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Allemagne

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L’ALLEMAGNE est un carrefour international. Quinze millions de touristes étrangers y viennent chaque année. Beaucoup passent leurs vacances dans les Alpes bavaroises, en Forêt-Noire, au bord du Rhin magnifique, ou en ville, à visiter les centres culturels. D’autres sont amenés à se déplacer dans ce pays à cause des affaires. L’Allemagne est l’un des plus grands marchés internationaux ; elle commerce avec le monde entier. Pendant des années, son économie prospère a attiré tant de travailleurs étrangers que la physionomie de la population des grandes villes s’en est trouvée changée. Cela a également eu une incidence sur le ministère des Témoins de Jéhovah.

Le ministère des Témoins de Jéhovah avait déjà subi des changements, graves cette fois, à la suite d’événements qui se sont produits au cours de la Seconde Guerre mondiale et à la fin de celle-ci. En effet, sous la dictature d’Adolf Hitler, les Témoins ont fait l’objet d’attaques virulentes et prolongées. Avec la bénédiction des clergés catholique et protestant, Hitler avait juré d’exterminer les Ernste Bibelforscher (Étudiants sérieux de la Bible), comme on appelait alors les Témoins de Jéhovah en Allemagne. Mais ces derniers n’ont pas transigé avec leur foi. Ils sont restés fermes face à une persécution sans pitié.

Douze ans après avoir interdit les Témoins de Jéhovah en Allemagne, Hitler et son parti politique avaient  disparu. En revanche, les Témoins de Jéhovah s’affairaient à parler autour d’eux du Royaume de Dieu et de sa signification pour les humains. Ce qu’ils ont vécu durant la période nazie et l’attitude qu’ils ont adoptée ont toujours valeur de témoignage, à présent pour le monde entier.

Quel est donc le secret de la victoire des Témoins ? Cette victoire n’est pas due à un trait de génie. Elle n’est pas due non plus à leur nombre. Pour toute l’Allemagne, les Témoins de Jéhovah étaient moins de 20 000 au début de la Seconde Guerre mondiale, alors que la puissance nazie était, elle, colossale. L’explication tient dans cette déclaration que Gamaliel, un sage enseignant, a faite il y a fort longtemps et qui figure dans la Bible : “ Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle sera renversée ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les renverser. ” (Actes 5:34-39). Les Témoins de Jéhovah allemands sont restés fidèles à Dieu, même lorsqu’ils étaient menacés de mort. Jéhovah, quant à lui, a respecté sa promesse : il ‘ n’a pas quitté ses fidèles ’. — Ps. 37:28.

Ils tirent profit des perspectives d’après-guerre

Ceux qui avaient survécu à ces années de guerre se rendaient compte du travail qu’il y avait à effectuer. Les événements qu’ils venaient de vivre accomplissaient en partie et sans aucun doute possible la prophétie que Jésus avait énoncée concernant le signe de sa présence et l’achèvement du système de choses. Plongés au cœur d’une guerre sans précédent dans l’Histoire, ils ont su ce que voulait dire endurer la tribulation, être livré, être les objets de la haine des nations et être tué. Ils ont souffert des disettes prédites. Les gens devaient être informés de la signification de ces événements. Les Témoins de Jéhovah n’ont jamais cessé de prêcher, même quand ils étaient dans les camps de concentration. Ils connaissaient cette prédiction de Jésus : “ Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans toute la terre habitée, en témoignage pour toutes les nations. ” (Mat.  24:3-14). Il y avait encore beaucoup à faire et ils désiraient vivement poursuivre cette œuvre.

Après la guerre, les Témoins allemands ont rapidement réorganisé l’œuvre de proclamation du Royaume. Erich Frost, libéré après neuf années d’incarcération, a tout de suite pris des dispositions pour que des frères mûrs visitent, restructurent et fortifient les congrégations. Certains Témoins étaient si affaiblis par la faim qu’ils avaient des malaises durant les réunions, mais ils voulaient absolument être présents pour bénéficier de la nourriture spirituelle. Le lendemain de sa libération, Gertrud Poetzinger a marché toute la journée en direction de Munich dans l’espoir d’y retrouver son mari. Pourtant, le soir, lorsque des personnes aimables lui ont offert nourriture et logement, elle leur a expliqué jusqu’à plus de minuit les desseins de Jéhovah. Une fois libre, Konrad Franke a aussitôt entrepris le service de pionnier, alors qu’il n’avait pour tout vêtement que sa tenue de prisonnier.

En 1947, 15 856 Témoins allemands prêchaient de nouveau publiquement et faisaient savoir avec hardiesse que le Royaume  de Dieu est le seul espoir de paix et de sécurité durables. Jéhovah a béni leur prédication zélée. En mai 1975, 30 ans après la fin de la guerre, l’Allemagne de l’Ouest comptait 100 351 proclamateurs actifs du Royaume.

Durant cette période, l’œuvre de témoignage ne s’est pas limitée aux Allemands. Les Témoins d’Allemagne pleins de zèle ont constaté que leur activité concernait des gens de nombreuses nations. Comment cela ?

Le service missionnaire à domicile

La période d’expansion économique qu’a connue l’Allemagne a exigé, au milieu des années 50, le recrutement à l’étranger de Gastarbeiter, c’est-à-dire de “ travailleurs invités ”. Beaucoup sont venus d’Espagne, de Grèce, d’Italie, du Portugal, de Turquie et de la Yougoslavie d’alors. En 1972, la main-d’œuvre étrangère dépassait largement les 2 100 000 immigrés.

Après la marée de travailleurs invités venus de 1950 à 1970 environ, c’est une vague de réfugiés africains et asiatiques qui a balayé l’Allemagne des années 80. Les années 90 ont vu à leur tour affluer des réfugiés d’Europe de l’Est et des Balkans. Les textes de lois offrant à ce moment-​là l’asile politique avec générosité, l’Allemagne est devenue le pays européen possédant le plus grand nombre de résidents étrangers.

Les Témoins de Jéhovah ont vu en cette population émigrée un excellent territoire missionnaire à domicile. Ils ont pensé avec enthousiasme qu’il était de leur devoir de lui communiquer la bonne nouvelle, car, d’une part, “ Dieu n’est pas partial ”, et, d’autre part, ces gens déracinés avaient sans doute besoin de la consolation que seule la Parole de Dieu peut apporter (Actes 10:34, 35 ; 2 Cor. 1:3, 4). Mais s’adresser à 7 500 000 étrangers dans leur langue d’origine n’a pas été simple !

