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Formation progressive de l’organisation

Formation progressive de l’organisation

 Chapitre 15

Formation progressive de l’organisation

LE FONCTIONNEMENT de l’organisation des Témoins de Jéhovah a connu des changements importants depuis 1870, année où Charles Russell s’est mis à étudier la Bible avec des amis. À leurs débuts, lorsque les Étudiants de la Bible étaient peu nombreux, ils étaient loin de ressembler à ce que d’aucuns considéreraient comme une organisation. Aujourd’hui, par contre, les gens qui observent les congrégations des Témoins de Jéhovah, leurs assemblées et leur prédication de la bonne nouvelle dans plus de 200 pays, s’étonnent du fonctionnement harmonieux de leur organisation. Comment s’est-​elle formée?

Les Étudiants de la Bible se préoccupaient vivement de comprendre, non seulement les doctrines bibliques, mais aussi la manière dont il fallait servir Dieu, selon les indications des Écritures. Ils discernaient que la Bible n’avait pas prévu qu’il y ait d’un côté des ecclésiastiques titrés et de l’autre des laïcs à qui ils prêcheraient. Frère Russell était bien résolu à ne pas laisser se former un clergé en leur sein *. Les lecteurs de La Tour de Garde se sont souvent vu rappeler que Jésus avait dit à ses disciples qu’‘un seul était leur Conducteur, le Christ’, mais qu’‘ils étaient tous frères’. — Mat. 23:8, 10.

La ‘communauté’ des Étudiants de la Bible à ses débuts

Les lecteurs de La Tour de Garde et des publications qui lui étaient apparentées ont rapidement discerné que pour plaire à Dieu ils devaient rompre avec toute Église qui se montrait infidèle à Dieu en ajoutant davantage foi aux credos et aux traditions humaines qu’à sa Parole écrite (2 Cor. 6:14-18). Mais après s’être retirés des religions de la chrétienté, où sont-​ils allés?

Dans un article intitulé “L’ecclésia” *, frère Russell a fait remarquer que la véritable Église, la congrégation chrétienne, n’est pas une organisation dont les  membres ont souscrit à un credo d’inspiration humaine et ont leurs noms inscrits sur un registre religieux. Elle se compose plutôt, a-​t-​il expliqué, de personnes qui ont “consacré” (ou voué) leur temps, leurs talents et leur vie à Dieu, et qui ont l’espérance de faire partie du Royaume céleste avec le Christ. Ce sont, disait Charles Russell, des fidèles unis par des liens d’amour chrétien et par le bien commun, qui se laissent diriger par l’esprit de Dieu et qui se soumettent à la direction du Christ. Frère Russell n’avait pas pour souci d’établir un autre ordre de choses, et il se refusait absolument à contribuer de près ou de loin au sectarisme qui existait chez les chrétiens de nom.

Dans le même temps, il comprenait parfaitement que les serviteurs du Seigneur devaient s’assembler, en harmonie avec le conseil d’Hébreux 10:23-25. Il a lui-​même voyagé pour rendre visite aux lecteurs de La Tour de Garde, pour les édifier et leur faire rencontrer ceux qui, dans leur région, partageaient leurs idées. Au début de 1881, il a demandé que ceux qui tenaient des réunions régulières en signalent l’endroit au bureau de La Tour de Garde. Il comprenait qu’il était indispensable de rester en contact les uns avec les autres.

Toutefois, frère Russell insistait bien sur le fait que les Étudiants de la Bible n’essayaient pas de fonder une “organisation terrestre”. Il disait: “Nous n’adhérons qu’à l’organisation céleste dont les membres ont leurs ‘noms inscrits dans les cieux’. (Héb. 12:23; Luc 10:20.)” Au vu du passé honteux de la chrétienté, parler d’“organisation religieuse”, c’était d’ordinaire évoquer le sectarisme, la domination par le clergé et l’appartenance à une religion en adhérant à un credo formulé par un concile religieux. De ce fait, frère Russell pensait que le terme ‘communauté’ convenait mieux pour parler des Étudiants de la Bible.

Il savait que les apôtres du Christ avaient formé des congrégations et avaient nommé des anciens dans chacune d’elles. Mais il croyait que le Christ était de nouveau présent, quoique invisiblement, et qu’il dirigeait en personne la moisson finale de ceux qui seraient héritiers avec lui. Partant de ces principes, il a cru au début que les anciens, tels qu’ils existaient dans les congrégations chrétiennes du Ier siècle, n’étaient pas nécessaires.

Néanmoins, les Étudiants de la Bible devenant de plus en plus nombreux, frère Russell a compris que le Seigneur menait les choses différemment de ce qu’il avait lui-​même imaginé. Il lui fallait rectifier son point de vue. Mais en s’appuyant sur quoi?

Des mesures en fonction des besoins croissants

La Tour de Garde du 15 novembre 1895 (en anglais) était consacrée presque entièrement au thème “Avec bienséance et ordre”. Très franchement, frère Russell avouait ceci: “Les apôtres ont dit beaucoup de choses à l’Église primitive concernant l’ordre dans les assemblées des saints; or il semble que nous ayons négligé ces sages conseils, en pensant qu’ils n’étaient pas très importants du fait que l’Église est si près de l’achèvement de la course chrétienne et que la moisson est une période de séparation.” Qu’est-​ce qui a poussé les Étudiants de la Bible à réexaminer ces conseils?

 L’article en question donnait quatre éléments: 1) À l’évidence, les progrès spirituels des chrétiens variaient de l’un à l’autre. Il se présentait des tentations, des épreuves, des difficultés et des dangers que tous n’étaient pas pareillement prêts à affronter. Par conséquent, on avait besoin de surveillants sages et avisés, d’hommes ayant de l’expérience et des capacités, qui veillent attentivement sur la santé spirituelle de tous et soient capables de leur enseigner la vérité. 2) Autre fait notoire, les membres du troupeau avaient besoin d’être défendus contre les ‘loups en vêtements de brebis’. (Mat. 7:15, Sg.) Il fallait les fortifier en les aidant à acquérir une connaissance profonde de la vérité. 3) L’expérience avait montré que, si l’on ne prévoyait pas d’établir des anciens pour protéger le troupeau, certains chrétiens s’arrogeraient cette fonction et finiraient par considérer le troupeau comme leur propriété. 4) Sans un ordre défini, des chrétiens fidèles à la vérité risquaient de voir leur service rejeté sous l’influence de quelques-uns qui seraient en désaccord avec eux.

Pour toutes ces raisons, La Tour de Garde déclarait: “Nous n’hésitons pas à recommander aux Églises * en tout lieu, qu’elles comptent beaucoup ou peu de membres, ces conseils des apôtres, à savoir que dans chaque groupe on choisisse des anciens qui ‘nourriront’ et ‘surveilleront’ le troupeau.” (Actes 14:21-23; 20:17, 28). Les congrégations ont suivi ce sage conseil biblique. Ainsi, les Étudiants de la Bible ont fait un progrès important dans la structuration des congrégations en harmonie avec ce qui avait cours aux jours des apôtres.

Toutefois, en accord avec la compréhension de l’époque, les Étudiants de la Bible choisissaient les anciens, ainsi que leurs aides, les diacres, par un vote de leur congrégation. Chaque année, ou plus souvent lorsque c’était nécessaire, on examinait si les frères susceptibles de servir à ces fonctions remplissaient les conditions requises, et on procédait à un vote. C’était fondamentalement une démarche démocratique, maintenue toutefois à l’intérieur de certaines limites visant à empêcher les excès. En effet, tous les membres de la congrégation étaient encouragés à bien étudier les conditions requises par la Bible, et à exprimer par leur vote, non pas une opinion personnelle, mais ce qu’ils pensaient être la volonté du Seigneur. Étant donné que seuls les chrétiens ‘pleinement consacrés’ pouvaient voter, leur vote collectif, lorsqu’il était guidé par la Parole et l’esprit du Seigneur, était considéré comme l’expression de la volonté du Seigneur sur la question. Frère Russell ne s’en rendait probablement pas bien compte, mais en préconisant cette façon de faire peut-être a-​t-​il été influencé dans une certaine mesure par sa détermination à éviter toute ressemblance avec  un clergé au-dessus du troupeau, et peut-être aussi par des réminiscences de son adolescence pendant laquelle il avait fréquenté l’Église congrégationaliste.

La Nouvelle Création, un tome de L’Aurore du Millénium, a paru en 1904. Cet ouvrage revoyait en détail le rôle des anciens et la manière dont on devait les choisir, et attirait particulièrement l’attention sur Actes 14:23. Il citait à l’appui une liste de textes parallèles dressée par James Strong et Robert Young, montrant que la phrase “ils firent nommer des anciens” devait se traduire par  “ils les firent élire anciens, à main levée *”. Certaines versions de la Bible précisent même que les anciens furent ‘élus par un vote’. (Literal Translation of the Holy Bible de Robert Young; Emphasised Bible de Joseph Rotherham; Le Nouveau Testament, version de Hugues Oltramare.) Mais qui devait voter?

En adoptant le point de vue selon lequel la congrégation tout entière devait voter, on n’a pas toujours obtenu les résultats escomptés. Ceux qui votaient devaient être ‘pleinement consacrés’, et certains des élus remplissaient vraiment les conditions requises par la Bible et servaient humblement leurs frères. Mais, souvent, le vote reflétait des préférences personnelles plutôt que la Parole et l’esprit de Dieu. C’est ainsi qu’à Halle, en Allemagne, quand certains hommes qui pensaient devoir être anciens n’ont pas obtenu la fonction qu’ils voulaient, ils ont provoqué de graves dissensions. En 1927, à Barmen, en Allemagne également, certains des candidats étaient des hommes qui s’opposaient à l’œuvre de la Société et, le jour de l’élection, le vote à main levée s’est fait dans une ambiance orageuse. Il a donc fallu en venir à un vote secret.

En 1916, des années avant ces incidents, frère Russell, très soucieux, avait écrit: “Il se passe des choses très regrettables dans certaines classes lors des élections. Les serviteurs de l’Église cherchent à être des maîtres, des dictateurs; quelquefois même, ils dirigent la réunion de manière, semble-​t-​il, qu’eux-​mêmes et leurs amis soient élus anciens et diacres. (...) Quelques-uns s’efforcent  tranquillement d’abuser la classe en faisant procéder à l’élection à un moment particulièrement favorable pour eux et leurs amis. D’autres font venir à la réunion de nombreux amis qui sont parfois presque des étrangers et qui n’ont nullement l’intention d’être régulièrement présents dans la classe, mais qui y viennent uniquement par amitié pour un de leurs amis afin de voter pour lui.”

Les Étudiants de la Bible avaient-​ils seulement besoin d’apprendre à mener plus sereinement les élections démocratiques? Ou bien était-​il possible que quelque chose à ce sujet leur ait échappé dans la Parole de Dieu?

Ils s’organisent pour prêcher la bonne nouvelle

Très tôt, frère Russell a discerné que l’une des plus importantes responsabilités de chaque membre de la congrégation chrétienne était l’œuvre d’évangélisation (1 Pierre 2:9). La Tour de Garde a expliqué que ce n’était pas seulement à Jésus, mais à tous ses disciples oints de l’esprit, que s’appliquaient ces paroles prophétiques d’Ésaïe 61:1: “Jéhovah m’a oint pour annoncer aux humbles une bonne nouvelle”, ou, selon la façon dont la version de Hugues Oltramare rend cette citation dans la bouche de Jésus: “Il m’a oint pour annoncer l’évangile.” — Luc 4:18.

