurore du Millénium *.

Charles Russell n’a pas vécu assez longtemps pour écrire le septième tome de la série comme il en avait l’intention, mais la large diffusion des six tomes qu’il avait achevés a éveillé l’intérêt des personnes sincères. En 1889, une femme a écrit: “Votre livre L’AURORE DU MILLÉNIUM m’est parvenu en automne dernier, alors que jusque-​là je ne soupçonnais même pas l’existence d’un tel ouvrage. Je l’ai reçu un samedi soir, j’ai commencé à le lire aussitôt et je ne l’ai pas lâché, sauf obligation, jusqu’à l’avoir fini. Sa vérité a conquis mon cœur aussitôt; j’ai tout de suite quitté l’Église presbytérienne où depuis si longtemps je cherchais à tâtons la vérité, sans la trouver.”

En ce temps-​là, il fallait bien du courage pour quitter son Église. Témoin le cas de cette femme qui vivait au Canada, dans le Manitoba. Elle a fait l’acquisition de L’Aurore du Millénium en 1897. Au début, elle a essayé de rester fidèle à son Église et de continuer d’enseigner à l’École du dimanche. Puis vint le jour, en 1903, où elle a décidé de quitter l’Église. Elle s’est levée et a dit à tous ceux qui étaient présents pourquoi elle devait, à son avis, se séparer de l’Église. Son plus proche voisin (or un voisin était très précieux à cette époque-​là dans les petites bourgades) a essayé de la persuader de revenir à sa religion. Mais elle a tenu bon, alors qu’il n’y avait aucune congrégation d’Étudiants de la Bible à proximité. Son fils, plus tard, a décrit en ces termes ce qu’elle a vécu:  “Pas de serviteur d’étude [ancien] sur lequel compter. Pas de réunions. Un cœur contrit. Une Bible tout usée. De longues heures de prières.”

Qu’y avait-​il dans L’Aurore du Millénium, dans La Tour de Garde, et dans d’autres publications de la Société, qui a conquis le cœur des gens et les a poussés à l’action? Charles Russell avait une façon d’expliquer les enseignements bibliques différente de beaucoup de rédacteurs de son temps. Il avait la conviction que la Bible était la Parole infaillible de Dieu et que ses enseignements étaient forcément harmonieux. Par conséquent, se disait-​il, si une quelconque partie de la Bible est difficile à comprendre, elle devrait être éclairée et interprétée par une autre partie de la Parole inspirée. Quand il présentait des explications, il n’essayait pas de les étayer avec le témoignage de théologiens contemporains ou avec les idées des prétendus pères de l’Église primitive. Ainsi, il a écrit dans le premier tome de L’Aurore du Millénium: “Nous croyons que c’est un défaut commun à notre temps et aux âges précédents d’admettre certaines doctrines pour la simple raison que d’autres, en lesquels on avait confiance, le firent. (...) Les chercheurs de vérité devraient vider leurs vases des eaux bourbeuses de la tradition, [et] les remplir à la source de la vérité — la Parole de Dieu.”

Comme de plus en plus de ces chercheurs de vérité étaient touchés par ce qu’ils lisaient dans les publications de la Société Watch Tower, des changements inattendus sont devenus nécessaires à Allegheny.

Le siège à la Maison de la Bible

Les Étudiants de la Bible d’Allegheny, qui collaboraient à la publication de La Tour de Garde, étaient considérés comme ceux qui avaient le plus d’expérience dans l’œuvre du Seigneur, et toutes les ecclésias, ou congrégations, les regardaient comme étant à la tête. Au début, ils ont eu leur siège à Pittsburgh, 101 Cinquième Avenue, et plus tard à Allegheny, 44 Federal Street. Mais à la fin des années 1880, ils avaient besoin de plus de place. Charles Russell a donc pris des dispositions pour acheter des locaux plus grands. En 1889 a été achevé un bâtiment en briques à quatre niveaux à Allegheny, 56-60 Arch Street. Évalué à 34 000 dollars à l’époque, il a été appelé la Maison de la Bible. Il est resté le siège de la Société pendant 19 ans.