 De nombreux Témoins allemands ont appris une langue étrangère pour communiquer plus efficacement les vérités bibliques. Ils prouvent ainsi de fort belle manière qu’ils aiment véritablement leur prochain, à l’image de ce que Jésus a enseigné à ses disciples (Mat. 22:39). La plupart d’entre eux ne pouvaient être missionnaires à l’étranger ; c’est pourquoi, quand l’occasion de goûter à ce service s’est offerte dans leur pays, ils se sont empressés d’en tirer pleinement profit. C’est ainsi qu’en août 1998 plus de 23 600 prédicateurs appartenant à 371 congrégations et à 219 groupes, tous d’expression étrangère, annonçaient la bonne nouvelle. On s’en doute, le but des congrégations d’expression étrangère n’est pas de mettre les étrangers à part : elles ont été formées pour permettre à ceux qui ont une connaissance insuffisante de l’allemand d’apprendre la vérité dans leur langue maternelle. Nombre de proclamateurs l’ont expérimenté : une seconde langue peut parler à l’intelligence, mais c’est souvent la langue maternelle qui touche le cœur.

Si certaines classes de gens n’acceptent pas les étrangers et les maltraitent, les Témoins de Jéhovah, eux, les accueillent avec un amour chrétien authentique. L’albanais, l’amharique, l’arabe, le chinois, l’hindi, le hongrois, le japonais, le persan, le roumain, le tamoul, le tigrinya et le vietnamien sont quelques-unes des 24 langues, outre l’allemand, dans lesquelles les Témoins de Jéhovah tiennent régulièrement leurs réunions. Lors de l’assemblée de district “ L’enseignement divin ” organisée en 1993, les sessions étrangères représentaient environ 10 % des 194 751 assistants et presque 14 % du total des baptêmes.

Au nombre de ceux qui ont fait bon accueil au message du Royaume figure une famille hindoue qui a fui Sri Lanka en 1983 à cause de la guerre et dans l’espoir de trouver un traitement médical pour leur fils âgé de six ans. Malheureusement, le petit n’a pas survécu. Toutefois, la famille a découvert Jéhovah, Celui qui relèvera les morts et qui leur accordera la possibilité de  vivre éternellement (Actes 24:15). Citons aussi le cas d’une Nigériane. Adolescente, elle avait fait la guerre du Biafra. En Allemagne, sa vie a changé quand elle a appris que Jéhovah enseigne à son peuple à vivre en paix. — Is. 2:3, 4.

Chez les Italiens qui sont devenus Témoins de Jéhovah en Allemagne, il n’est pas rare d’entendre ce proverbe : “ Non tutti i mali vengono per nuocere(À quelque chose malheur est bon). C’est bien vrai ! Nombre de ces Italiens, comme d’autres étrangers, sont venus en Allemagne pour échapper à des problèmes économiques et y ont trouvé quelque chose dont la valeur dépasse celle des biens matériels : la vérité sur Jéhovah et sur ses desseins.

Cette activité zélée déployée par les Témoins n’est pas passée inaperçue. Pour preuve, la lettre suivante reçue par la congrégation de Halberstadt : “ Nous sommes le centre d’accueil principal des demandeurs d’asile. Ici, nous nous occupons en moyenne de personnes de plus de 40 nationalités différentes [...]. Ces gens aux cultures variées ont laissé derrière eux des membres de leur famille, leur pays, leur langue et leurs traditions. Ils ont souvent subi des épreuves traumatisantes et leur avenir n’est pas assuré. [...] C’est pourquoi beaucoup se tournent vers la religion pour trouver un soutien et un espoir. Soyez remerciés pour votre don généreux [des bibles en différentes langues]. En lisant la Bible dans leur langue d’origine ils pourront trouver du réconfort et de l’assurance. ”

Quelques groupes d’expression étrangère

ANGLAIS : Les congrégations anglaises aident les réfugiés du Nigeria, du Ghana, de Sri Lanka, d’Inde et d’autres pays. Steven Kwakye, un Ghanéen, a bénéficié de cette aide. En Allemagne, lorsqu’un homme originaire du Bengladesh lui a confié  qu’il cherchait à éviter les Témoins, Steven lui a plutôt suggéré de les envoyer vers lui. Dans sa jeunesse, Steven avait rencontré un Témoin au Ghana. Maintenant qu’il n’avait plus à subir les pressions de ses proches, il voulait en savoir davantage. Aujourd’hui, il est ancien et sa famille sert Jéhovah à ses côtés.

TURC : Rasim pratiquait toujours l’islam tandis que sa femme et ses fils étaient Témoins depuis plus de dix ans. Mais il a appris que l’interprétation du Coran était si différente d’une mosquée à l’autre que certains musulmans n’allaient jamais dans une autre mosquée que la leur. Alors qu’il voyageait en Turquie, il a assisté aux offices d’une mosquée et à une réunion des Témoins de Jéhovah. À la mosquée, il s’est rendu compte que les interprétations n’étaient pas les mêmes qu’en Allemagne. L’unité faisait défaut. Mais, de retour en Allemagne, il a dit : “ On trouve le même amour et le même enseignement dans cette Salle du Royaume que dans celle de Turquie. C’est la vérité. ”

HINDI : En 1985, deux Témoins ont frappé à la porte de Sharda Aggarwal au moment même où elle finissait de prier pour trouver un dieu devant qui s’épancher. Son mari avait le cancer du poumon. Elle était déprimée, pensant que les divinités hindoues ignoraient ses prières. Elle a demandé aux Témoins si Jésus était Dieu. L’explication qu’elle a reçue l’a convaincue que sa prière avait été entendue. Jéhovah correspondait au genre de dieu qu’elle voulait connaître. Bien qu’au début elle ait hésité à abandonner ses divinités hindoues de crainte de leur déplaire, elle a vite jeté leurs représentations et a accepté Jéhovah comme étant le vrai Dieu. Elle s’est fait baptiser en 1987. Elle est à présent pionnière permanente, heureuse de servir un Dieu personnel en qui elle peut se confier. Son mari et son fils sont tous deux assistants ministériels. — Ps. 62:8.

POLONAIS : En 1992, une congrégation polonaise a été fondée à Berlin et, la même année, une assemblée spéciale d’un  jour était organisée en polonais. Même si elle avait lieu dans une région d’Allemagne où beaucoup d’habitants sont d’origine polonaise, personne ne s’attendait à voir la Salle d’assemblées, la Salle du Royaume voisine et la cafétéria pleines à craquer. L’assistance s’est élevée à 2 523 personnes ! C’était à peine croyable. Certains assistants polonais fréquentaient des congrégations allemandes, mais ils étaient là, ravis que l’œuvre du Royaume s’ouvre aux Polonais d’Allemagne et très heureux aussi de pouvoir écouter les vérités bibliques dans leur langue maternelle.

 Même des groupes russe, serbo-croate et chinois !