Dès 1881, La Tour de Garde a fait paraître l’article intitulé “Recherchons 1 000 prédicateurs”. C’était un appel à tous les membres des congrégations pour qu’ils emploient le maximum de temps dont ils pouvaient disposer (une demi-heure, une, deux ou trois heures) à répandre la vérité biblique. Tout  homme ou toute femme qui n’était pas chargé de famille et qui pouvait donner la moitié ou plus de son temps exclusivement à l’œuvre du Seigneur était encouragé à s’engager dans cette œuvre comme évangélisateur-colporteur. D’une année à l’autre, le nombre des colporteurs a considérablement varié, mais en 1885 on en comptait déjà environ 300. D’autres Étudiants ont aussi participé à cette œuvre, mais dans des proportions plus limitées. Les colporteurs se sont vu offrir des suggestions sur la façon d’effectuer leur tâche. Mais le champ était vaste, et, tout au moins au début, ils choisissaient eux-​mêmes leur territoire, passant d’une région à une autre en grande partie comme bon leur semblait. Puis, lorsqu’ils se rencontraient aux assemblées, ils faisaient les mises au point nécessaires pour coordonner leurs efforts.

L’année où le service de colporteur a commencé, frère Russell a fait imprimer plusieurs tracts (ou brochures) pour qu’ils soient diffusés gratuitement. Un de ces tracts, Food for Thinking Christians (Nourriture pour les chrétiens réfléchis), a été particulièrement remarquable. Sa diffusion a atteint 1 200 000 exemplaires durant les quatre premiers mois. C’est le travail entraîné par son impression et sa diffusion qui a été à l’origine de la formation de la Zion’s Watch Tower Tract Society, afin de traiter certaines questions utiles. Pour empêcher l’interruption de l’œuvre s’il venait à mourir, et pour faciliter l’utilisation des offrandes destinées à l’œuvre, frère Russell a demandé l’enregistrement légal de la Société, ce qui a été fait officiellement le 15 décembre 1884. Ainsi est venu à l’existence un instrument juridique précieux.

À mesure que le besoin se présentait, des filiales de la Société Watch Tower ont été ouvertes dans d’autres pays. La première l’a été en Angleterre, à Londres, le 23 avril 1900. Une autre, en Allemagne, à Elberfeld, en 1902. Deux ans plus tard, aux antipodes, une filiale a été ouverte en Australie, à Melbourne. Au moment de la rédaction de ce livre, on compte en tout 99 filiales dans le monde.

Certes, une organisation prenait forme pour produire en quantité des publications bibliques, mais au début on laissait aux congrégations le soin de prendre localement des mesures pour la diffusion de ces publications. Dans une lettre datée du 16 mars 1900, adressée à “Alexander Graham, et à l’Église de Boston (Massachusetts)”, frère Russell a expliqué comment il voyait les choses, en ces termes: “Comme vous le savez tous, j’ai la ferme intention de laisser aux membres de chaque groupe du peuple du Seigneur le soin de mener leurs propres affaires, selon leur bon jugement, et je fais des suggestions, non pour me mêler de leurs affaires, mais simplement pour donner des conseils.” Cela concernait non seulement les réunions, mais aussi la façon d’effectuer le ministère chrétien. Ainsi, après avoir offert aux frères quelques conseils pratiques, il a conclu en disant: “C’est simplement une suggestion.”

Certaines activités exigeaient davantage de directives précises de la part de la Société. Pour la projection du “Photo-Drame  de la Création”, c’était à chaque congrégation de décider si elle voulait et pouvait louer un cinéma ou une autre salle pour le présenter. Toutefois, il fallait déplacer le matériel de ville en ville et respecter un programme; dans ces domaines, il fallait une direction centrale que la Société a donnée. Chaque congrégation a été encouragée à constituer un comité pour le Drame qui prendrait, sur place, les dispositions nécessaires à la projection. Cependant, un représentant de la Société veillait soigneusement aux détails pour assurer la bonne marche des opérations.

Les années 1914 et 1915 passant, ces chrétiens oints de l’esprit attendaient impatiemment la réalisation de leur espérance céleste. Parallèlement, ils étaient encouragés à demeurer occupés dans le service du Seigneur. S’ils pensaient qu’il leur restait très peu de temps à vivre dans la chair, il est devenu néanmoins évident que pour effectuer la prédication de la bonne nouvelle avec ordre, le besoin d’une direction plus étroite qu’à l’époque où ils n’étaient que quelques centaines se faisait sentir. Peu après que Joseph Rutherford est devenu le deuxième président de la Société Watch Tower, cette direction a revêtu des aspects nouveaux. La Tour de Garde du 1er mars 1917 (en anglais) a annoncé que, dorénavant, tous les territoires destinés à être parcourus par les colporteurs et par les ‘ouvriers pastoraux *’ dans les congrégations seraient attribués par le bureau de la Société. Dans les congrégations où des ‘ouvriers pastoraux’ se partageaient la ville ou la région avec des colporteurs, c’était un comité de district nommé localement qui leur répartissait le territoire. En 1917 et 1918, cette disposition a rendu possible la diffusion du Mystère accompli en quelques mois à peine. Elle a été précieuse également pour permettre une diffusion éclair de 10 millions d’exemplaires d’un tract ayant pour thème “La chute de Babylone”, blâme cinglant contre la chrétienté.

Peu après cela, des membres du personnel administratif de la Société ont été arrêtés et, le 21 juin 1918, condamnés à des peines de 20 ans de prison. La prédication de la bonne nouvelle a presque cessé. Le moment était-​il enfin arrivé où les Étudiants de la Bible allaient être unis au Seigneur dans la gloire céleste?

Quelques mois plus tard, la guerre prenait fin. L’année suivante, les responsables de la Société étaient libérés. Ils étaient toujours dans la chair. Ce n’était pas ce qu’ils avaient espéré, mais ils en ont conclu que Dieu leur réservait encore du travail sur la terre.

La foi de ces Étudiants de la Bible venait d’être durement éprouvée. Toutefois, en 1919 (1920 en français),  La Tour de Garde les a fortifiés par des études bibliques stimulantes réunies sous le thème “Heureux ceux qui ne craignent pas”, suivies de l’article “Possibilités de service”. Mais les frères n’imaginaient pas quels grands progrès les années suivantes leur réservaient en matière d’organisation.

Un bon exemple pour le troupeau

Frère Rutherford comprenait bien que pour que l’œuvre se poursuive dans l’ordre et l’unité, peu importe le temps qu’il restait, le troupeau devait absolument avoir un bon exemple. Jésus avait comparé ses disciples à des brebis; or les brebis suivent leur berger. Bien sûr, c’est Jésus lui-​même qui est l’excellent Berger, mais il utilise aussi des anciens comme sous-bergers de son peuple (1 Pierre 5:1-3). Ces anciens doivent être des hommes qui participent eux-​mêmes à l’œuvre que Jésus a confiée à ses disciples et qui encouragent les autres à l’effectuer. Ils doivent être animés d’un véritable esprit d’évangélisation. Cependant, à l’époque de la diffusion du Mystère accompli, quelques-uns des anciens ne prêchaient plus; certains décourageaient même les autres de le faire.

En 1919, la parution du périodique L’Âge d’Or a marqué une étape importante dans le redressement de la situation. Ce périodique allait devenir un instrument puissant pour faire savoir que le Royaume de Dieu est la seule solution durable aux problèmes de l’humanité. Toutes les congrégations qui désiraient prendre part à cette activité ont été invitées à demander à la Société de les enregistrer en tant qu’“organisations de service”. Ensuite, la Société désignait un directeur, qu’on a fini par appeler directeur du service, et dont la fonction n’était pas soumise à un vote annuel *. En tant que représentant local de la Société, il était chargé d’organiser l’activité, d’attribuer du territoire et d’encourager la congrégation à participer à la prédication. Ainsi, parallèlement à l’existence des anciens et des diacres élus démocratiquement, une disposition d’un autre genre a commencé à fonctionner, disposition qui reconnaissait à une autorité extérieure à la congrégation le pouvoir d’établir des frères et qui accordait davantage d’importance à la prédication de la bonne nouvelle du Royaume de Dieu *.

Durant les années qui ont suivi, l’œuvre de prédication du Royaume a reçu une vigoureuse impulsion, comme poussée par une force irrésistible. Les événements survenus en 1914 et après cette date avaient révélé que la magnifique prophétie dans laquelle le Seigneur Jésus Christ avait dépeint la conclusion du système actuel s’accomplissait. Au vu de cela, en 1920, La Tour de Garde a montré que, conformément à l’annonce de Matthieu 24:14, le moment était venu de prêcher la bonne nouvelle relative à “la fin de l’ancien ordre de choses et l’instauration du royaume du Messie *”. (Mat. 24:3-14.) En  1922, après avoir assisté à l’assemblée de Cedar Point (Ohio), les Étudiants de la Bible entendaient encore résonner dans leurs oreilles le slogan “Proclamez, proclamez, proclamez le Roi et son Royaume!” En 1931, le rôle des vrais chrétiens a été mis encore plus pleinement en lumière avec l’adoption du nom de Témoins de Jéhovah.

Il était clair que Jéhovah avait confié à ses serviteurs une œuvre à laquelle tous pouvaient prendre part. Ceux-ci ont obéi avec enthousiasme. Beaucoup ont opéré d’importants changements dans leur vie pour vouer tout leur temps à cette œuvre. Même un grand nombre de ceux qui ne donnaient qu’une partie de leur temps passaient des journées entières, durant les week-ends, dans la prédication. Après les encouragements formulés dans La Tour de Garde et dans l’Informateur en 1938 et en 1939, de nombreux Témoins de Jéhovah se sont scrupuleusement efforcés d’accorder 60 heures par mois à la prédication.

Parmi ces Témoins zélés, il y avait beaucoup de serviteurs de Jéhovah humbles et dévoués qui étaient anciens dans leur congrégation. Toutefois, dans certains endroits, au cours des années 20 et au début des années 30, des Étudiants de la Bible ont opposé une vive résistance à l’idée que tous devaient participer à la prédication. Les anciens élus démocratiquement étaient souvent les plus virulents à contredire La Tour de Garde quand elle parlait de la responsabilité de prêcher aux gens à l’extérieur de la congrégation. Leur refus d’écouter ce que, par le moyen des Saintes Écritures, l’esprit de Dieu disait en la matière aux congrégations a entravé l’action de celui-ci dans ces groupes. — Rév. 2:5, 7.

En 1932, des mesures ont été prises pour redresser la situation. Le plus important n’était pas de savoir si des anciens en vue risquaient de s’offenser ou si certains des membres de la congrégation s’en retireraient. Il s’agissait plutôt pour les frères de plaire à Jéhovah et de faire sa volonté. À cette fin, deux numéros de La Tour de Garde, ceux de novembre et de décembre 1932 (15 août et 1er septembre en anglais), ont traité le thème “L’Organisation de Jéhovah”.

Les deux articles montraient avec précision que tous ceux qui faisaient réellement partie de l’organisation de Jéhovah effectueraient l’œuvre que sa Parole demandait d’accomplir pendant la période de temps en cours. Ils défendaient le point de vue selon lequel, chez les chrétiens, être ancien signifiait, non pas occuper une fonction élective, mais être parvenu à une certaine condition par la croissance spirituelle. Ils analysaient tout particulièrement une prière de Jésus dans laquelle, parlant de ses disciples, il demande que “tous soient un”, c’est-à-dire en union avec Dieu et le Christ, et donc unis les uns avec les autres pour faire la volonté de Dieu (Jean 17:21). Et avec quel résultat? Le deuxième article répondait que “chacun des membres du ‘reste’ doit rendre témoignage au nom et au Royaume de Jéhovah Dieu”. La surveillance ne devait pas être confiée à quiconque ne faisait pas ou refusait de faire ce qui lui était raisonnablement possible pour participer à ce témoignage public.