Jusqu’en 1890, la petite famille de la Maison de la Bible a pourvu aux besoins de quelques centaines de compagnons actifs de la Société Watch Tower. Mais durant les années 1890, de plus en plus de personnes se sont intéressées à leur activité. D’ailleurs, le 26 mars 1899, le Mémorial de la mort du Christ a  été célébré, selon un rapport incomplet publié dans La Tour de Garde, par 2 501 participants en 339 réunions différentes. Mais voilà, comment allait-​on maintenir unis ces Étudiants de la Bible de plus en plus nombreux?

L’unification du troupeau en pleine croissance

Charles Russell encourageait tous les lecteurs de La Tour de Garde à se rassembler là où ils le pouvaient pour former des groupes, petits ou grands, afin de s’édifier spirituellement. Des conseils bibliques étaient donnés dans les pages de La Tour de Garde. En outre, la Société Watch Tower leur envoyait des représentants itinérants pour garder le contact avec les divers groupes et les édifier spirituellement.

De temps en temps, il y avait aussi des assemblées spéciales qui réunissaient des Étudiants de la Bible venus de divers endroits. “Ceci est une INVITATION SPÉCIALE à tout lecteur en mesure de venir”, pouvait-​on lire dans La Tour de Garde de mars 1886 (en anglais). Invitation à quoi? À la commémoration annuelle du Repas du Seigneur, qui aurait lieu le dimanche 18 avril 1886 à Allegheny. Mais on avait prévu quelque chose en plus: des réunions spéciales auraient lieu tous les soirs de la semaine qui suivrait l’événement. Les Étudiants de la Bible d’Allegheny ont ouvert leurs maisons — et leurs cœurs — gratuitement aux assistants venus d’ailleurs. Pendant les années qui ont suivi, il s’est tenu des assemblées semblables à Allegheny à l’époque du Mémorial de la mort du Seigneur.

À la fin des années 1890, on a commencé à organiser de grandes assemblées en divers endroits. Souvent, Charles Russell y donnait des discours. Quelle impression laissait-​il à ses auditeurs?

Voici le témoignage de Ralph Leffler, qui a eu l’occasion de l’entendre: “Sur l’estrade, pour se présenter devant l’assistance, il portait toujours une redingote noire et une cravate blanche. Il n’avait pas une voix puissante, et il n’utilisait jamais de microphone ou de porte-voix puisque cela n’existait pas encore; pourtant, d’une façon ou d’une autre, sa voix portait toujours jusqu’à la partie la plus éloignée de la salle. Il pouvait retenir l’attention d’une grande assistance pas seulement une petite heure, mais parfois deux ou trois heures. Avant de faire son discours, il commençait toujours par s’incliner légèrement devant l’assistance. En parlant, il ne restait pas immobile comme une statue, mais il était toujours en mouvement, faisant de grands gestes avec les bras et marchant d’un côté à l’autre ou d’avant en arrière. Pas une fois je ne l’ai vu tenir des notes ou un manuscrit — rien que la Bible, qu’il utilisait très souvent. Il parlait avec son cœur et d’une manière très convaincante. En général, à cette époque, les seuls objets que l’on voyait sur l’estrade étaient une petite table sur laquelle étaient posés une Bible, un pichet d’eau et un verre auquel l’orateur buvait une gorgée de temps à autre.”

Ces grandes assemblées des débuts étaient des moments d’agréable compagnie qui redonnaient des forces spirituelles. Elles ont servi à renforcer l’unité de tous les Étudiants de la Bible et à faire connaître les vérités bibliques. Parallèlement, alors que s’achevaient les années 1890, il devenait clair pour les Étudiants de la Bible qu’il y avait davantage à faire pour répandre la vérité biblique. Mais ils  étaient encore relativement peu nombreux. N’existait-​il pas un moyen différent des méthodes alors utilisées pour atteindre des millions d’autres personnes? Oui, bien évidemment!

L’“évangélisation par la presse”

À la fin du XIXsiècle, le télégraphe avait un grand succès. La communication télégraphique était rapide et peu coûteuse; elle révolutionnait la presse. On pouvait transmettre les nouvelles en un instant sur de longues distances pour les faire imprimer dans les journaux. À l’aube du XXsiècle, Charles Russell et ses compagnons ont discerné que la presse était un moyen efficace d’atteindre un vaste public. Par la suite, Charles Russell a dit: “Les journaux sont devenus l’élément essentiel dans la vie quotidienne du monde civilisé.”