RUSSE : La guerre froide terminée, beaucoup de ceux qui étaient d’origine allemande, mais qui avaient grandi en Russie et parlaient russe, sont retournés vivre dans le pays de leurs ancêtres. D’autre part, il y avait des soldats de l’armée soviétique en poste dans l’ex-Allemagne de l’Est, ainsi que leur famille. Tous les humains naissent avec un besoin de spiritualité, et le leur n’était pas satisfait.

Les Schlegel, famille d’origine allemande, ont quitté la Crimée (Ukraine) pour retrouver en 1992 le pays de leurs pères. C’est là qu’ils ont été contactés par une femme venue d’Ouzbékistan et devenue Témoin de Jéhovah en Allemagne. Après avoir étudié la Bible, toute la famille s’est fait baptiser.

Sergeï et sa femme Jenia étaient athées. Mais quand on leur a fait lire dans la Bible la réponse à leurs questions, en particulier celles concernant l’avenir, ils ont été étonnés. Avec humilité, ils ont accru leur foi en Jéhovah et ont apporté les changements nécessaires dans leur vie, même si, pour Sergeï, cela signifiait changer de travail et renoncer à une pension qu’il aurait bientôt pu toucher.

Marina, infirmière dans un hôpital militaire, cherchait quel pouvait être le but de la vie. Dès qu’elle a eu en main le livre Vous pouvez vivre éternellement sur une terre qui deviendra un  paradis, elle l’a lu et s’est rendu compte qu’elle venait de trouver ce qu’elle cherchait. De retour en Russie, elle est allée encourager des personnes qui avaient étudié la Bible avec les Témoins de Jéhovah en Allemagne, et elle s’est rapidement mise à poursuivre le but de sa vie : le service de pionnier.

En août 1998, il y avait 31 congrégations et 63 groupes, tous d’expression russe, comptant au total 2 119 proclamateurs, soit 27 % d’accroissement sur l’année précédente.

SERBO-CROATE : Johann Strecker, surveillant itinérant dans le territoire serbo-croate, rapporte que l’ex-Yougoslavie était composée d’au moins 16 nationalités. “ C’est merveilleux de constater à quel point la vérité les unit maintenant ”, déclare-​t-​il. Quand Munib, musulman et soldat dans l’armée yougoslave pendant huit ans, a assisté à une réunion des Témoins de Jéhovah pour la première fois, il y a vu des Croates, des Serbes et d’anciens musulmans réunis en paix. Il n’en croyait pas ses yeux ! Il a fréquenté la congrégation pendant un mois, simplement pour observer. Quand il a été convaincu que la paix et l’unité qui règnent chez les Témoins sont réelles, il a accepté d’étudier la Bible. Il s’est fait baptiser en 1994.

Rosanda, une catholique croate qui avait vécu plusieurs années dans un couvent, était allée rendre visite à des membres de sa famille devenus Témoins en Allemagne. Elle a assisté avec eux à l’École du ministère théocratique et à la réunion de service. “ Vous détenez la vérité, a-​t-​elle reconnu. Je m’étais toujours demandé comment les premiers chrétiens prêchaient l’Évangile. Quand j’ai vu les deux sœurs sur l’estrade, la façon dont l’une prêchait à l’autre, cette pensée a jailli dans mon esprit : ‘ C’est certainement de cette manière qu’ils s’y prenaient. ’ ” Aujourd’hui elle est pionnière et suit leur exemple.

Des Témoins allemands avaient appris les langues parlées en ex-Yougoslavie pour donner le témoignage aux différentes  communautés. Certains d’entre eux sont allés servir dans ces pays dès que cela a été possible.

CHINOIS : L’œuvre dans le territoire chinois n’a commencé que récemment. “ La majorité des gens qui viennent de Chine n’ont jamais entendu parler de nous et ont encore moins lu la Bible ”, explique Egidius Rühle, ancien missionnaire à Taïwan. Et d’ajouter : “ Comme les Chinois en général ont soif d’apprendre, ils absorbent la connaissance comme une éponge sèche s’imbibe d’eau. ”

Lorsque la 12classe de l’École de formation ministérielle a été présentée à la famille du Béthel de Selters en octobre 1996, qu’il a été agréable de découvrir le premier élève chinois en Allemagne, pays où il avait appris la vérité ! En ce qui le concerne, il a donné le témoignage à une femme, professeur de géologie, et lui a offert le livre La vie : comment est-​elle apparue ? Évolution ou création ? Elle l’a lu en moins d’une semaine. À présent, elle n’enseigne plus l’évolution ; elle dirige des études bibliques à domicile. Fin 1996, elle en dirigeait 16 !

Ils communiquent avec zèle ce qu’ils ont appris

Ce sont, littéralement parlant, des centaines de résidents étrangers qui ont connu la vérité en Allemagne au cours de ces années, puis qui sont retournés dans leur pays natal pour y prêcher la bonne nouvelle. Nombre d’entre eux sont aujourd’hui anciens ou assistants ministériels, ou ont d’autres responsabilités. Petros Karakaris est membre de la famille du Béthel de Grèce ; Mamadou Keita est missionnaire au Mali ; Paulin Kangala, surnommé Pepe, est missionnaire en République centrafricaine avec sa femme Anke.

Depuis le début des années 90, plus de 1 500 prédicateurs grecs sont retournés dans leur pays, certains étant des anciens qualifiés. D’autres sont allés en Suède, en Belgique, en Angleterre, au Canada, pour y donner le témoignage aux populations  de langue grecque. Malgré cela, l’Allemagne est probablement le pays qui compte le plus de prédicateurs d’expression grecque, à l’exception de la Grèce.

Que se passait-​il en Allemagne de l’Est ?

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne était occupée par les forces militaires de la Grande-Bretagne, des États-Unis, de la France et de l’Union soviétique. La nation vaincue fut partagée en quatre zones d’occupation et chacune des puissances victorieuses se vit confier l’administration d’une zone. (Berlin, la capitale, fut elle aussi divisée en quatre zones d’occupation.) La zone d’occupation soviétique se situant à l’est du pays, on l’appela communément zone est. En 1949, la souveraineté fut restituée à cette partie de l’Allemagne qui devint alors la République démocratique allemande. Mais dans la réalité, on remplaça l’expression “ zone est ” par Allemagne de l’Est. Lorsque les trois zones restantes devinrent la République fédérale allemande en 1955, l’usage populaire l’emporta et on l’appela dès lors Allemagne de l’Ouest.