À la conclusion de l’étude de ces articles, les congrégations ont été invitées à adopter une résolution pour indiquer leur assentiment. Ainsi a été éliminée  l’élection annuelle d’anciens et de diacres par la congrégation. À Belfast (Irlande du Nord), comme en d’autres endroits, certains des ex-“anciens électifs” se sont retirés; d’autres personnes qui pensaient comme eux les ont suivis. Les congrégations ont donc perdu des membres; par contre, l’organisation entière en a été affermie. Ceux qui sont restés étaient des gens disposés à donner le témoignage, responsabilité qui incombe à tout chrétien. Au lieu d’élire des anciens, chaque congrégation — toujours de façon démocratique — a choisi un comité de service * composé d’hommes spirituellement mûrs qui participaient activement au témoignage public. Les membres des congrégations ont aussi élu un président, chargé de présider leurs réunions, ainsi qu’un secrétaire-trésorier. Tous ces hommes étaient des témoins actifs de Jéhovah.

L’œuvre est allée de l’avant beaucoup plus facilement une fois que la surveillance de la congrégation a été confiée à des hommes qui ne se souciaient pas de leur position personnelle, mais de faire l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire de rendre témoignage à son nom et à son Royaume, et qui donnaient un bon exemple en y participant eux-​mêmes. Les frères l’ignoraient encore, mais il restait beaucoup à faire, une œuvre de témoignage beaucoup plus importante que jamais, un rassemblement qu’ils n’imaginaient pas (És. 55:5). Manifestement, Jéhovah les y préparait.

Quelques chrétiens ayant l’espérance de la vie éternelle sur la terre commençaient à se joindre aux oints *. Toutefois, la Bible annonçait le rassemblement d’une grande multitude (ou grande foule) qui devait survivre à la grande tribulation à venir (Rév. 7:9-14). En 1935, on a compris clairement ce qu’était cette grande multitude. Les changements des années 30 dans la façon de choisir les surveillants ont mieux équipé l’organisation pour assurer l’œuvre de rassemblement, d’enseignement et de formation de cette grande multitude.

La plupart des Témoins de Jéhovah se réjouissaient de voir l’œuvre prendre de l’importance. Leur activité de prédication a revêtu pour eux un sens nouveau. Mais quelques-uns n’avaient pas envie de prêcher. Ils ne prêchaient donc pas, et tentaient de justifier leur inactivité en alléguant qu’aucune grande multitude ne devait être rassemblée avant Harmaguédon. Toutefois, la majorité des Témoins ont saisi cette occasion supplémentaire de démontrer leur fidélité à Jéhovah et leur amour du prochain.

Comment les membres de la grande foule ont-​ils trouvé leur place dans cette organisation? Il leur a été montré quel rôle la Parole de Dieu attribuait au “petit troupeau” des oints, et ils ont œuvré avec plaisir dans le sens de ces instructions (Luc 12:32-44). Ils ont aussi appris que, comme les oints, ils avaient la responsabilité de communiquer à autrui la bonne nouvelle (Rév. 22:17). Étant donné qu’ils souhaitaient être des sujets terrestres du Royaume de Dieu, ce Royaume devait avoir la priorité dans leur vie, et il leur fallait en  parler à autrui avec zèle. Pour correspondre à la description biblique de ceux qui survivraient à la grande tribulation et entreraient dans le monde nouveau de Dieu, ils devaient être des personnes qui ‘crient sans cesse à haute voix, en disant: “Le salut, nous le devons à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l’Agneau.”’ (Rév. 7:10, 14). En 1937, comme les membres de cette grande foule devenaient de plus en plus nombreux et que leur zèle pour le Seigneur devenait manifeste, certains ont été invités à assumer eux aussi des responsabilités de surveillants dans les congrégations.

Néanmoins, il leur a été rappelé que l’organisation est celle de Jéhovah, non celle d’un homme. Aucune division ne devait exister entre le reste des oints et les membres de la grande foule d’autres brebis. Ils devaient œuvrer ensemble en frères et sœurs dans le service de Jéhovah. Il en allait comme Jésus l’avait dit: “J’ai d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos; celles-là aussi, il faut que je les amène, et elles écouteront ma voix, et elles deviendront un seul  troupeau, un seul berger.” (Jean 10:16). Ce fait devenait de plus en plus évident.

On avait opéré des changements stupéfiants dans l’organisation en un temps relativement court. Cependant, ne fallait-​il pas aller plus loin pour que les congrégations soient dirigées en parfaite harmonie avec les voies de Jéhovah énoncées dans sa Parole inspirée?

L’organisation théocratique

“Théocratie” signifie “gouvernement de Dieu”. De quelle façon les congrégations étaient-​elles gouvernées? En plus d’adorer Jéhovah, comptaient-​elles aussi sur lui pour diriger leurs affaires? Se conformaient-​elles entièrement aux directives qu’il avait données à ce sujet dans sa Parole inspirée? L’article en deux parties intitulé “Organisation” qui est paru dans deux éditions de La Tour de Garde, celles du 1er et du 15 août 1938 (1er et 15 juin en anglais), disait de  façon très précise: “L’organisation de Jéhovah n’est nullement démocratique. Jéhovah est le Très-Haut, et son gouvernement, son organisation, est absolument théocratique.” Pourtant, à l’époque, dans les congrégations des Témoins de Jéhovah, on utilisait toujours des méthodes démocratiques pour choisir la plupart des hommes chargés de diriger les réunions et la prédication. D’autres changements s’imposaient.

Mais Actes 14:23 n’indiquait-​il pas que dans les congrégations on devait désigner les anciens ‘en tendant la main’, comme lors d’un vote? Le premier des articles de La Tour de Garde intitulés “Organisation” déclarait que ce texte avait été mal compris dans le passé. En effet, chez les chrétiens du Ier siècle, ce n’était pas en faisant ‘tendre la main’ à tous les membres de la congrégation que l’on établissait des hommes dans une charge. C’étaient plutôt, disait l’article, les apôtres et ceux à qui ils en conféraient l’autorité qui ‘tendaient la main’, et ce, non en participant à un vote de la congrégation, mais en posant les mains sur ceux qui remplissaient les conditions requises. Un tel geste était symbolique, indiquant la confirmation, l’approbation, ou la nomination *. Parfois, les congrégations chrétiennes du Ier siècle recommandaient des hommes remplissant les conditions requises, mais ceux qui faisaient le choix final ou donnaient leur approbation étaient les apôtres (qui avaient été établis directement par le Christ), ou les hommes à qui ces apôtres en avaient conféré l’autorité (Actes 6:1-6). La Tour de Garde faisait remarquer que c’est seulement dans des lettres adressées à des surveillants chargés de responsabilité (Timothée et Tite) que l’apôtre Paul, sous la direction de l’esprit saint, avait donné des instructions pour établir des surveillants (1 Tim. 3:1-13; 5:22; Tite 1:5). Aucune des lettres inspirées adressées aux congrégations ne contenait de telles instructions.

Dans ce cas, comment devait-​on procéder pour nommer quelqu’un à un service dans la congrégation? L’analyse de La Tour de Garde concernant l’organisation théocratique montrait, en s’appuyant sur les Écritures, que Jéhovah avait fait de Jésus Christ ‘la tête de la congrégation’; que lorsque le Christ était revenu en tant que Maître, il avait confié à son “esclave fidèle et avisé” la responsabilité de “tout son avoir”; que cet esclave fidèle et avisé se composait de ceux qui, sur terre, étaient oints d’esprit saint pour devenir cohéritiers avec le Christ et qui servaient dans l’unité sous sa direction; enfin, que le Christ employait cette classe de l’esclave comme agent pour assurer la surveillance nécessaire des congrégations (Col. 1:18; Mat. 24:45-47; 28:18). C’était à la classe de l’esclave que revenait la tâche d’appliquer, en s’aidant de la prière, les  instructions clairement énoncées dans la Parole inspirée de Dieu, en s’en servant pour décider qui remplissait les conditions requises pour se voir confier une certaine fonction.

Puisque, expliquait La Tour de Garde, l’agent visible que le Christ a prévu d’utiliser est l’esclave fidèle et avisé (l’histoire moderne des Témoins de Jéhovah considérée jusqu’ici ayant montré que cet “esclave” utilise la Société Watch Tower comme un instrument juridique), la procédure théocratique exige que les nominations à un service soient faites par l’intermédiaire de cet agent. De la même façon qu’au Ier siècle les congrégations reconnaissaient le collège central de Jérusalem, de même à notre époque les congrégations ne connaîtraient pas la prospérité spirituelle sans une direction centrale. — Actes 15:2-30; 16:4, 5.

Néanmoins, pour que les choses soient bien claires, il était précisé que lorsque La Tour de Garde parlait de “la Société”, elle n’évoquait pas un simple instrument juridique, mais le collège des chrétiens oints qui avait formé cette entité juridique et l’utilisait. Par conséquent, cette expression désignait l’esclave fidèle et avisé et son Collège central.

Avant même la parution des articles de La Tour de Garde intitulés “Organisation” en 1938, les congrégations de Londres, de New York, de Chicago et de Los Angeles qui avaient grossi au point de devoir se scinder en groupes plus petits avaient demandé que ce soit la Société qui établisse leurs serviteurs. Aussi La Tour de Garde du 15 août 1938 (15 juin en anglais) invitait-​elle toutes les autres congrégations à faire de même. Elle proposait donc à cette fin la résolution suivante:

“Nous, groupe du peuple de Dieu choisi pour porter son nom, de . . . . . . . . . ., reconnaissant que le gouvernement de Dieu est une pure théocratie, que Christ Jésus est dans le temple et que dans l’exercice de ses pleins pouvoirs il administre la partie visible de l’organisation de Jéhovah aussi bien que l’invisible, et que ‘La Société’ est son représentant terrestre, nous demandons à ‘La Société’ de bien vouloir organiser notre groupe pour le service et désigner ses serviteurs, afin que nous puissions travailler dans la paix, la justice et la concorde d’un commun accord. Ci-joint la liste des frères qui nous paraissent être d’esprit mûr et, partant, les mieux qualifiés pour remplir les divers postes de notre service *.”

Presque toutes les congrégations de Témoins de Jéhovah ont spontanément accepté ces directives. Les rares personnes qui les ont refusées n’ont pas tardé à cesser totalement de prêcher le Royaume, et donc d’être des Témoins de Jéhovah.

 Les bienfaits de la direction théocratique

Évidemment, si chaque congrégation décidait de ses enseignements, de ses principes de conduite et de sa façon de s’organiser ou de rendre témoignage, l’organisation perdrait vite son identité et son unité. Les frères pourraient rapidement se laisser diviser par leurs différences sociales, culturelles et nationales. Par contre, une direction théocratique allait permettre que les bienfaits résultant des progrès sur le plan spirituel profitent sans obstacle à toutes les congrégations du monde. Ainsi s’instaurerait la véritable unité qui, selon ce que Jésus avait demandé dans sa prière, devait régner parmi ses vrais disciples, et l’œuvre d’évangélisation qu’il avait commandée pourrait alors pleinement s’effectuer. — Jean 17:20-22.