La Tour de Garde du 1er décembre 1904 (en anglais) annonçait que les sermons de Charles Russell paraissaient dans trois journaux. Dans le numéro suivant, un article intitulé “L’évangélisation par la presse” disait: “Des millions de sermons ont ainsi été répandus de tous côtés; et au moins quelques-uns ont été bénéfiques. Si le Seigneur le veut, nous serons heureux de voir cette ‘porte’ rester ouverte, ou même s’ouvrir encore plus grand.” Et cette ‘porte’ qu’était “l’évangélisation par la presse” s’est en effet ouverte encore plus grand. Pour preuve, en 1913 on a calculé que par l’intermédiaire de 2 000 journaux les sermons de Charles Russell avaient atteint 15 millions de lecteurs!

Mais comment Charles Russell faisait-​il pour qu’un sermon soit imprimé toutes les semaines, même  lorsqu’il était en voyage? Chaque semaine, il télégraphiait un sermon (de la longueur de deux colonnes de journal) à un service de presse qui le retélégraphiait à des journaux des États-Unis, du Canada et d’Europe.

Charles Russell était convaincu que le Seigneur avait ouvert en grand la porte de la prédication par la presse. Grâce à ces sermons qui paraissaient dans les journaux, pendant les dix premières années du XXsiècle, beaucoup de gens ont entendu le message biblique que Charles Russell et ses compagnons ont prêché. Une publication ayant pour titre The Continent a expliqué un jour à propos de Charles Russell: “On dit que ses écrits circulent chaque semaine par la presse plus que ceux de tout autre rédacteur vivant; plus, sans doute, que l’ensemble des écrits de tous les prêtres et prédicateurs de l’Amérique du Nord.”

Transfert à Brooklyn

Tandis que la prédication par la presse prenait son essor, les Étudiants de la Bible cherchaient un autre lieu d’où émettre les sermons. En effet, la Maison de la Bible à Allegheny était devenue trop petite. Ils pensaient également que si les sermons de Charles Russell émanaient d’une ville plus grande et mieux connue, ils arriveraient à les faire publier dans un plus grand nombre de journaux. Mais à partir de quelle ville? La Tour de Garde du 15 décembre 1908 (en anglais) a expliqué ceci: “Nous avons finalement conclu, après avoir recherché la direction divine, que Brooklyn (New York), qui comprend une importante population appartenant à la classe moyenne et qu’on appelle la ‘Ville aux églises’, sera, pour ces raisons, notre point central le plus pratique pour la moisson durant les quelques années qui restent.”

C’est ainsi qu’en 1908 plusieurs représentants de la Société Watch Tower, dont son conseiller juridique, Joseph Rutherford, ont été envoyés à New York dans le but de faire l’acquisition de bâtiments que Charles Russell avait remarqués lors d’un précédent voyage. Ils ont acheté le vieux “Béthel de Plymouth” à Brooklyn, 13-17 Hicks Street. Ce bâtiment avait été une mission de l’Église congrégationaliste du quartier, où Henry Beecher avait été pasteur. Les représentants de la Société ont aussi acheté l’ancienne demeure de Henry Beecher, maison de quatre niveaux en grès au 124 Columbia Heights, quelques rues plus loin.

Le bâtiment de Hicks Street a été réaménagé et appelé le “Tabernacle de Brooklyn”. On y a installé les bureaux de la Société et une salle de réunion. Quant à l’ancienne habitation de Henry Beecher au 124 Columbia Heights, après d’importantes réparations, elle est devenue la nouvelle demeure des volontaires travaillant au siège de la Société. Quel nom allait-​on lui donner? Voici l’explication de La Tour de Garde du 1er mars 1909 (en anglais): “Cette nouvelle demeure, nous l’appellerons ‘Béthel’ [mot qui signifie “Maison de Dieu”] *.”