Après la chute de l’État nazi, les Témoins de Jéhovah de la zone est ont aussitôt organisé des réunions publiques et commencé à prêcher avec zèle. En juin 1949, plus de 17 000 Témoins ont remis un rapport d’activité. Cependant, cette période de soulagement allait être de courte durée. Les réunions ont de nouveau été interdites par la police et les publications confisquées. On a même bloqué les routes pour empêcher les Témoins d’assister à une assemblée de district et des frères ont été arrêtés. L’œuvre a été officiellement interdite le 31 août 1950. Les Témoins d’Allemagne de l’Est ont de nouveau été contraints à la clandestinité, cette fois par un régime communiste, et ils n’allaient pas en sortir avant presque 40 ans.

Au début de l’interdiction, la persécution était très rude. En 1990, on a pu lire ce qui suit dans le quotidien allemand Berliner Morgenpost : “ Entre 1950 et 1961 [année où fut construit  le mur], les autorités est-allemandes ont arrêté 2 891 Témoins de Jéhovah ; 2 202 d’entre eux, dont 674 femmes, ont été traduits devant les tribunaux et condamnés, au total, à 12 013 années de prison. Trente-sept hommes et 13 femmes sont morts durant leur incarcération, à la suite de mauvais traitements, de maladie, de malnutrition ou de vieillesse. Douze hommes ont été condamnés à la prison à vie, puis ont eu leur peine commuée en 15 ans de réclusion. ”

Mais ce n’était qu’un début, puisque l’interdiction a duré 40 ans. Les Témoins ont connu quelques périodes de répit apparent, interrompues par des intrusions dans les foyers et des arrestations massives. Bien qu’il y ait quelques doutes sur l’exactitude des chiffres, les archives des Témoins de Jéhovah font état de 4 940 emprisonnements dans 231 établissements au cours des années d’interdiction est-allemande.

On se réunit prudemment

Même dans des circonstances aussi difficiles, les Témoins de Jéhovah trouvent généralement un moyen d’obtenir des publications pour étudier la Bible. Des centaines de frères et sœurs ont courageusement risqué leur liberté et parfois même leur vie pour que la nourriture spirituelle soit fournie. Dans ce domaine, les sœurs ont souvent joué un rôle essentiel. Avant que le mur de Berlin ne soit construit en 1961, elles allaient chercher des publications au bureau des Témoins de Jéhovah, qui se trouvait dans le secteur ouest de Berlin. Mais certains messagers ont été arrêtés quand des espions est-allemands ont entrepris de surveiller le bureau pour découvrir qui ramenait les publications. Aussi a-​t-​on mis au point d’autres tactiques : les sœurs allaient cette fois chercher les publications au domicile de frères berlinois. Bien que quelques messagers aient été arrêtés, traînés devant les tribunaux et condamnés à des peines de prison, le flot de nourriture spirituelle n’a jamais tari.

 Allait-​on pouvoir organiser des réunions dans de telles circonstances ? Certains étaient un peu inquiets au début, ce qui se comprend. Mais les Témoins ont pris conscience qu’il est important de se rassembler avec ses compagnons chrétiens pour rester spirituellement fort (Héb. 10:23-25). Par prudence, ils ont décidé d’organiser les réunions par petits groupes. Pour des raisons de sécurité, ils ne s’appelaient que par leur prénom. De plus, les réunions avaient souvent lieu la nuit tombée, à des endroits et à des jours différents. L’été, elles ne pouvaient pas commencer avant 22 heures. Néanmoins, les frères ont accepté toutes ces dispositions sans sourciller.

Il était impossible d’utiliser les Salles du Royaume. Toutefois, en Saxe, un fermier a proposé avec gentillesse sa grange comme lieu de réunion. La porte de derrière donnait sur un sentier dissimulé par des fourrés. Cette grange, éclairée à la bougie, a accueilli tout un hiver un groupe d’une vingtaine de personnes. Peu après, ce fermier est lui aussi devenu Témoin.

Le plus important était d’organiser la célébration du Repas du Seigneur. Manfred Tamme se souvient d’un jour où il a fourni les emblèmes pour le Mémorial à quelques frères emprisonnés. “ J’ai rempli un flacon de lotion capillaire avec du vin, dit-​il, et j’ai demandé qu’on le transmette à un frère dans sa cellule. Après avoir ouvert le flacon pour en sentir le contenu, le fonctionnaire a demandé : ‘ Ce truc-​là est censé empêcher la chute des cheveux ? ’ ‘ En tout cas, c’est ce qui est écrit sur le flacon ’, ai-​je répondu. Il a revissé le bouchon et a remis le flacon au frère en question ! ”

Ils apprennent à prêcher sous l’interdiction

La bonne nouvelle du Royaume de Dieu n’a cessé d’être prêchée en Allemagne de l’Est. Les frères commençaient souvent leurs conversations en faisant allusion à la Bible, qui n’était pas frappée d’interdiction. Comme ils avaient peu, voire pas, de publications à proposer, ils discutaient de divers sujets en  se servant de chaînes de versets bibliques. Il était bien sûr dangereux de prêcher. Chaque journée de prédication pouvait être le dernier jour de liberté. Les Témoins ont fait de la prière leur “ compagnon permanent ”, comme l’a confié l’un d’eux, en ajoutant : “ Grâce à la prière nous ressentions la paix de l’esprit et nous étions calmes. Nous n’avions jamais l’impression d’être seuls. Cependant, une vigilance constante était indispensable. ”

Malgré toutes les précautions, il arrivait parfois de se trouver nez à nez avec la police. Un jour, alors que Hermann et Margit Laube allaient à des adresses fournies par des personnes qu’ils connaissaient déjà, ils ont remarqué un uniforme d’agent de police accroché au portemanteau, derrière l’homme qui leur avait ouvert la porte. Margit est devenue pâle ; Hermann avait des palpitations. Ils ont prié en silence. Cette rencontre allait sûrement se terminer par la prison ! “ Qui êtes-​vous ? ”, a demandé abruptement l’homme. Margit a pris la parole. “ Je suis sûre de vous avoir déjà rencontré quelque part, a-​t-​elle dit, mais je ne me rappelle pas où. C’est ça ! vous êtes agent de police. Je dois vous avoir vu dans l’exercice de vos fonctions. ” Sur ce, il a demandé, sur un ton plutôt amical : “ Êtes-​vous Témoins de Jéhovah ? ” “ Oui, a répondu Hermann, et reconnaissez qu’il nous faut du courage pour frapper à votre porte. Nous nous intéressons à vous personnellement. ” Il les a fait entrer. Après plusieurs visites, une étude de la Bible a commencé. Plus tard, cet homme est devenu un frère chrétien.