Il en est toutefois qui ont prétendu que Joseph Rutherford préconisait ces changements en matière d’organisation parce qu’il cherchait à diriger plus étroitement les Témoins de Jéhovah, qu’il se servait de ce moyen pour asseoir son autorité. Était-​ce vrai? Il ne fait aucun doute que frère Rutherford était un homme aux convictions très fermes. Il parlait catégoriquement et sans détours de ce qu’il tenait pour la vérité. Il pouvait être très brusque quand il s’occupait de situations où il percevait que les individus se souciaient davantage d’eux-​mêmes que de l’œuvre du Seigneur. Par contre, il était véritablement humble devant Dieu. Karl Klein, qui est devenu membre du Collège central en 1974, a écrit plus tard à son sujet: “Frère Rutherford m’était (...) cher en raison des prières qu’il prononçait lors du culte matinal. Il avait une voix très puissante, mais quand il s’adressait à Dieu on aurait dit un petit garçon qui parlait à son père. Cela démontrait la profondeur des relations qu’il entretenait avec Jéhovah.” Frère Rutherford était tout à fait convaincu de ce qu’était l’organisation visible de Jéhovah, et il s’assurait qu’aucun homme ni aucun groupe d’hommes n’ait la possibilité d’empêcher les frères de recevoir tous les bienfaits de la nourriture spirituelle et de la direction que Jéhovah apportait à ses serviteurs.

Frère Rutherford a été président de la Société Watch Tower pendant 25 ans et a voué toute son énergie à promouvoir l’œuvre accomplie par l’organisation, mais il n’en a pas été pour autant le chef des Témoins de Jéhovah, et n’a pas voulu l’être. En 1941, peu avant sa mort, lors d’une assemblée à Saint Louis (Missouri), il a parlé de la notion de chef, en ces termes: “Si certains ici sont parmi nous pour la première fois, j’aimerais qu’ils sachent, et qu’ils n’oublient pas, ce que vous pensez de l’idée d’avoir un homme pour chef. Chaque fois que quelque chose naît et commence à croître, les gens disent que derrière il y a un chef humain qui fait beaucoup d’adeptes. Si quelqu’un dans l’auditoire pense que moi, l’homme qui se tient devant vous, je suis le chef des témoins de Jéhovah, qu’il dise ‘Oui’.” Un silence impressionnant a suivi, rompu seulement par un grave “Non” prononcé par quelques assistants. Puis l’orateur a poursuivi: “Si vous qui êtes ici croyez que je suis simplement un serviteur du Seigneur, et que nous œuvrons épaule contre épaule dans l’unité, au service de Dieu et au service du Christ, dites ‘Oui’.” Un “Oui!” retentissant et catégorique  a jailli de toutes les bouches. Le mois suivant, lors d’une assemblée en Angleterre, ses auditeurs ont eu exactement la même réaction.

Dans certaines régions, les bienfaits de l’organisation théocratique se sont vite fait sentir. En d’autres endroits, cela a pris plus de temps; peu à peu, les serviteurs qui n’étaient pas mûrs ni humbles ont été radiés et d’autres frères ont été établis.

Néanmoins, à mesure que les dispositions théocratiques se mettaient en place, les Témoins de Jéhovah ont eu la joie de vivre ce qu’Ésaïe 60:17 avait annoncé. Décrivant dans un langage symbolique l’amélioration des conditions que l’on verrait chez ses serviteurs, Jéhovah dit dans ce texte: “Au lieu du cuivre, je ferai venir de l’or, et au lieu du fer, je ferai venir de l’argent, et au lieu du bois, du cuivre, et au lieu des pierres, du fer; et j’établirai comme tes surveillants la paix, et comme tes distributeurs de corvées, la justice.” Il ne décrivait pas là ce que les humains feraient, mais ce que lui-​même ferait et les bienfaits que ses serviteurs recevraient en s’y soumettant. La paix doit régner parmi eux. L’amour de la justice doit être la force qui les pousse à servir.

Du Brésil, Maud Yuille, la femme du surveillant de la filiale, a écrit ceci à frère Rutherford: “L’article ‘Organisation’ paru dans les Tours du 1er et du 15 juin [1938] me pousse à t’exprimer en quelques mots, à toi dont Jéhovah utilise le service fidèle, ma gratitude envers Jéhovah pour les dispositions magnifiques qu’il a prises dans son organisation visible, et qui sont exposées dans ces deux numéros de La Tour de Garde. (...) Quel soulagement de voir disparaître l’esprit d’autonomie, dont celui des ‘droits de la femme’ et d’autres méthodes non bibliques qui soumettaient certaines âmes aux opinions de l’endroit et à des jugements individuels, plutôt qu’à [Jéhovah Dieu et à Jésus Christ], ce qui jetait l’opprobre sur le nom de Jéhovah! Il est vrai que c’est seulement ‘dans un passé récent que la Société a désigné tous les membres de l’organisation sous le nom de “serviteurs”’; cependant, je remarque que depuis de nombreuses années déjà dans ta correspondance avec tes frères, tu as toujours utilisé pour parler de toi l’expression ‘votre frère et serviteur, par Sa grâce’.”

Au sujet de cette modification dans le domaine de l’organisation, la filiale de Grande-Bretagne a écrit: “Ce changement a eu un effet extraordinairement bénéfique. La description poétique et prophétique qu’en a faite Ésaïe chapitre soixante est pleine de beauté, mais pas exagérée. Tous ceux qui étaient dans la vérité en parlaient. C’était le principal sujet de conversation. On ressentait une vigueur renouvelée, le désir de mener une bataille bien dirigée. Tandis que dans le monde la tension montait, dans l’organisation théocratique la joie abondait.”

 Des surveillants itinérants affermissent les congrégations

Grâce au service des surveillants itinérants, les liens ont été renforcés dans l’organisation. Au Ier siècle, l’apôtre Paul a été un surveillant itinérant particulièrement remarquable. Des hommes comme Barnabas, Timothée et Tite ont parfois eux aussi effectué cette activité (Actes 15:36; Phil. 2:19, 20; Tite 1:4, 5). Tous étaient des évangélisateurs zélés. En outre, ils encourageaient les congrégations par leurs discours. Si des questions étaient soulevées qui pouvaient avoir une incidence sur l’unité des congrégations, on en référait au collège central. Puis, “comme ils passaient par les villes”, ceux qui en avaient reçu la mission “remettaient à ceux qui se trouvaient là, pour qu’ils les observent, les décrets arrêtés par les apôtres et les anciens qui étaient à Jérusalem”. Avec quel résultat? “Les congrégations s’affermissaient dans la foi et croissaient en nombre de jour en jour.” — Actes 15:1 à 16:5; 2 Cor. 11:28.

Déjà dans les années 1870, frère Russell rendait visite aux groupes d’Étudiants de la Bible, qu’ils comptent deux ou trois personnes ou qu’ils en comptent beaucoup plus, afin de les édifier spirituellement. Dans les années 1880, d’autres frères ont fait de même. Puis, en 1894, la Société a pris des dispositions pour que des orateurs très compétents fassent des voyages plus régulièrement avec pour mission d’aider les Étudiants de la Bible à grandir dans la connaissance et l’amour de la vérité, et de les rapprocher les uns des autres.

Si c’était possible, l’orateur restait avec un groupe une journée ou, éventuellement, plusieurs jours, donnant un ou deux discours publics, puis il rendait visite à des groupes plus petits ou aux Étudiants individuellement pour examiner avec eux certaines choses profondes de la Parole de Dieu. Un effort a été fait pour que chaque groupe, aux États-Unis et au Canada, reçoive deux fois par an la visite d’un tel orateur, qui n’était pas forcément le même. Pour être choisis comme orateurs itinérants, les frères devaient surtout être humbles, comprendre clairement la vérité et y adhérer fidèlement, et enfin être capables de l’enseigner avec clarté. Leur ministère n’était absolument pas rémunéré. Les frères et sœurs qui les recevaient leur fournissaient le repas et un toit, et, si c’était nécessaire, la Société les aidait à couvrir leurs frais de déplacement. Avec le temps, on a donné à ces frères itinérants le nom de pèlerins.

Nombre de ces représentants itinérants de la Société étaient très appréciés par ceux qui bénéficiaient de leurs services. Beaucoup se souviennent du Canadien Alexander Macmillan comme d’un homme en qui la Parole de Dieu était “comme un feu brûlant”. (Jér. 20:9.) Il ne pouvait s’empêcher d’en parler, ce qu’il a fait en donnant des discours non seulement au Canada, mais encore dans de nombreuses parties des États-Unis et d’autres pays. William Hersee, pèlerin lui aussi, était très aimé pour l’attention particulière qu’il portait aux jeunes. Ses prières laissaient une impression durable tant elles reflétaient une spiritualité profonde qui touchait le cœur des jeunes comme des moins jeunes.

En ce temps-​là, les voyages n’étaient pas de tout repos pour les pèlerins.  Par exemple, lorsqu’il a rendu visite au groupe qui se trouvait près de Klamath Falls (Oregon), Edward Brenisen a voyagé d’abord en train, puis toute une nuit en diligence, et enfin en charrette cahotante à travers les montagnes pour arriver jusqu’à la ferme où se tenait la réunion. Très tôt le lendemain de la réunion, avec le cheval qu’un frère lui a prêté, il s’est rendu à 100 kilomètres de là, à la gare la plus proche, où il a pris le train pour son étape suivante. C’était une vie exténuante, mais les efforts de ces pèlerins étaient payants, puisqu’ils permettaient de fortifier les serviteurs de Jéhovah, de les unifier dans leur intelligence de la Parole de Dieu, et de les rapprocher les uns des autres malgré les grandes distances qui les séparaient.

En 1926, frère Rutherford a apporté des améliorations à l’activité des pèlerins: désormais, ils n’étaient plus seulement des orateurs itinérants, mais aussi des surveillants, et ils devaient encourager la prédication dans les congrégations. Pour que leurs nouvelles responsabilités soient bien définies, en 1928 ils ont été appelés directeurs de service régionaux. Ils collaboraient étroitement avec les frères des congrégations, leur donnant une formation personnelle dans la prédication. À cette époque, il leur était possible de voir toutes les congrégations aux États-Unis et dans quelques autres pays à peu près une fois l’an, tout en gardant le contact avec les Étudiants isolés et les petits groupes qui n’étaient pas encore organisés pour le service.

Au cours des années suivantes, l’activité des surveillants itinérants a subi plusieurs modifications *. Puis elle s’est intensifiée en 1938, quand tous les serviteurs des congrégations ont été établis théocratiquement. Pendant les quelques années qui ont suivi, en rendant visite aux congrégations à intervalles réguliers, les surveillants itinérants ont eu la possibilité d’apporter une formation personnelle à tous les serviteurs qui avaient été établis et d’aider davantage tous les proclamateurs dans la prédication. En 1942, avant d’envoyer de nouveau des surveillants itinérants desservir les congrégations, la Société leur a donné des cours intensifs, et leur activité y a gagné en uniformité. Pendant leur visite, assez courte (un à trois jours, selon la taille de la congrégation), ils vérifiaient les dossiers de la congrégation, se réunissaient avec tous les serviteurs pour leur donner des conseils si c’était nécessaire, prononçaient un ou plusieurs  discours devant tous les proclamateurs et dirigeaient la prédication. En 1946, la durée de leurs visites a été portée à une semaine par congrégation.