“L’évangélisation par la presse”, comme on l’appelait, a pris un nouvel élan après ce transfert à Brooklyn. Mais ce n’était pas là l’unique façon d’atteindre un très grand nombre de gens.

 La prédication de la bonne nouvelle prend de l’ampleur

En 1912, Charles Russell et ses compagnons se sont lancés courageusement dans une entreprise qui était bien en avance sur son temps. L’objectif était d’enseigner des millions de personnes dans le monde entier. Il s’agissait du “Photo-Drame de la Création” — projection combinée d’un film et de vues fixes, synchronisée avec des enregistrements musicaux et des discours phonographiques. Cette projection, divisée en quatre parties, durait huit heures. Outre le Photo-Drame normal, ils ont aussi mis au point l’“Eurêka-Drame”, qui comprenait soit les disques (discours et musique), soit les disques et les vues fixes. Bien qu’il lui manquât les films, l’“Eurêka-Drame” a eu du succès là où il a été présenté, dans des régions moins peuplées.

Imaginons la scène, un moment historique: New York, janvier 1914, à l’ère du cinéma muet *, 5 000 personnes se rassemblent au Temple, édifice situé dans la 63rue Ouest. Beaucoup d’autres s’entendent dire qu’il n’y a plus de place. Que se passe-​t-​il? C’est la première à New York du “Photo-Drame de la Création”! Devant les spectateurs, tout yeux et tout oreilles, s’étale un grand écran de cinéma sur lequel, soudain, apparaît Charles Russell dans sa soixantième année. Et, ô surprise, alors que ses lèvres commencent à bouger, sa voix se fait entendre! Les spectateurs sont alors emportés, au moyen de la parole, des images en couleurs et de la musique, dans un voyage à travers le temps, depuis la création de la terre jusqu’à la fin du Règne millénaire du Christ. On voit aussi d’autres choses extraordinaires telles que l’épanouissement d’une fleur et l’éclosion d’un poussin avec des images en accéléré. Le public est subjugué!

À la fin de 1914, des millions de personnes avaient vu le “Photo-Drame” en Amérique du Nord, en Europe, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Le “Photo-Drame” a été un moyen efficace d’atteindre un très grand nombre de personnes en un temps relativement court.

Et octobre 1914, dans tout cela? Depuis des dizaines d’années, Charles Russell et ses compagnons proclamaient que les temps des Gentils s’achèveraient en 1914. Tous étaient dans l’attente. Charles Russell avait critiqué ceux qui avaient fixé diverses dates pour le retour du Seigneur, tels William Miller et certains groupes adventistes. Toutefois, depuis l’époque de sa collaboration avec Nelson Barbour, il était convaincu qu’il existait une chronologie exacte, fondée sur la Bible, et qu’elle indiquait 1914 comme date de la fin des temps des Gentils.

À l’approche de cette année importante, l’attente était grande chez les Étudiants de la Bible, mais tout ce qu’ils attendaient n’avait pas été directement énoncé dans les Écritures. Qu’adviendrait-​il?

[Notes]

^ § 3 La Tour de Garde du 15 juillet 1906, p. 229 (angl.).

^ § 22 Ni Nelson Barbour ni Charles Russell n’ont été les premiers à expliquer le retour du Seigneur comme une présence invisible. Beaucoup plus tôt, Isaac Newton (1642-​1727) avait écrit que le Christ reviendrait et régnerait “invisible des mortels”. En 1856, Joseph Seiss, pasteur luthérien à Philadelphie (Pennsylvanie), avait écrit quelque chose à propos d’un second avènement en deux étapes: une parousia, ou présence, invisible, suivie d’une manifestation visible. Puis, en 1864, Benjamin Wilson avait fait paraître son Emphatic Diaglott où le mot parousia était traduit en interlinéaire par “présence” et non par “venue”. Un collaborateur de Nelson Barbour, B. Keith, lui avait signalé ce détail ainsi qu’à ses autres collaborateurs.

^ § 23 Une meilleure compréhension de la chronologie biblique a été publiée des années plus tard. Voir chapitre 10, “Ils grandissent dans la connaissance exacte de la vérité”.