L’œuvre de prédication avait également lieu en prison. Wolfgang Meise était incarcéré à Waldheim. Un jour, il a reçu une lettre de sa femme, dans laquelle elle lui disait qu’elle était allée “ à Berlin boire un délicieux potage Knorr ”. (Knorr est une marque de potages très répandue en Allemagne.) Wolfgang en a profité pour expliquer à son codétenu qu’en fait, elle avait assisté à une assemblée à Berlin et que Nathan Knorr, président de la Société Watch Tower, y avait pris la parole. L’homme n’a  jamais oublié la joie qui faisait pétiller les yeux de Wolfgang tandis qu’il expliquait la lettre de sa femme. Environ 14 ans plus tard, cet homme, installé en Allemagne de l’Ouest, a commencé à étudier la Bible, puis s’est fait baptiser deux ans plus tard à Würzburg.

Hildegard Seliger, qui avait déjà passé de nombreuses années dans les camps de concentration nazis, a été condamnée à dix ans par un tribunal communiste à Leipzig. Par la suite, une gardienne de la prison de Halle lui a dit qu’elle était considérée comme particulièrement dangereuse, car elle ‘ parlait de la Bible toute la journée ’.

L’accroissement est constant, malgré l’interdiction

Le zèle des frères a produit des fruits excellents. Horst Schramm rapporte qu’au début des années 50 la congrégation de Königs Wusterhausen se composait de 25 proclamateurs, mais qu’elle en comptait 161 au moment de la chute du mur de Berlin. Pourtant, 43 étaient passés à l’Ouest et plusieurs étaient morts. Il est à noter que dans certaines congrégations 70 % des Témoins actuellement actifs ont connu la vérité sous l’interdiction.

Voyons le cas de la famille Chemnitz, par exemple. Bernd et Waltraud ont connu la vérité et se sont fait baptiser au tout début de l’interdiction. Ils étaient encore relativement jeunes à l’époque. Quand, après s’être mariés, ils ont eu des enfants, ils n’ont pas permis que l’interdiction empêche leurs enfants de devenir des serviteurs de Jéhovah. Dans les années 80, alors que l’œuvre était encore interdite, Andrea, Gabriela, Ruben et Esther ont suivi l’exemple de leurs parents en se vouant à Jéhovah et en se faisant baptiser. Seul Matthias, le cadet, s’est fait baptiser une fois l’interdiction levée. Jéhovah a abondamment béni la détermination de ce couple face à l’opposition. Aujourd’hui,  leurs cinq enfants sont tous membres de la famille du Béthel de Selters. Quelle magnifique récompense, n’est-​ce pas ?

Un ancien qui totalisait les rapports d’activité pour la Société déclare : “ Pendant ces 40 années, il n’y a pas eu un seul mois sans baptême. ” Puis de préciser : “ Les baptêmes se déroulaient généralement en comité restreint chez des particuliers. Un discours était prononcé, puis le candidat au baptême était plongé dans une baignoire. Toute la difficulté consistait à l’immerger totalement. Mais, ce détail mis à part, tous gardent encore un souvenir joyeux du jour de leur baptême. ”

Quand il a été de nouveau possible de publier les rapports d’activité, on a appris avec une immense joie que l’Allemagne de l’Est avait enregistré 20 704 proclamateurs actifs dans les années 80. À présent, bien sûr, il n’est plus nécessaire d’établir des rapports distincts. En 1990, le nombre de proclamateurs pour l’Allemagne réunifiée s’est élevé à 154 108.

La réorganisation, afin de fortifier la communauté des frères

Pendant que les dirigeants communistes s’évertuaient à rompre tout contact entre les Témoins est-allemands et leurs frères chrétiens des autres pays, l’organisation internationale de Jéhovah connaissait des changements significatifs. Ces derniers, réalisés dans le but d’observer plus étroitement ce que dit la Bible au sujet de la congrégation chrétienne du Ier siècle, ont fortifié la communauté internationale des frères et préparé l’organisation en vue de l’accroissement rapide qui allait suivre. — Voir Actes 20:17, 28.

C’est ainsi qu’à partir d’octobre 1972 les congrégations n’ont plus été dirigées par un seul frère, appelé serviteur de congrégation, et aidé d’assistants, mais par un collège d’anciens, nommé dans chaque congrégation. Les excellents résultats de cette nouvelle disposition se sont fait sentir dès 1975.

 Malheureusement, cette modification n’a pas fait l’unanimité, se souvient Erwin Herzig, un surveillant itinérant de longue date. Mais, dit-​il, elle a permis de révéler “ la condition de cœur de certains serviteurs ”. La majorité des frères se sont montrés fidèles ; toutefois, cette disposition a écarté de l’organisation les quelques ambitieux qui avaient plus à cœur d’“ être les premiers ” que de servir leurs frères.

De nombreux autres changements étaient en vue. Dans les années 70, le Collège central des Témoins de Jéhovah s’est étoffé et a été réorganisé. Sa tâche a été répartie entre six comités qui sont entrés en fonction le 1er janvier 1976. Un mois plus tard, soit le 1er février, la surveillance des filiales a été revue. Depuis ce jour, les filiales du monde entier fonctionnent sous la direction, non plus d’un seul surveillant, mais d’un comité nommé par le Collège central.

Frères Frost, Franke et Kelsey ont tous trois été serviteurs de filiale en Allemagne. Frère Frost a préféré quitter le Béthel pour raisons de santé. (Il est mort en 1987 à l’âge de 86 ans. Sa biographie a été publiée dans La Tour de Garde du 15 janvier 1962.) Quand un comité de filiale a été établi en 1976, il se composait de cinq membres, parmi lesquels Konrad Franke (qui avait purgé plusieurs peines de prison à l’époque nazie) et Richard Kelsey (diplômé de Guiléad qui était déjà depuis 25 ans en Allemagne). Il y avait également Willi Pohl (survivant des camps de concentration nazis et élève de la 15classe de Guiléad), Günter Künz (diplômé de la 37classe de Guiléad) et Werner Rudtke (ancien surveillant itinérant).

Ces frères, à l’exception de frère Franke, mort en 1983, sont toujours membres du Comité de la filiale. (La biographie de Konrad Franke a été publiée dans La Tour de Garde du 1er octobre 1963.) Deux autres frères ont également fait partie de ce comité jusqu’à leur mort : Egon Peter, de 1978 à 1989, et Wolfgang Krolop, de 1989 à 1992.

 Le Comité de la filiale se compose aujourd’hui de huit membres. Outre les frères déjà cités, il y a Edmund Anstadt (depuis 1978), Peter Mitrega (depuis 1989), ainsi que Eberhard Fabian et Ramon Templeton (depuis 1992).

Lorsque les nouvelles dispositions concernant la surveillance des filiales ont été appliquées pour la première fois en 1976, la famille du Béthel de Wiesbaden (Allemagne de l’Ouest) n’était constituée que de 187 membres. Depuis lors elle s’est agrandie et compte 1 134 membres, originaires de 30 pays. Voilà qui reflète, dans une certaine mesure, l’aspect international des activités que la filiale d’Allemagne a le privilège d’effectuer.