À cette disposition prévoyant la visite des congrégations s’est ajoutée en 1938 celle du serviteur régional, mais dans de nouvelles attributions. Il lui était confié un plus grand secteur, et il devait passer périodiquement une semaine avec chacun des frères itinérants qui rendaient visite aux congrégations d’une zone. Au cours de la semaine, il participait au programme d’une assemblée à laquelle assistaient toutes les congrégations de la zone en question *. Cette disposition était très stimulante pour les frères et donnait régulièrement l’occasion de baptiser de nouveaux disciples.

“Quelqu’un qui aime le service”

John Booth, qui est devenu membre du Collège central en 1974, a été du nombre des frères qui ont participé à ce service à partir de 1936. Lors d’une entrevue préalable à sa nomination comme surveillant itinérant, il s’est entendu dire: “Ce n’est pas un orateur éloquent qu’il nous faut, mais quelqu’un qui aime le service, qui donnera l’exemple dans ce domaine et qui parlera du service lors des réunions.” Frère Booth possédait cet amour du service de Jéhovah, amour qui lui permettait d’être un pionnier zélé depuis 1928, et, tant par l’exemple que par ses paroles encourageantes, il a insufflé aux autres ce zèle pour l’évangélisation.

La première congrégation à laquelle il a rendu visite, en mars 1936, était celle d’Easton (Pennsylvanie). Par la suite, il a écrit: “Généralement, j’arrivais à temps dans une ville pour participer à la prédication le matin, je me réunissais avec les serviteurs du groupe en début de soirée et ensuite avec le groupe entier. En principe, je restais deux jours avec un groupe et seulement un jour s’il était peu important, ce qui fait qu’il m’arrivait d’en visiter six en une semaine. J’étais continuellement en déplacement.”

Deux ans plus tard, en 1938, il est devenu serviteur régional et s’est vu confier la responsabilité de desservir chaque semaine une assemblée de zone (aujourd’hui, une assemblée de circonscription). Ces assemblées permettaient de fortifier les frères à une époque où la persécution s’intensifiait dans certaines régions. Frère Booth a livré ses souvenirs de cette période et des responsabilités diverses qu’il avait: “Au cours de la même semaine [où j’ai témoigné au procès d’une soixantaine de Témoins à Indianapolis (Indiana)], j’étais défendeur dans une autre affaire, à Joliet (Illinois), je représentais un frère dans un  autre procès encore à Madison (Indiana) et, de plus, j’avais chaque week-end la responsabilité d’une assemblée de zone.”

En 1948, alors que les assemblées de zone avaient repris depuis deux ans (désormais sous le nom d’assemblées de circonscription), des frères, dont Carey Barber, ont été nommés serviteurs de district. Auparavant, ce dernier avait été membre de la famille du Béthel de Brooklyn (New York) pendant 25 ans. Son premier district comprenait tout l’ouest des États-Unis. Au début, les distances à parcourir chaque semaine d’une assemblée à l’autre étaient d’environ 1 500 kilomètres. À mesure que le nombre et la taille des congrégations ont grandi, ces distances se sont réduites, et souvent on tenait de nombreuses assemblées de circonscription dans une même grande agglomération. En 1977, au bout de 29 ans de service comme surveillant itinérant, frère Barber a été invité à revenir au siège mondial de la Société pour être membre du Collège central.

En période de guerre et de vive persécution, les surveillants itinérants risquaient souvent leur liberté et leur vie pour assurer le bien-être spirituel de leurs frères. Pendant l’occupation nazie en Belgique, André Wozniak n’a pas cessé de rendre visite aux congrégations et de les approvisionner en publications. La Gestapo a souvent été à deux doigts de l’attraper, mais elle n’y est jamais parvenue.

En Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe), à la fin des années 70, la peur était omniprésente, et pendant la guerre civile les déplacements étaient limités. Mais les surveillants itinérants des Témoins de Jéhovah, en bergers et surveillants pleins d’amour, se sont avérés pour leurs frères “une cachette contre le vent”. (És. 32:2.) Certains allaient à pied pendant des jours à travers la brousse, les montagnes, les fleuves aux mille dangers, dormant à la belle étoile — tout cela pour arriver jusqu’aux congrégations et aux proclamateurs qui étaient isolés, afin de les encourager à demeurer fermes dans la foi. Isaiah Makore a été l’un d’eux: un jour, il a échappé de justesse aux balles qui sifflaient au-dessus de sa tête au cours d’une échauffourée entre des soldats du gouvernement et des “combattants de la liberté”.

D’autres surveillants itinérants ont servi l’organisation pendant des années en se déplaçant dans le monde. Les présidents de la Société Watch Tower ont bien des fois voyagé à l’étranger pour s’enquérir des besoins de l’organisation et pour donner des discours à de grandes assemblées. Leurs visites ont été très bénéfiques, notamment pour faire ressentir aux Témoins de Jéhovah du monde entier qu’ils formaient une famille internationale. Frère Knorr surtout a voyagé ainsi de façon régulière, rendant visite à toutes les filiales et à toutes les maisons de missionnaires. À mesure que l’organisation grossissait, la Société a partagé la mappemonde en dix zones internationales et, à partir du 1er janvier 1956,  des frères compétents, sous la direction du président, ont participé à ce service consistant à accorder une attention régulière aux filiales et aux maisons de missionnaires. Ces visites de zone, aujourd’hui effectuées sous la direction d’un comité du Collège central, le Comité pour le service, contribuent toujours à l’unité mondiale de l’organisation tout entière et à ses progrès.

Mais d’autres étapes importantes ont été franchies pour donner à l’organisation sa structure actuelle.

On se conforme davantage à la théocratie

Joseph Rutherford est décédé le 8 janvier 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, et Nathan Knorr est devenu le troisième président de la Société Watch Tower. L’organisation rencontrait de grandes difficultés du fait que son activité était interdite dans de nombreux pays, que des adversaires, sous prétexte de patriotisme, provoquaient des émeutes contre les Témoins de Jéhovah et que bon nombre de ces derniers étaient arrêtés lorsqu’ils diffusaient des publications bibliques dans le cadre de leur ministère public. En de telles circonstances, un changement d’administration allait-​il ralentir l’œuvre? Les frères en charge des questions administratives ont recherché la direction et la bénédiction de Jéhovah. Comme ils désiraient que ce soit Dieu qui les guide, ils ont réexaminé les rouages mêmes de l’organisation pour vérifier s’il n’y avait pas des domaines dans lesquels on pouvait suivre de plus près les voies de Jéhovah.

Puis, en 1944, s’est tenue à Pittsburgh (Pennsylvanie) une assemblée de service coïncidant avec l’assemblée générale annuelle de la Société Watch Tower. Préalablement, le 30 septembre, les frères ont présenté plusieurs discours de la plus haute importance sur ce que les Écritures disent de l’organisation des serviteurs de Jéhovah *. L’attention était particulièrement dirigée sur le Collège central. À cette occasion, les orateurs ont bien montré que les principes théocratiques doivent s’appliquer à tous les instruments utilisés par la classe de l’esclave fidèle et avisé. Ils ont expliqué que l’association n’avait pas pour membres tous les serviteurs “consacrés” de Dieu. Elle ne faisait que les représenter, agissant en leur faveur en tant qu’instrument juridique. Toutefois, du fait que la Société était l’agent éditeur servant à fournir aux Témoins de Jéhovah les publications qui contenaient la lumière spirituelle, le Collège central était, logiquement et nécessairement, associé étroitement avec les membres du bureau exécutif et les administrateurs de la Société. Les principes théocratiques étaient-​ils parfaitement appliqués dans les activités de la Société?

Selon ses statuts, la Société comptait des actionnaires. Pour une somme de 10 dollars, l’apporteur disposait d’une voix dans le vote pour l’élection des membres du conseil d’administration et des membres du bureau exécutif de la  Société. On pouvait croire que ces contributions étaient la preuve d’un intérêt sincère pour l’œuvre de l’organisation. Mais ce système présentait des failles, que frère Knorr, le président de la Société, a expliquées ainsi: “Si l’on s’en tient aux statuts de la Société, on dirait que la désignation comme membre du collège central dépend des contributions faites à la Société. Or, selon la volonté de Dieu, il ne doit pas en être ainsi chez ses véritables serviteurs élus.”

Certes, Charles Russell, qui, pendant les 32 premières années de la Société, avait été l’élément prépondérant du collège central, était celui qui avait le plus apporté à la Société, financièrement, physiquement et mentalement. Mais ce n’était pas un apport financier qui avait déterminé la façon dont le Seigneur l’avait utilisé. C’étaient son dévouement total, son zèle infatigable, sa prise de position intransigeante pour le Royaume de Dieu et sa fidélité inébranlable qui ont fait qu’aux yeux de Dieu il ait si bien convenu pour le servir. En ce qui concerne l’organisation théocratique, cette règle s’applique: “Dieu a placé les membres dans le corps, chacun d’eux, comme il lui a plu.” (1 Cor. 12:18). “Cependant, a expliqué frère Knorr, comme les statuts de la Société prévoyaient que les apporteurs de fonds à l’œuvre de la Société disposent d’un nombre proportionnel de voix, cela avait tendance, en ce qui concernait le collège central, à éclipser ce principe théocratique ou à empiéter sur celui-ci; ce pouvait être aussi un danger ou un obstacle pour lui.”

Ainsi, lorsque tous les actionnaires et électeurs de la Société ont tenu leur assemblée générale, le 2 octobre 1944, ils ont voté à l’unanimité la révision des statuts de la Société afin qu’ils soient plus conformes aux principes théocratiques. Il a donc été décidé que le nombre des membres de l’association ne serait plus illimité, mais serait compris entre 300 et 500. Ces membres seraient des hommes choisis par le conseil d’administration, non plus en raison de leurs contributions financières, mais de leur qualité de Témoins de Jéhovah mûrs, actifs, fidèles, serviteurs à plein temps dans l’œuvre de l’organisation ou ministres actifs dans une congrégation des Témoins de Jéhovah. Ces membres éliraient le conseil d’administration, et les membres du conseil d’administration choisiraient ensuite parmi eux ceux qui constitueraient le bureau exécutif. Les nouvelles mesures ont pris effet l’année suivante, le 1er octobre 1945. Elles se sont avérées une excellente protection à une époque où on a vu plus  d’une fois des éléments hostiles prendre le contrôle d’entreprises pour les restructurer de façon à servir leurs intentions.

Il a été manifeste que Jéhovah a béni ces améliorations que les frères ont apportées pour se conformer aux principes théocratiques. Bien que l’organisation ait eu des moments très difficiles pendant la Seconde Guerre mondiale, le nombre des proclamateurs du Royaume a continué d’augmenter. Sans ralentir, ceux-ci ont continué avec dynamisme à témoigner au sujet du Royaume de Dieu. De 1939 à 1946, les Témoins de Jéhovah ont connu un accroissement extraordinaire de 157 %, et ils ont fait pénétrer la bonne nouvelle dans six nouveaux pays. Au cours des 25 années suivantes, le nombre des Témoins actifs a encore augmenté de presque 800 %, et ils ont rapporté une activité régulière dans 86 nouveaux pays.

Formation spéciale pour les surveillants

Certaines personnes étrangères à l’organisation pensaient qu’en prenant de plus grandes proportions celle-ci allait inévitablement voir ses principes se relâcher. D’un autre côté, la Bible avait prédit que la justice et la paix régneraient chez les serviteurs de Jéhovah (És. 60:17). Pour cela, il fallait que les surveillants chargés de responsabilités reçoivent un enseignement approfondi et continu de la Parole de Dieu, qu’ils aient une claire intelligence de ses principes en matière de justice et qu’ils les appliquent de façon conséquente. Ils ont reçu cet enseignement. Progressivement, dans les pages de La Tour de Garde, a été examiné ce que Dieu exige en matière de justice, et ces sujets ont été étudiés systématiquement dans toutes les congrégations de Témoins de Jéhovah du monde. Mais les surveillants du troupeau ont reçu par ailleurs une formation beaucoup plus complète.