^ § 31 L’expression “Watch Tower” (“Tour de Garde”) n’est pas propre aux écrits de Charles Russell ou aux Témoins de Jéhovah. Dans les années 1850, George Storrs a fait paraître un livre intitulé The Watch Tower: Or, Man in Death; and the Hope for a Future Life (La Tour de Garde: ou l’homme dans la mort; et l’espoir d’une vie future). Cette expression apparaissait aussi dans le titre de divers périodiques religieux. Elle est inspirée de l’idée qu’il faut rester aux aguets pour l’accomplissement des desseins de Dieu. — És. 21:8, 11, 12; Ézéch. 3:17; Hab. 2:1.

^ § 55 Livres dont voici les titres: tome II, Le Temps est proche (1889); tome III, Que ton règne vienne (1891); tome IV, Le Jour de la Vengeance (1897; plus tard intitulé La Bataille d’Harmaguédon); tome V, La Réconciliation de Dieu avec l’homme (1899); et tome VI, La Nouvelle Création (1904). Cette série de livres de L’Aurore du Millénium a peu à peu été appelée Études des Écritures. Le nom Études des Écritures a été adopté dans les éditions à tirage restreint parues vers octobre 1904 en anglais, et cette nouvelle appellation s’est répandue davantage à partir de 1906.

^ § 77 Plus tard, la Société a acheté le bâtiment attenant, au 122 Columbia Heights, pour agrandir le Béthel. En outre, en 1911, un autre bâtiment a été ajouté à l’arrière du Béthel, où l’on a aménagé d’autres logements.

^ § 81 Des tentatives avaient déjà été faites, auparavant, pour combiner le film et le son, mais c’est en août 1926 qu’a été inaugurée l’ère du film sonore avec la sortie de Don Juan (avec musique, mais sans paroles), suivi, en automne 1927, du Chanteur de jazz (avec les paroles).

[Entrefilet, page 51]

‘Appelés pour prêcher la bonne nouvelle.’

[Encadré/Illustration, page 44]

“Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson”

Qu’est-​il advenu du vrai christianisme après le Ier siècle? Dans une illustration, Jésus avait annoncé que le Diable sèmerait “de la mauvaise herbe”, c’est-à-dire de faux chrétiens, par-dessus, au milieu du “blé”, c’est-à-dire au milieu des vrais chrétiens, “les fils du royaume”. L’une et l’autre devaient croître ensemble jusqu’à “la moisson”, la “conclusion d’un système de choses”. (Mat. 13:24-30, 36-43.) Durant la grande apostasie qui s’est développée après la mort des apôtres, “la mauvaise herbe” a prédominé pendant de nombreux siècles.

Et le “blé”? Qui a fait partie des “fils du royaume” durant les siècles d’apostasie? Nul ne peut le dire avec certitude. On s’accorde à penser qu’au sens propre la mauvaise herbe de l’illustration de Jésus était de l’ivraie, qui ressemble beaucoup au blé jusqu’à la maturité où, alors seulement, on peut la distinguer du blé à ses grains noirs et plus petits. De la même façon, c’est seulement à “la moisson” que l’on distinguerait nettement les faux chrétiens et les vrais “fils du royaume”. Néanmoins, a dit Jésus, “laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson”. D’où la déduction que l’on n’a jamais fait disparaître complètement le vrai christianisme.

Au fil des siècles, il y a toujours eu des humains qui aimaient la vérité. Pour n’en citer que quelques-uns: John Wycliffe (env. 1330-​1384) et William Tyndale (env. 1494-​1536) ont fait progresser le travail de la traduction de la Bible, même au péril de leur vie ou de leur liberté. Wolfgang Fabricius Capiton (1478-​1541), Martin Cellarius (1499-​1564), Jean Campanus (env. 1500-​1575) et Thomas Emlyn (1663-​env. 1741) ont accepté en la Bible la Parole de Dieu et ont rejeté la Trinité. Henry Grew (1781-​1862) et George Storrs (1796-​1879) ont non seulement accepté la Bible et rejeté la Trinité, mais ont encore exprimé toute la valeur qu’ils attachaient au sacrifice rédempteur du Christ.

Nous ne pouvons pas affirmer que ces personnes faisaient partie du “blé” de l’illustration de Jésus, mais il est certain que “Jéhovah connaît ceux qui lui appartiennent”. — 2 Tim. 2:19.