Une imprimerie adaptée aux besoins croissants

Au milieu des années 70, les installations de la filiale d’Allemagne se situaient dans un quartier de Wiesbaden appelé Kohlheck, à l’époque banlieue tranquille en bordure de forêt, mais aujourd’hui section urbaine en pleine expansion. Ces installations avaient déjà été agrandies 13 fois. Mais, les proclamateurs du Royaume étant environ 100 000, il fallait davantage de bureaux pour diriger la prédication, et une imprimerie plus importante pour fournir les publications bibliques. Par ailleurs, il devenait très difficile d’obtenir des terrains supplémentaires. Comment résoudre ce problème ? Le Comité de la filiale a demandé la direction de Jéhovah dans la prière.

Fin 77, les membres du Comité de la filiale nouvellement nommé ont envisagé la construction d’un nouveau Béthel à un autre endroit. Mais était-​ce vraiment nécessaire ? De l’avis général, la fin du vieux système de choses était très proche. Mais il y avait un autre facteur à prendre en compte. Les méthodes d’impression évoluaient et la filiale devait les adopter si elle continuait d’imprimer autant, quelle que soit la durée de vie de ce vieux système. Fait intéressant, l’expérience acquise durant l’interdiction en Allemagne de l’Est s’est révélée profitable aux frères  de Wiesbaden quand ils ont dû opérer les changements qui s’imposaient. En quel sens ?

La décision d’imprimer en offset

Une fois le mur de Berlin construit en 1961, il a été extrêmement difficile de procurer des publications aux Témoins de Jéhovah d’Allemagne de l’Est. Pour faciliter les choses, une édition spéciale de La Tour de Garde petit format a été conçue à leur intention. Celle-ci contenait uniquement les articles d’étude. Mais cette édition nécessitait que le texte soit composé une deuxième fois. Par ailleurs, si l’impression sur papier extrafin était difficile, le pliage des feuilles imprimées relevait également de l’exploit ! Après avoir trouvé une plieuse automatique efficace, les frères se sont rendu compte que celle-ci avait été fabriquée à Leipzig, en Allemagne de l’Est, le pays précisément où les Témoins de Jéhovah étaient interdits et, paradoxalement, celui auquel était destinée l’édition discrète de La Tour de Garde.

Un frère, qui avait appris l’impression en offset avant de venir au Béthel, a suggéré de reproduire les périodiques en utilisant ce procédé, ce qui simplifierait la tâche. Les articles d’étude seraient photographiés, réduits, puis reportés sur une plaque offset. Une petite presse offset à feuilles a été offerte à la filiale. Avec le temps, on a publié non seulement les articles d’étude, mais le périodique tout entier, d’abord en noir et blanc, puis finalement en couleur. Avec ce procédé, on a même produit des livres petit format.

Lorsque Nathan Knorr, alors président de la Société Watch Tower, s’est rendu à Wiesbaden en 1975, il a observé l’impression avec intérêt. “ Pas mal ! ” s’est-​il exclamé après avoir examiné le produit fini. Puis nous lui avons expliqué qu’il s’agissait d’une édition spéciale à destination de l’Allemagne de l’Est, et que cette nouvelle méthode nous donnait pleine satisfaction. Frère Knorr a alors ajouté : “ Les frères qui connaissent de telles  épreuves méritent ce que nous pouvons leur donner de mieux. ” Et il a immédiatement autorisé l’achat de machines supplémentaires.

C’est ainsi que, lorsque Grant Suiter, membre du Collège central, est venu en Allemagne en 1977 et a annoncé que la Société Watch Tower, après avoir mûrement réfléchi, avait décidé de généraliser l’impression en offset, les frères de Wiesbaden avaient déjà acquis une certaine expérience. Indirectement, l’interdiction est-allemande les avait préparés à ce changement.

Toutefois, le plus difficile n’était pas d’accepter l’idée qu’il fallait changer de méthodes d’impression. Frère Suiter a expliqué que des rotatives, presses plus grandes et plus lourdes, seraient nécessaires. Mais où les mettre ? Rêver de rotatives couleurs est une chose, mais réaliser ce rêve en est une autre. Plusieurs projets d’agrandissements à Kohlheck ont été étudiés, mais tous posaient des problèmes. Que pouvait-​on faire ?

Un nouveau Béthel

On a commencé à chercher un autre endroit. Le 30 juillet 1978, lors d’une assemblée de district, 50 000 Témoins réunis à  Düsseldorf et près de 60 000 à Munich ont été informés, à leur grande surprise, que l’on projetait d’acquérir un terrain pour y construire un tout nouveau Béthel.

En une année à peu près, 123 sites ont été passés en revue. Finalement, le choix s’est porté sur un terrain situé sur une colline qui surplombait la ville de Selters. Cette propriété a été acquise le 9 mars 1979, avec l’accord du Collège central. Des démarches ultérieures, entreprises auprès de 18 propriétaires, ont permis d’obtenir 65 parcelles adjacentes et d’ajouter 30 hectares pour une éventuelle expansion. À une quarantaine de kilomètres au nord de Wiesbaden, Selters serait facilement accessible aux camions. De plus, l’aéroport international de Francfort est à moins de 65 kilomètres.

Les travaux de construction les plus importants de l’histoire des Témoins de Jéhovah d’Allemagne allaient commencer. Mais étions-​nous réellement à la hauteur ? Rolf Neufert, membre du comité de construction, se souvient : “ Personne, excepté notre frère architecte, n’avait jamais travaillé sur un chantier d’une telle envergure. Il est difficile d’en imaginer la difficulté. Normalement, seul un bureau ayant des années d’expérience et tous les spécialistes nécessaires s’attaquerait à une entreprise aussi vaste et complexe. ” Pourtant, les frères se sont dit que, si Jéhovah voulait qu’ils construisent, il accorderait aussi sa bénédiction.

Nous avons dû obtenir 40 permis de construire. Dans ce domaine, les autorités ont fait preuve d’une aimable coopération, que nous avons grandement appréciée. Oh, il y a bien eu un peu d’opposition au début ; elle venait principalement du clergé, qui a organisé des réunions dans le but de susciter l’opposition, mais en vain.

Des Témoins de tout le pays se sont portés volontaires et ont manifesté un état d’esprit remarquable. En moyenne, 400 volontaires permanents étaient présents chaque jour sur le chantier, auxquels se sont ajoutés environ 200 volontaires  “ vacanciers ”, pour une durée plus ou moins longue. Au cours des quatre années qu’a duré la construction, pas moins de 15 000 Témoins ont offert leurs services.