Lors d’assemblées internationales, les principaux surveillants des filiales de  la Société ont été réunis pour recevoir une formation spéciale. Puis entre 1961 et 1965, ils ont suivi à New York des cours conçus à leur intention, d’une durée de huit à dix mois. Entre 1977 et 1980, un autre cours spécial de cinq semaines a été donné plusieurs fois pour eux. Leur formation consistait en une étude verset par verset de tous les livres de la Bible, ainsi qu’en un examen détaillé du fonctionnement de l’organisation et des différents moyens de promouvoir la prédication de la bonne nouvelle. Les divisions nationalistes sont absentes chez les Témoins de Jéhovah. Où qu’ils vivent, ils adhèrent aux mêmes principes bibliques élevés, ils croient et enseignent les mêmes choses.

Les surveillants de circonscription et de district aussi ont été l’objet d’une attention spéciale. Nombre d’entre eux ont suivi les cours de Galaad, l’École biblique de la Société Watchtower, ou d’une annexe de cette école. À intervalles réguliers, ils se retrouvent tous pour un séminaire de quelques jours à une semaine, soit dans les locaux de la filiale de leur pays, soit en un lieu plus approprié.

En 1959 a commencé à fonctionner une autre école remarquable: l’École du ministère du Royaume, dont les cours ont été suivis par les surveillants de circonscription et de district, et par les surveillants des congrégations. Au début, ces cours duraient un mois complet. Quand ils ont été donnés pendant un an aux États-Unis, ils ont été traduits en d’autres langues et peu à peu utilisés dans le monde entier. Comme il n’était pas possible à tous les surveillants d’obtenir un congé d’un mois complet, à partir de 1966 on a donné ces cours sous une autre forme, en deux semaines.

Il ne s’agissait pas d’une école de théologie formant des hommes en vue d’une ordination. Les hommes qui assistaient à ces cours étaient déjà des ministres ordonnés. Nombre d’entre eux étaient surveillants et bergers depuis de  nombreuses années. Les cours leur donnaient l’occasion de discuter en détail des instructions de la Parole de Dieu relatives à leur tâche. Ils s’attardaient sur l’importance de la prédication et la manière de prêcher efficacement. En raison des changements que subissaient les valeurs morales du monde, on a réservé dans ces cours beaucoup de temps à examiner comment faire respecter les principes moraux de la Bible. Depuis quelques années, à ce cours ont succédé des séminaires qui ont lieu tous les deux ou trois ans; d’autre part, plusieurs fois par an les surveillants itinérants tiennent des réunions très utiles avec les anciens de chaque congrégation où ils passent. Ainsi, ils ont la possibilité de s’occuper en particulier des besoins du moment. Ils sont une barrière contre toute déviation des principes bibliques, et ils contribuent à ce que les congrégations traitent toutes les problèmes de la même façon.

Les Témoins de Jéhovah prennent à cœur cette exhortation contenue en 1 Corinthiens 1:10: “Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, à parler tous en parfait accord, et à ce qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez étroitement unis dans le même esprit et dans la même pensée.” Ce n’est pas une unité forcée; elle résulte de l’enseignement des voies de Dieu exposées dans la Bible. Les Témoins de Jéhovah aiment les voies et les desseins de Dieu. Si quelqu’un cesse de prendre plaisir à se conformer aux principes bibliques, il est libre de quitter l’organisation. Mais si quelqu’un commence à prêcher d’autres croyances ou à faire peu de cas de la moralité de la Bible, les surveillants agissent pour protéger le troupeau. L’organisation applique ce conseil biblique: ‘Surveillez ceux qui suscitent divisions et occasions d’achoppement à l’encontre de l’enseignement que vous avez appris, et évitez-​les.’ — Rom. 16:17; 1 Cor. 5:9-13.

 Selon la prophétie biblique, Dieu allait faire en sorte que parmi ses serviteurs règne la justice et qu’elle porte des fruits paisibles (És. 32:1, 2, 17, 18). Ces conditions attirent beaucoup les gens qui aiment ce qui est droit.

Combien d’humains aimant ainsi la justice rassemblera-​t-​on avant la fin du système actuel? Les Témoins de Jéhovah l’ignorent. Jéhovah, par contre, sait de quoi son œuvre aura besoin; en son temps et à sa manière, il veille à ce que son organisation soit équipée pour s’en occuper.

Fin prêts pour un accroissement phénoménal

Lorsque, sous la direction du Collège central, des frères ont fait des recherches en vue de la rédaction d’un ouvrage de référence qui s’intitulerait Auxiliaire pour une meilleure intelligence de la Bible, ils se sont penchés une fois de plus sur la façon dont la congrégation chrétienne du Ier siècle était organisée. Des termes bibliques comme “ancien”, “surveillant” et “ministre” ont été réétudiés avec soin. L’organisation moderne des Témoins de Jéhovah ne pouvait-​elle pas se conformer davantage encore au modèle qui avait été conservé dans les Écritures pour servir de guide?

Les serviteurs de Jéhovah étaient déterminés à continuer de se soumettre à la direction divine. Lors d’une série d’assemblées de district qu’ils ont tenues en 1971, ils ont attiré l’attention sur la façon dont la congrégation chrétienne primitive était dirigée. Les orateurs ont fait remarquer que le mot présbutéros (ancien) dans la Bible ne désignait pas uniquement les personnes âgées, et qu’il ne s’appliquait pas non plus à tous les membres spirituellement mûrs des congrégations. Il était utilisé particulièrement dans un sens officiel pour désigner les surveillants des congrégations (Actes 11:30; 1 Tim. 5:17; 1 Pierre 5:1-3). Ces anciens étaient établis dans leur fonction en harmonie avec des conditions requises qui par la suite ont été incluses dans les Écritures inspirées (Actes 14:23; 1 Tim. 3:1-7; Tite 1:5-9). Les congrégations où plusieurs hommes remplissaient les conditions requises comptaient plus d’un ancien (Actes 20:17; Phil. 1:1). Ces hommes constituaient “le collège des anciens”, chacun occupant la même position officielle que les autres, aucun n’étant le plus éminent ou le plus influent dans la congrégation (1 Tim. 4:14). Pour aider les anciens, a-​t-​il été expliqué, il y avait aussi des “serviteurs ministériels” nommés, en accord avec les conditions requises énumérées par l’apôtre Paul. — 1 Tim. 3:8-10, 12, 13.

Sans tarder, on a procédé aux changements nécessaires pour que l’organisation soit plus conforme à ce modèle biblique. On a commencé par le Collège central lui-​même. Le nombre de ses membres a été augmenté, et non plus limité à sept, c’est-à-dire les sept membres du conseil d’administration de la Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania. Ce nombre n’était plus immuable. Ainsi, en 1971, ils étaient 11; pendant quelques années, ils ont été 18; en 1992, ils étaient 12. Tous sont des hommes oints de Dieu pour devenir cohéritiers avec Jésus Christ. Les 12 hommes qui formaient le Collège central en 1992 totalisaient à cette date, à eux tous, plus de 728 années de service à plein temps comme ministres de Jéhovah Dieu.

 Le 6 septembre 1971, il a été décidé que tous les membres du Collège central en présideraient les réunions pendant un an à tour de rôle dans l’ordre alphabétique. Cette mesure est devenue effective le 1er octobre. D’autre part, les membres du Collège central assureraient désormais chaque semaine à tour de rôle la présidence du culte matinal et de l’étude de La Tour de Garde prévus pour les volontaires du siège mondial *. Cela a pris effet le matin du 13 septembre 1971, lorsque Frederick Franz a présidé le culte matinal au siège de la Société à Brooklyn (New York).

Au cours de l’année suivante, les frères ont jeté les bases pour opérer des modifications dans la surveillance des congrégations. Ainsi, les congrégations ont cessé d’avoir seulement un serviteur de congrégation aidé d’un nombre fixe d’autres serviteurs; par contre, des hommes remplissant des conditions requises par la Bible ont été établis anciens. D’autres, remplissant eux aussi des conditions bibliques requises, ont été nommés serviteurs ministériels. Voilà qui a permis qu’un plus grand nombre de frères assument des responsabilités dans leur congrégation et acquièrent ainsi une précieuse expérience. Les Témoins de Jéhovah étaient alors loin de se douter que le nombre des congrégations augmenterait de 156 % au cours des 21 années suivantes, pour atteindre le chiffre de 69 558 en 1992. Mais il était clair que le Chef de la congrégation, le Seigneur Jésus Christ, préparait l’avenir.

Au début des années 70, le Collège central s’est sérieusement penché sur la question de sa propre réorganisation. Depuis l’enregistrement de la Société Watch Tower en 1884, l’édition des publications, la direction de l’œuvre mondiale d’évangélisation, le fonctionnement des écoles et la tenue des assemblées avaient été placés sous la responsabilité du bureau du président de la Watch Tower Bible and Tract Society. Cependant, après une analyse sérieuse de la question et un examen de divers points de détail sur une période de plusieurs mois, le 4 décembre 1975 a été adoptée à l’unanimité une nouvelle mesure: la formation de six comités du Collège central.

Le Comité du président (constitué de trois hommes: le président du Collège central pour l’année en cours, le précédent et le prochain) reçoit les rapports en cas de situation urgente, de catastrophe ou de persécution massive, et il veille à s’occuper rapidement de ces problèmes avec le Collège central. Le Comité de rédaction dirige la préparation de la nourriture spirituelle sous forme écrite, audio ou vidéo destinée aux Témoins de Jéhovah et au public; il surveille le travail de traduction dans des centaines de langues. Le Comité pour l’enseignement a la responsabilité des écoles et des assemblées, y compris les assemblées de district et internationales, pour le peuple de Jéhovah, ainsi que de l’enseignement au sein de la famille du Béthel; il prépare les textes utilisés dans  ces différentes formes d’enseignement. Le Comité pour le service s’occupe de tous les domaines de l’œuvre d’évangélisation, dont l’activité des congrégations et des surveillants itinérants. L’impression, l’édition et l’expédition des publications, le fonctionnement des imprimeries, toutes les affaires juridiques et autres, sont du ressort du Comité d’édition. Enfin, le Comité pour le personnel est chargé d’apporter une aide individuelle et spirituelle aux membres des familles du Béthel; c’est ce comité qui, dans le monde entier, invite de nouveaux membres à entrer dans les familles du Béthel.

D’autres comités se voient confier la surveillance des installations appartenant au siège mondial: imprimeries, bâtiments résidentiels du Béthel et fermes. Dans ces derniers comités, le Collège central utilise largement les capacités des membres de la “grande foule”. — Rév. 7:9, 15.

À également été modifiée la façon dont les filiales de la Société sont dirigées. Depuis le 1er février 1976, chaque filiale a à sa tête un comité de trois membres ou davantage (selon ses besoins et sa taille) qui s’occupent de l’œuvre du Royaume dans leur pays, sous la direction du Collège central.

En 1992, une aide supplémentaire a été apportée au Collège central quand un certain nombre de frères, presque tous membres de la grande foule, ont été invités à participer aux réunions et au travail des comités de rédaction et d’édition, ainsi que des comités pour l’enseignement, pour le service et pour le personnel *.