[Encadré, page 45]

George Stetson — “Un homme aux capacités extraordinaires”

Charles Russell a reconnu avec gratitude que George Stetson, d’Edinboro (Pennsylvanie), l’avait aidé dans son étude des Écritures. George Stetson est mort le 9 octobre 1879 à l’âge de 64 ans. Le mois suivant, “La Tour de Garde” (en anglais) comportait un avis de décès, dans lequel on apprenait que Charles Russell, alors âgé de 27 ans, lui vouait un profond respect. “Notre frère était un homme aux capacités extraordinaires, qui a renoncé à des honneurs dans le monde et la politique afin de prêcher le Christ.” George Stetson a demandé en mourant que Charles Russell prononce le sermon de son enterrement; ce qu’il a fait. “Environ 1 200 personnes ont assisté à la cérémonie d’enterrement, signe que l’on tenait notre frère en haute estime”, a raconté Charles Russell. — “La Tour de Garde”, novembre 1879 (en anglais).

[Encadré/Illustration, page 46]

George Storrs — “Un ami et frère”

Charles Russell se sentait redevable à George Storrs, qui était de 56 ans son aîné. Il avait beaucoup appris de lui sur la mortalité de l’âme. Aussi, quand George Storrs est tombé gravement malade à la fin de 1879, Charles Russell a proposé d’imprimer dans “La Tour de Garde” un communiqué sur son état de santé. Il a écrit: “Notre frère, jusqu’ici rédacteur en chef du ‘Bible Examiner’ [Le scrutateur de la Bible], est connu de la plupart de nos lecteurs; [nous signalons] aussi qu’une grave maladie l’a obligé à suspendre la parution de son journal.” De l’avis de Charles Russell, George Storrs possédait “toutes les raisons de remercier Dieu de lui avoir donné de vivre si longtemps en se consacrant autant au Maître”. George Storrs est mort le 28 décembre 1879 à l’âge de 83 ans. Un avis de décès a paru dans “La Tour de Garde” de février 1880 (en anglais), qui disait: “Nous pleurons la perte d’un ami et frère en Christ, mais ‘pas comme les autres qui n’ont pas d’espérance’.”

[Illustration]

George Storrs

[Encadré/Illustration, page 48]

“Je vous laisse le ‘Herald’”

Au printemps de 1879, Charles Russell a retiré tout soutien à la revue “Herald of the Morning” (Messager du matin), de laquelle il était coéditeur avec Nelson Barbour. Dans une lettre à Nelson Barbour datée du 3 mai 1879, Charles Russell donnait ses raisons: “Il a surgi entre nous une divergence d’idées concernant l’enseignement de la parole de notre Père [au sujet de la valeur substitutive de la rançon]. Certes, je vous reconnais le mérite d’être tout à fait sincère et honnête dans votre point de vue, ce que je revendique pour moi dans mon point de vue contraire, mais je dois me laisser guider par la compréhension que j’ai de la parole de notre Père, et par conséquent penser que vous êtes dans l’erreur. (...) Les points de divergence me semblent si fondamentaux et importants que l’amitié et la sympathie entières qui devraient lier les rédacteurs et éditeurs d’un journal ou d’une revue ne peuvent plus exister entre vous et moi, et, dans ces conditions, je suis d’avis que nous devons mettre un terme à nos relations.”

Dans une lettre suivante, datée du 22 mai 1879, il écrivait: “Dorénavant je vous laisse le ‘Herald’. Je m’en retire entièrement, ne demandant rien de vous (...). Veuillez annoncer dans le prochain numéro du ‘Herald’ notre rupture et retirer mon nom.” À partir du numéro de juin 1879, le nom de Charles Russell comme rédacteur adjoint n’a plus figuré dans le “Herald”.

Nelson Barbour a continué de publier le “Herald” jusqu’en 1903, date à laquelle, selon les registres de bibliothèque dont on dispose, la parution a cessé. Nelson Barbour est mort quelques années après, en 1906.