“ Quel que soit le temps, raconte un frère, quelles que soient les difficultés, qu’il fasse chaud ou froid, ou même qu’il gèle, le travail avançait. Là où d’autres auraient cessé toute activité, nous, nous redoublions d’efforts. ”

 Des Témoins d’autres pays ont également proposé leur collaboration. Même s’il a fallu voyager des milliers de kilomètres pour cela, la distance n’a pas été trop longue pour Jack et Nora Smith, ainsi que pour Becky, leur fille de 15 ans. Cette famille de l’Oregon (États-Unis) assistait à l’assemblée internationale de Munich lorsque la construction d’un nouveau Béthel en Allemagne a été annoncée. “ Quel privilège ce serait d’y participer ! ” se sont-​ils dit, et ils ont fait savoir qu’ils étaient disponibles. “ Je me souviens, dit Jack, nous étions en train de travailler aux préparatifs de l’assemblée, en 1979, quand nous avons reçu un formulaire de demande et une invitation à venir dès que possible. Nous étions si heureux que nous avons eu du mal à nous concentrer sur les préparatifs et sur l’assemblée elle-​même. ”

Pour loger tous ces volontaires, il a fallu aménager des bâtiments déjà existants. Dès l’hiver 1979-​1980, le premier était achevé. En septembre 1980, les fondations du bâtiment résidentiel étaient posées. Les travaux démarraient également du côté de l’imprimerie, et ce n’était pas trop tôt : la rotative de 27 mètres de long, qui avait été commandée en janvier 1978, devait arriver début 1982. Il fallait donc qu’à cette date l’imprimerie soit au moins en partie terminée.

Nous avons pu effectuer nous-​mêmes la plupart des travaux. Un frère encore émerveillé déclare : “ Aucun d’entre nous n’avait eu l’occasion de travailler sur un chantier aussi vaste et avec des équipes qui changeaient constamment. Souvent, nous avons cru être au point mort, parce que nous avions besoin d’un spécialiste et qu’il n’était pas disponible. Et, bien des fois, à la dernière minute, nous recevions la demande d’un frère qualifié. Un besoin naissait, un frère apparaissait. ” Ils ont remercié Jéhovah de les avoir dirigés et bénis.

Le déménagement pour Selters

Ce n’est pas rien de déménager les meubles et les effets personnels de 200 personnes, sans parler des machines et du  matériel dont les membres de la famille du Béthel avaient besoin pour leurs activités. Cette entreprise était trop démesurée pour être effectuée en une seule fois. C’est donc petit à petit, service après service et au fur et à mesure des travaux, que la famille du Béthel s’est installée à Selters.

L’imprimerie ayant été achevée la première, les Béthélites travaillant dans ce service ont été parmi les premiers à déménager. Les machines de Wiesbaden ont été démontées progressivement et acheminées à Selters. Entre-temps, le 19 février 1982, l’impression en quatre couleurs sur la rotative avait commencé. Il y avait de quoi se réjouir ! En mai, l’imprimerie de Wiesbaden s’est tue. Après 34 ans, nos activités d’impression cessaient à cet endroit.

Le livre Vous pouvez vivre éternellement sur une terre qui deviendra un paradis a été notre première grande réalisation sur la rotative. Cette publication inédite devait paraître lors des assemblées de district de 1982, et l’Allemagne devait en assurer la production en sept langues. Seulement, l’atelier de reliure se trouvait encore à Wiesbaden. En fait, il s’est écoulé plus d’une année avant son transfert. Aussi, dès que les cahiers sortaient de l’imprimerie de Selters, ils étaient acheminés d’urgence par camion à Wiesbaden pour y être reliés. Malgré le surcroît de travail engendré, les frères ont réussi à sortir 485 365 exemplaires sur les 1 348 582 que comptait la première édition. Grâce à eux, des foules de nationalités très diverses réunies en assemblées de district ont pu recevoir avec joie cette nouvelle publication.

On comprendra aisément que le déménagement ait suscité des sentiments partagés, car Wiesbaden était le foyer de certains depuis presque 35 ans. Mais les bâtiments du Béthel de Wiesbaden ont été vendus rapidement à divers acheteurs. Seule une petite section de l’ancien atelier de reliure a été conservée et transformée en Salle du Royaume. Détail typique de l’unité internationale du peuple de Jéhovah, cette salle accueille aujourd’hui  quatre congrégations : deux allemandes, une anglaise et une russe.

L’inauguration

Après les ultimes finitions, le Béthel de Selters a été inauguré le 21 avril 1984. Tous ceux qui avaient participé à cette réalisation avaient senti la main de Jéhovah. Ils avaient recherché sa direction et l’avaient remercié quand des obstacles apparemment insurmontables s’étaient évanouis. Ils avaient devant eux la preuve tangible que Jéhovah avait béni cette construction, qui du reste servait déjà la cause du vrai culte (Ps. 127:1). L’inauguration a véritablement été un moment de grande joie.

Au début de la semaine, le Béthel avait ouvert ses portes aux visiteurs. Nous avions invité divers fonctionnaires avec qui nous avions été en relation. Nous avons également accueilli les voisins. Un visiteur a fait savoir qu’il était venu grâce à son pasteur. Il a expliqué que ce pasteur, ces dernières années, avait maugréé contre les Témoins de Jéhovah jusqu’à en excéder sa congrégation. Le dimanche précédant l’inauguration, il avait de nouveau blâmé les Témoins et déconseillé à ses ouailles de participer à la journée portes ouvertes. “ J’étais au courant de la journée portes ouvertes, a dit ce visiteur, mais j’en avais oublié la date. Si le pasteur ne l’avait pas mentionnée dimanche dernier, je n’y aurais certainement plus pensé. ”

Après ces visites préliminaires, le jour de l’inauguration est enfin arrivé. Le programme a commencé à 9 h 20 par la musique, puis quelle joie d’apprendre que sur les 14 membres qui constituaient alors le Collège central, 13 avaient pu répondre présent à l’invitation ! Étant donné l’impossibilité de recevoir tous ceux qui avaient contribué de loin ou de près au succès de cette construction, des dispositions avaient été prises afin d’établir une liaison téléphonique avec 11 autres endroits du pays. De cette façon, 97 562 personnes ont pu profiter de ce programme de choix.

 Parmi les personnes présentes à Selters en ce jour mémorable figuraient de nombreux frères et sœurs qui ont prouvé leur foi dans les camps de concentration nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que quelques autres, plus récemment libérés des prisons d’Allemagne de l’Est, comme Ernst et Hildegard Seliger. Cela faisait juste 60 ans que frère Seliger avait débuté sa carrière dans le service à plein temps et, avec sa femme, ils totalisaient plus de 40 ans de prison et de camps de concentration sous les régimes nazi et communiste. Après avoir assisté à l’inauguration, ils ont écrit ceci : “ Vous ne pouvez pas imaginer notre bonheur d’avoir pu assister à ce merveilleux banquet spirituel dans notre paradis spirituel. Du début à la fin, suivre ce programme extraordinaire, c’était comme écouter une divine symphonie d’unité et d’harmonie théocratiques. ” (Pour des détails sur les épreuves qu’ils ont subies, voir La Tour de Garde du 1er novembre 1975.)