Cette répartition des responsabilités s’est révélée très bénéfique. En plus des modifications déjà apportées dans les congrégations, elle a permis d’ôter du chemin tout obstacle susceptible de laisser penser à certains que le Christ n’est pas le Chef de la congrégation. Il s’avère des plus avantageux que les questions relatives à l’œuvre du Royaume soient traitées par plusieurs frères. En outre, grâce à cette réorganisation, il a été possible d’apporter la direction nécessaire dans les nombreux domaines où le besoin s’en faisait impérativement sentir en cette période de croissance phénoménale dans l’organisation. Il y a très longtemps, Jéhovah avait annoncé par l’intermédiaire du prophète Ésaïe: “Le petit deviendra un millier, et celui qui est infime une nation forte. Moi, Jéhovah, j’accélérerai cela en son temps.” (És. 60:22). Non seulement il a ‘accéléré cela’, mais il a aussi fourni la direction nécessaire pour que son organisation visible ait les moyens de faire face à une telle accélération.

Les Témoins de Jéhovah s’intéressent avant tout à l’œuvre que Dieu leur a confiée dans les derniers jours du présent monde, et ils sont bien organisés pour l’accomplir. Ils ont sous les yeux la preuve indiscutable que leur organisation n’est pas d’origine humaine, mais qu’il s’agit de l’organisation de Dieu, et que le Fils de Dieu, Jésus Christ, la dirige. Étant Roi, Jésus protégera ses sujets fidèles pendant la grande tribulation imminente et veillera à ce qu’ils soient organisés efficacement pour accomplir la volonté de Dieu au cours du Millénium à venir.

[Notes]

^ § 4 En 1894, frère Russell a pris des dispositions pour que la Zion’s Watch Tower Tract Society délègue dans les congrégations des orateurs qui étaient des frères d’expérience. Ils possédaient des lettres d’introduction pour se présenter aux groupes locaux. Ces documents ne leur conféraient pas l’autorité de prêcher, ni ne signifiaient que tout ce que leur détenteur disait devait être accepté sans être dûment analysé à la lumière de la Parole de Dieu. Toutefois, certaines personnes ayant mal interprété leur raison d’être, moins d’un an plus tard, frère Russell a demandé qu’ils lui soient rendus. Avec sagesse, il s’est efforcé d’éviter quoi que ce soit que des observateurs puissent interpréter comme ayant seulement l’apparence d’un clergé.

^ § 7 La Tour de Garde, octobre-​novembre 1881, pp. 8, 9 (angl.).

^ § 15 Parfois, les Étudiants de la Bible parlaient de leurs groupes locaux comme d’“Églises”, conformément à la terminologie de la King James Version (Bible du roi Jacques). Ils les appelaient aussi “ecclésias”, d’après le terme utilisé dans le texte biblique en grec. Ils employaient pareillement l’expression “classes”, puisqu’ils étaient en fait un ensemble de personnes qui se réunissaient régulièrement pour étudier la Bible. Plus tard, ils se sont appelés “companies” (“groupes” en français), mot qui évoquait leur préoccupation de mener une guerre spirituelle (voir Psaume 68:11, KJ, note). Après la parution des Écritures grecques chrétiennes — Traduction du monde nouveau en 1950, c’est le mot “congrégation”, tiré de la Bible en langue plus moderne, qui est entré en usage chez les Témoins de Jéhovah dans la plupart des pays (en français, “assemblée”, puis “congrégation”).

^ § 17 Littéralement, le mot utilisé dans le texte grec de la Bible, à savoir khéïrotonéô, signifie “tendre, étendre, lever la main”, et, par extension, il pouvait signifier aussi “élire à main levée quelqu’un pour une fonction”. — Dictionnaire grec-​français d’Anatole Bailly, 1950, p. 2132.

^ § 28 Pour plus de détails, voir chapitre 25, “La prédication en public et de maison en maison”.

^ § 34 À partir de 1919, il a été demandé à ceux qui fréquentaient la congrégation, ou classe, de rendre compte chaque semaine à la Société de leur activité de prédication, par l’intermédiaire du directeur du service.

^ § 34 Comme le précisait le dépliant Organization Method (Méthode d’organisation), chaque congrégation devait élire un vice-directeur et un bibliothécaire (responsable du stock). Ces deux hommes constituaient avec le directeur nommé par la Société le comité de service.

^ § 35 La Tour de Garde de janvier 1921, pp. 34-39 (1er juillet 1920 en angl.).

^ § 40 Le comité de service à l’époque ne comptait pas plus de dix membres, dont le directeur du service, qui, lui, n’était pas élu, mais nommé par la Société. Les autres membres collaboraient avec lui pour organiser et effectuer l’œuvre de témoignage.

^ § 42 Pendant quelques années après 1932, on les a appelés les Jonadabs.

^ § 49 Restreindre la signification du verbe grec khéïrotonéô au sens d’‘élire par vote à main levée’ ne tient pas compte du sens qu’a pris ce mot ultérieurement. Ainsi, un dictionnaire grec (A Greek-​English Lexicon, de H. Liddell et R. Scott, édité par Jones et McKenzie et réimprimé en 1968) définit ainsi ce mot: “Lever la main, dans le but de donner son suffrage dans l’assemblée (...). II. Av. acc. de pers. [avec un accusatif de personne], élire, au sens propre à main levée (...). b. Plus tard, dans un sens général, établir, (...) établir à une fonction dans l’Église [présbutérous], Act. Ap. [Actes des Apôtres] 14.23.” Ce dernier usage était courant aux jours des apôtres; ce mot a été utilisé dans ce sens par Josèphe, historien juif du Ier siècle, dans son Histoire ancienne des Juifs, VI, v et xiv. La structure grammaticale elle-​même d’Actes 14:23 dans le texte grec original montre que c’est Paul et Barnabas qui faisaient ce que décrit le texte.

^ § 54 Plus tard cette année-​là (1938), une plaquette de quatre pages intitulée Organization Instructions (Instructions d’organisation) a fourni de plus amples détails. Elle expliquait que les congrégations devaient établir un comité chargé d’agir en leur nom. Ce comité devait jauger les frères en fonction des conditions requises dans les Écritures et faire ses recommandations à la Société. Quand un représentant itinérant de la Société rendait visite à la congrégation, il analysait dans quelle mesure les frères qu’il y rencontrait remplissaient les conditions et avec quelle fidélité ils s’acquittaient des tâches qu’on leur confiait. La Société tenait compte également de ses recommandations pour procéder à une nomination.

^ § 71 Entre 1894 et 1927, les orateurs itinérants envoyés par la Société ont été qualifiés de représentants de la Société de Tracts Tour de Garde, puis de pèlerins. De 1928 à 1936, comme on mettait davantage l’accent sur la prédication, ils ont été appelés directeurs de service régionaux. À partir de juillet 1936, pour bien mettre en évidence le genre de relations qu’ils devaient avoir avec les frères des congrégations, ils ont été appelés serviteurs régionaux. De 1938 à 1941, les serviteurs de zone avaient pour mission de rendre visite à un nombre limité de congrégations les unes après les autres, ce qui les faisait revenir régulièrement dans les mêmes groupes. En 1942, après une interruption d’environ un an, ce service a été rétabli, avec les serviteurs des frères. En 1948, l’expression serviteur de circuit (plus tard, circonscription) a été adoptée; aujourd’hui, on parle de surveillant de circonscription.

Entre 1938 et 1941, les serviteurs régionaux, assumant un nouveau rôle, ont desservi régulièrement de lieu en lieu des assemblées qui réunissaient les Témoins d’une certaine région (ou zone) pour bénéficier d’un programme spécial. Quand leur activité a été rétablie en 1946, ces surveillants itinérants ont été appelés serviteurs de district; aujourd’hui, on parle de surveillants de district.

^ § 72 Cette disposition est entrée en vigueur le 1er octobre 1938. Pendant les années de guerre, il est devenu de plus en plus difficile d’organiser des assemblées, aussi, à la fin de 1941, les assemblées de zone ont été suspendues. Mais elles ont repris en 1946, et on a appelé assemblées de circonscription ces rassemblements de plusieurs congrégations pour recevoir un enseignement spécial.

^ § 84 On retrouve la substance de ces discours dans La Tour de Garde du 15 novembre 1945 (15 octobre et 1er novembre 1944 en angl.).

^ § 102 Plus tard, ils ont confié ces tâches également à d’autres membres de la famille du Béthel désignés à cet effet.

^ § 108 La Tour de Garde, 15 avril 1992, pp. 7-17, 31.

[Entrefilet, page 204]

Pas de place pour un clergé.

[Entrefilet, page 205]

Ils n’essayaient pas de fonder une “organisation terrestre”.

[Entrefilet, page 206]

Comment les anciens étaient-​ils choisis?

[Entrefilet, page 212]

Un directeur nommé par la Société.

[Entrefilet, page 213]

Certains anciens ne voulaient pas prêcher à l’extérieur de la congrégation.

[Entrefilet, page 214]

Le nombre des prédicateurs a baissé, mais l’organisation a été affermie.

[Entrefilet, page 218]

Comment fallait-​il procéder aux nominations?

[Entrefilet, page 220]

Joseph Rutherford cherchait-​il tout simplement à diriger plus étroitement l’organisation?

[Entrefilet, page 222]

Il gardait le contact avec les groupes de deux ou trois personnes comme avec les groupes plus importants.

[Entrefilet, page 223]

De nouvelles responsabilités pour les surveillants itinérants.

[Entrefilet, page 234]

Le Collège central compte davantage de membres qui en assument la présidence à tour de rôle.

[Entrefilet, page 235]

Une direction nécessaire à une époque d’accroissement phénoménal.

[Encadré, page 207]

Pourquoi ce changement?

Interrogé sur son changement de point de vue concernant la façon de choisir les anciens dans les groupes du peuple du Seigneur, Charles Russell a répondu:

“Avant tout, je m’empresse de vous assurer que je n’ai jamais prétendu à l’infaillibilité. (...) Nous ne nions pas avoir progressé en connaissance et voir maintenant de façon légèrement différente la volonté du Seigneur concernant les anciens ou dirigeants dans les petits groupes de son peuple. Notre erreur de jugement a été d’attendre trop des frères bien-aimés qui, ayant accepté les premiers la Vérité, sont devenus naturellement les dirigeants de ces petits groupes. Nous nous faisions d’eux une image idéale: nous pensions que la connaissance de la Vérité les rendrait humbles, leur ferait comprendre combien ils étaient petits, et que, quoi qu’ils sachent et soient capables de présenter aux autres, ils le feraient en porte-parole de Dieu et parce que Dieu les employait. Idéalistes, nous espérions que ces hommes seraient dans tous les sens du terme des exemples pour le troupeau; et que la providence du Seigneur fournirait à chaque petit groupe un ou plusieurs [frères] aussi compétents, sinon plus, pour présenter la Vérité, que l’esprit d’amour les guiderait dans l’honneur pour s’estimer les uns les autres, et ainsi pour s’aider et s’encourager mutuellement à participer au service de l’Église, le corps du Christ.

“Cette pensée à l’esprit, nous avons conclu que les serviteurs du Seigneur recevant et appréciant davantage la grâce et la vérité, il ne serait pas nécessaire qu’ils suivent le modèle laissé par les apôtres de l’Église primitive. Notre erreur a été de ne pas comprendre que les structures mises en place par les apôtres sous la direction divine sont supérieures à toute autre structure conçue par qui que ce soit, et que l’Église dans son ensemble devra suivre les règles instituées par les apôtres jusqu’à ce que, par notre changement à la résurrection, nous soyons tous rendus complets et parfaits et nous trouvions directement associés au Maître.