[Illustration]

Nelson Barbour

[Encadré, page 54]

Pourquoi le nom de pasteur

Les compagnons de Charles Russell l’appelaient pasteur Russell. Pourquoi? En raison de ses activités de berger du troupeau de Dieu. Éphésiens 4:11 déclare que le Christ donnerait à sa congrégation certains comme “pasteurs” (“Sa”), ou “bergers”. Frère Russell a en effet été, au sens spirituel, un berger dans la congrégation chrétienne.

Considérant que, subordonné au Berger principal, Jésus Christ, il avait une activité pastorale, certaines congrégations ont reconnu par vote qu’il était leur pasteur. Ce n’était pas un titre que lui-​même se donnait. La première congrégation à l’avoir établi pasteur sur elle par un vote a été celle de Pittsburgh (Pennsylvanie) en 1882. Ensuite, 500 autres congrégations l’ont établi pasteur par vote, aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

À l’époque, les congrégations avaient coutume de voter chaque année pour désigner ceux qui les présideraient. Chez les chrétiens Témoins de Jéhovah aujourd’hui, les anciens ne sont pas élus par les congrégations, mais désignés par le Collège central des Témoins de Jéhovah. On veille aussi à ne pas utiliser des expressions comme “pasteur” ou “ancien” en manière de titre.

 [Encadré/Illustrations, pages 56, 57]

Le “Photo-Drame de la création”

Le “Photo-Drame de la Création” était la projection combinée d’un film et de vues fixes, synchronisée avec le son. Cette présentation saisissante emportait les spectateurs dans un voyage à travers le temps, depuis l’époque de la création jusqu’à la fin du Millénium.

On a préparé au moins 20 jeux du “Photo-Drame” en quatre parties, grâce à quoi on a pu le projeter dans 80 villes par jour. Honorer ces 80 rendez-vous n’était pas une mince affaire! Les horaires des trains ne convenaient pas toujours. Les congrégations ne pouvaient pas toujours louer des salles aux dates désirées. Cependant, à la fin de 1914, plus de 9 millions de personnes avaient vu le “Photo-Drame” en Amérique du Nord, en Europe et en Australie.

[Illustrations]

Le “scénario” du “Photo-Drame”, qui contient les discours et de nombreuses illustrations.

Cinémas utilisés à plein temps pour des séances du “Photo-Drame”.

Chicago

New York

Projecteur de films

Projecteur de vues fixes

Disques phonographiques

 Vues fixes du “Photo-Drame”

Dépliant publicitaire

[Encadré, page 60]

“Attention à 1914!”

Quand la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914, “The World”, grand journal new-yorkais à l’époque, a fait cette remarque dans sa page du dimanche: “L’effroyable guerre qui vient d’éclater en Europe accomplit une prophétie extraordinaire. (...) ‘Attention à 1914!’ tel a été le cri des centaines d’évangélisateurs itinérants qui, représentant cet étrange credo [ayant un lien avec Charles Russell], ont sillonné le pays pour exposer la doctrine selon laquelle ‘le Royaume de Dieu est proche’.” — “The World Magazine”, 30 août 1914.

[Illustration, page 42]

Charles Russell

[Illustration, page 43]

Jusqu’à sa mort en 1897, Joseph Russell, le père de Charles, a fait partie d’une classe d’étude biblique d’Allegheny et a été un proche collaborateur de son fils dans les activités de la Société Watch Tower.

[Illustrations, page 50]

Les Étudiants de la Bible ont distribué des dizaines de millions de tracts qui dévoilaient les fautes des religions, expliquaient les vérités bibliques et annonçaient 1914 comme devant être une année marquante.

[Illustration, page 52]

Sur une période de 37 ans, Charles Russell a écrit six tomes de “L’Aurore du Millénium” (de 1886 à 1904), ainsi que des tracts, des brochures, et des articles de “La Tour de Garde”.

[Illustration, page 53]

Quand il donnait des discours publics, frère Russell n’utilisait pas de notes; il était toujours en mouvement, faisant de grands gestes avec les bras et arpentant l’estrade.

[Illustrations, page 58]

On a calculé qu’une année, par l’intermédiaire de 2 000 journaux, les sermons de Charles Russell avaient atteint 15 millions de lecteurs.