“Notre erreur nous est apparue au fur et à mesure que nous observions chez les frères bien-aimés, dans une certaine mesure, l’esprit de rivalité, et constations que beaucoup désiraient assumer la direction des réunions comme une fonction honorifique plutôt que comme un service, et par ailleurs privaient et empêchaient de recevoir des responsabilités d’autres frères ayant des capacités naturelles égales, une connaissance de la Vérité égale, et une même aptitude à manier l’épée de l’Esprit.” — “La Tour de Garde” du 15 mars 1906, page 90 (en anglais).

[Encadré/Illustrations, pages 208, 209]

Le bâtiment que la Société utilisait il y a cent ans dans la région de Pittsburgh

La Maison de la Bible, sur cette photographie, a servi de siège aux Étudiants de la Bible pendant 19 ans, de 1890 à 1909 *.

Le cabinet de travail de frère Russell.

Des membres de la famille de la Maison de la Bible qui y travaillaient en 1902.

Dans l’immeuble se trouvaient cet atelier de typographie et de composition (ci-dessus à droite), un service d’expédition (ci-contre à droite), une réserve de publications, des chambres pour les volontaires, et un lieu de culte (salle d’assemblées) d’environ 300 places.

[Note de l’encadré]

^ § 162 En 1879, le siège se situait au numéro 101 de la Cinquième Avenue à Pittsburgh (Pennsylvanie). En 1884, les bureaux ont été transférés au 44 Federal Street, Allegheny (dans le nord de Pittsburgh), puis, plus tard dans la même année, au 40 Federal Street. (Adresse devenue, en 1887, 151 Robinson Street.) Quand les locaux sont devenus trop petits, en 1889 frère Russell a fait construire la Maison de la Bible (voir ci-contre à gauche) au 56-60 Arch Street, Allegheny. (Adresse changée plus tard en 610-614 Arch Street.) Pendant une courte période entre 1918 et 1919, les Étudiants de la Bible ont de nouveau eu leur bureau principal à Pittsburgh, au deuxième étage d’un bâtiment sis au 119 Federal Street.

[Encadré, page 211]

De qui est-​ce l’œuvre?

Vers la fin de sa vie terrestre, Charles Russell a écrit: “Trop souvent le peuple de Dieu oublie que le Seigneur lui-​même est à la tête de son œuvre. Trop souvent on pense: Nous ferons une œuvre et Dieu collaborera avec nous dans cette œuvre. Adoptons le bon point de vue sur la question; et comprenons que c’est Dieu qui a prévu une grande œuvre et la mène à bien; qu’elle s’accomplira, nullement grâce à nous ou à nos efforts; que les serviteurs de Dieu ont le grand privilège de collaborer avec leur Auteur à l’aboutissement de ses projets, de ses desseins, de ses dispositions, et de ses voies. En voyant les choses de ce point de vue, quand nous prions et nous tenons aux aguets ce doit être dans l’intention d’apprendre à faire la volonté du Seigneur, quel que soit notre lot, puisque c’est notre Dieu qui nous conduit. Tel est le programme que la Watch Tower Bible and Tract Society cherche à suivre.” — “La Tour de Garde” du 1er mai 1915 (en anglais).

 [Encadré, page 215]

Les questions VDM

Les lettres VDM représentent les mots latins “Verbi Dei Minister”, ce qui veut dire Ministre de la Parole de Dieu.

En 1916, la Société a dressé une liste de questions portant sur des thèmes bibliques. Elle a demandé à ceux qui voulaient la représenter en qualité d’orateurs de répondre par écrit à toutes ces questions. Cela lui permettrait de connaître les pensées, les opinions et la compréhension qu’avaient ces frères en ce qui concernait des vérités bibliques fondamentales. Au bureau de la Société, un comité d’examinateurs était chargé de lire attentivement les réponses écrites. Pour être jugés aptes à être orateurs, les frères devaient obtenir une note égale ou supérieure à 85 sur 100.

Par la suite, de nombreux anciens, des diacres et d’autres Étudiants de la Bible ont demandé s’ils pouvaient obtenir une liste de ces questions. Quelque temps plus tard, la Société a dit qu’il serait utile que les classes choisissent comme représentants seulement des personnes qui avaient passé avec succès leur examen de VDM.

Quand la Société décernait le statut de Ministre de la Parole de Dieu à un frère, cela ne signifiait pas qu’il était ordonné. Cela voulait simplement dire que le comité d’examinateurs du bureau de la Société s’était assuré de l’état de sa connaissance doctrinale et, dans une mesure raisonnable, de sa réputation, puis avait conclu qu’il était digne d’être appelé Ministre de la Parole de Dieu.

Les questions VDM étaient les suivantes:

1. Quelle fut la première création de Dieu?

2. Quelle est la signification du terme “Logos”, lorsque ce titre désigne le Fils de Dieu? Que signifient les termes Père et Fils?

3. Quand et comment le péché entra-​t-​il dans le monde?

4. Quel est le châtiment du péché que Dieu infligea aux pécheurs? Qui sont les pécheurs?

5. Pourquoi fut-​il nécessaire que le “Logos” soit fait chair? Fut-​il incarné?

6. Quelle fut la nature de l’homme Jésus Christ depuis son enfance jusqu’à sa mort?

7. Quelle est la nature de Jésus depuis sa résurrection? Quelle est sa situation par rapport à Jéhovah le Père?

8. Quelle est l’œuvre que Jésus accomplit au cours de l’âge de l’Évangile, depuis la Pentecôte jusqu’à aujourd’hui?

9. D’une part, qu’est-​ce que Jéhovah Dieu a fait pour les humains jusqu’à aujourd’hui? D’autre part, qu’a fait Jésus pour eux?

10. Quels sont les plans de Dieu à l’égard de l’Église, lorsque ses membres seront au complet?

11. Quels sont en outre les plans de Dieu à l’égard des humains?

12. Quel sera le sort des humains entièrement incorrigibles?

13. Quelles seront la récompense ou les bénédictions qui seront accordées au monde des humains en vertu de leur obéissance au Royaume du Messie?

14. Quelles démarches un pécheur doit-​il faire pour nouer des relations vitales avec le Christ et avec le Père céleste?

15. Lorsqu’un chrétien a été engendré du saint esprit, quelle est la voie qu’il doit suivre, selon la Parole de Dieu?

16. Vous êtes-​vous détourné du péché pour servir le Dieu vivant?

17. Avez-​vous entièrement consacré votre vie, toutes vos forces, tous vos talents, au Seigneur et à son service?

18. Avez-​vous symbolisé cette consécration par l’immersion dans les eaux du baptême?

19. Avez-​vous fait le vœu de sainteté de vie tel que l’a formulé l’AIÉB [Association internationale des Étudiants de la Bible]?

20. Connaissez-​vous à fond la doctrine exposée dans les “Études des Écritures”?

21. Cette lecture vous a-​t-​elle apporté beaucoup de lumière, et en avez-​vous retiré un grand profit?

22. Croyez-​vous posséder une solide et durable connaissance de la Bible qui vous permettra d’être un serviteur du Seigneur plus utile qu’auparavant, pendant le reste de votre vie?

[Encadré/Illustrations, pages 216, 217]

Les bâtiments utilisés au début de l’œuvre à Brooklyn

Le Béthel

122-124 Columbia Heights

La salle à manger du Béthel

Le Tabernacle

Ce bâtiment, situé au 17 Hicks Street (et qui a servi de 1909 à 1918), abritait des bureaux, une réserve de publications, un service de courrier, du matériel de typographie, et une salle de réunion de 800 places.

La salle de réunion

Les premières imprimeries

Des membres de la famille du Béthel qui travaillaient à l’imprimerie de Myrtle Avenue en 1920 (ci-contre à droite).

35 Myrtle Avenue (1920-​1922)

18 Concord Street (1922-​1927)

117 Adams Street (1927- )

 [Encadré/Illustrations, pages 224, 225]

Quelques surveillants itinérants parmi les milliers qui ont servi au fil des ans

Canada, 1905-​1933

Angleterre, 1920-​1932

Finlande, 1921-​1926, 1947-​1970

États-Unis, 1907-​1915

Moyens de transport d’une congrégation à l’autre:

Groenland

Venezuela

 Lesotho

Mexique

Pérou

Sierra Leone

Logement mobile en Namibie

Prédication avec d’autres Témoins au Japon.

Réunion avec des anciens en Allemagne.

Conseils pratiques aux pionniers à Hawaii.

Enseignement dans une congrégation de France.

[Encadré/Illustration, page 229]

Les premières associations déclarées

Zion’s Watch Tower Tract Society (Société de Tracts Tour de Garde de Sion). Formée en 1881, puis enregistrée légalement le 15 décembre 1884 dans l’État de Pennsylvanie. En 1896, son nom a été changé en celui de Watch Tower Bible and Tract Society (Tour de Garde, Société de Bibles et de Traités). Depuis 1955, elle porte le nom Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania.

Peoples Pulpit Association (Association de la Tribune du peuple). Formée en 1909 lorsque la Société a transféré ses bureaux principaux à Brooklyn (New York). En 1939, son nom a été changé en celui de Watchtower Bible and Tract Society, Inc. Depuis 1956, elle porte le nom Watchtower Bible and Tract Society of New York, Inc.

International Bible Students Association (Association internationale des Étudiants de la Bible). Enregistrée en Angleterre, à Londres, le 30 juin 1914.

Pour satisfaire aux exigences légales, dans de nombreux pays les Témoins de Jéhovah ont formé d’autres associations. Mais ils n’en sont pas pour autant divisés en organisations nationales ou régionales. Ils constituent une famille internationale de frères unis.

[Encadré, page 234]

‘Semblables à la communauté chrétienne primitive’

La revue religieuse “Interpretation” a déclaré en juillet 1956: “Dans leur organisation et leur œuvre de témoignage, ils [les Témoins de Jéhovah] sont ceux qui ressemblent plus que tout autre groupe à la communauté chrétienne primitive. (...) Peu d’autres groupements font autant qu’eux usage de la Bible dans leurs messages, oraux ou écrits.”

[Illustration, page 210]

Des filiales ont été ouvertes pour mieux diriger l’œuvre. La première a été celle de Londres, qui a occupé ce bâtiment.

[Illustration, page 221]

Joseph Rutherford en 1941. Les Témoins savaient qu’il n’était pas leur chef.

[Illustration, page 226]

John Booth, surveillant itinérant aux États-Unis de 1936 à 1941.

[Illustration, page 227]

Carey Barber, dont le district couvrait une grande partie des États-Unis.

[Illustration, page 228]

Frère Knorr rendait régulièrement visite à toutes les filiales et maisons de missionnaires.

[Illustration, page 230]

Les principaux surveillants des filiales de la Société ont été réunis pour recevoir une formation spéciale (New York, 1958).

[Illustrations, page 231]

L’École du ministère du Royaume a fourni un enseignement précieux aux surveillants du monde entier.

L’École du ministère du Royaume dans un camp de réfugiés en Thaïlande, 1978; aux Philippines, 1966 (en haut à gauche).

[Illustrations, page 232]

Des instructions relatives à l’organisation ont paru peu à peu (d’abord en anglais, puis dans d’autres langues) afin de coordonner l’activité des Témoins et de tous les informer des dispositions prises pour les aider dans leur ministère.