‘ Des maisons pour le nom de Jéhovah ’

Les gens sont souvent ébahis de voir les Témoins de Jéhovah bâtir des Salles du Royaume en quelques semaines — voire en quelques jours —, construire d’immenses Salles d’assemblées avec une main-d’œuvre bénévole et assumer le coût des Béthels (plusieurs dizaines de millions de francs) grâce aux offrandes volontaires. Les Allemands ont eu de nombreuses occasions de se rendre compte de visu de toutes ces activités de construction.

La première Salle d’assemblées d’Allemagne de l’Ouest a été inaugurée à Berlin-Ouest au début des années 70. D’autres ont été construites par la suite, si bien que, dès 1986, toutes les assemblées de circonscription d’Allemagne de l’Ouest avaient lieu dans des salles appartenant aux Témoins.

La bénédiction de Jéhovah était évidente pour les frères qui travaillaient à ces projets. À Munich, grâce à la bonne coopération des fonctionnaires de la ville, on a acquis un terrain pour une Salle d’assemblées à un prix très raisonnable, juste de l’autre  côté de l’autoroute qui mène à l’impressionnant stade olympique, en bordure du magnifique parc olympique.

Les frères se sont efforcés de réduire au maximum les dépenses d’équipement et de construction. Une centrale électrique en cours de réaménagement avait mis en vente des armoires de distribution et un autocommutateur. Ils ont été achetés à moins de 5 % de leur valeur initiale. La démolition d’immeubles à point nommé a permis de récupérer les lavabos, les cuvettes de W.-C., les portes et les fenêtres nécessaires, ainsi que des centaines de mètres de conduites d’eau et de gaz, et de gaines de ventilation ; tout cela à un prix modique. Les frères ont également réalisé des économies en fabriquant eux-​mêmes les chaises et les tables. Afin de satisfaire aux exigences municipales en matière d’espaces verts, ils devaient planter 27 tilleuls sur le terrain de la salle. Un pépiniériste qui fermait boutique vendait précisément le nombre exact de tilleuls souhaités, et à la taille requise ! Ils ont été achetés à 10 % de leur valeur réelle. La ville de Munich ayant renouvelé le pavage de la plupart de ses rues, il lui restait des tonnes de pavés qu’elle a vendus pour une bouchée de pain et qui ont servi à paver les allées qui entourent la salle, ainsi que le parking.

On pourrait raconter des anecdotes semblables au sujet des autres Salles d’assemblées allemandes. Chacune d’elles, d’une conception particulière et très belle, est en vérité “ une maison pour le nom de Jéhovah ”, à l’image du temple de Jérusalem décrit par le roi Salomon, il y a plus de 3 000 ans. — 1 Rois 5:5.

On a aussi poursuivi rapidement la construction de Salles du Royaume, afin de répondre aux besoins des 2 083 congrégations d’Allemagne. Il y a à présent 17 comités de construction régionaux. Avant la formation du premier comité en 1984, les Témoins de Jéhovah ne possédaient que 230 Salles du Royaume pour l’Allemagne tout entière. De 1984 à août 1998, on a construit en moyenne 58 nouvelles salles par an, et plus d’une par semaine ces 12 dernières années !

 Même en matière de construction, les Témoins de Jéhovah allemands ne s’arrêtent pas aux frontières. Leur famille est mondiale. Plus de 40 d’entre eux ont été serviteurs internationaux, disposés à servir sur les chantiers de construction là où la Société Watch Tower les envoie et aussi longtemps qu’ils sont utiles. Deux cent quarante-deux autres ont accompli la même tâche à l’étranger pendant des périodes plus ou moins longues.

Les surveillants itinérants font paître le troupeau

L’œuvre effectuée par les surveillants itinérants constitue un facteur déterminant pour la condition spirituelle de l’organisation. Ces hommes sont les vrais bergers du troupeau de Dieu (1 Pierre 5:1-3). Ce sont, comme le dit l’apôtre Paul, des “ dons en hommes ”. — Éph. 4:8.

Après la Seconde Guerre mondiale, les surveillants itinérants ont visité les congrégations, bâti les frères et les ont accompagnés dans l’œuvre de prédication. Parmi eux, citons Gerhard Oltmanns, Josef Scharner et Paul Wrobel, tous trois baptisés en 1925, ainsi qu’Otto Wulle et Max Sandner, baptisés dans les années 30.

Au fur et à mesure des besoins, d’autres frères ont été ajoutés sur la liste. De la fin de la guerre à aujourd’hui, plus de 290 frères ont été surveillants itinérants à l’Ouest, et plus de 40 à l’Est. Ils ont assurément donné beaucoup d’eux-​mêmes pour favoriser les intérêts du Royaume. Pour certains, cela signifiait ne pas voir souvent ses enfants adultes ou ses petits-enfants. D’autres ont dû régulièrement prévoir du temps pour s’occuper de leurs parents âgés ou malades, tout en s’acquittant de leur tâche.

Certains ministres itinérants se sont dépensés dans ce service exigeant mais enrichissant pendant des dizaines d’années. Par exemple, Horst et Gertrud Kretschmer sont dans le service itinérant depuis le milieu des années 50. Frère Kretschmer se  souvient encore du jour où, tandis qu’il faisait un court séjour au Béthel en 1950, Erich Frost lui a posé affectueusement la main sur l’épaule en disant : “ Horst, ne te fais jamais de souci. Si tu restes fidèle à Jéhovah, il prendra soin de toi. J’en ai fait l’expérience et tu en feras toi aussi l’expérience. Reste fidèle, c’est tout. ”

En 1998 il y avait 125 surveillants de circonscription et de district en Allemagne. Ce sont des hommes mûrs qui servent Jéhovah à plein temps, en moyenne depuis 30 ans. Leurs femmes aussi sont zélées dans le ministère et encouragent particulièrement les sœurs.

Un surveillant itinérant part pour Brooklyn

Martin et Gertrud Poetzinger étaient bien connus des Témoins de Jéhovah allemands. Tous deux avaient servi fidèlement Jéhovah avant, pendant et après le IIIReich. Après avoir été libérés du joug nazi, ils avaient immédiatement repris leur activité à plein temps. Durant plus de 30 ans, ils ont été itinérants dans toutes les circonscriptions d’Allemagne, si bien que des milliers de Témoins ont appris à les aimer et à les respecter.

En 1959 frère Poetzinger a suivi les cours de la 32classe de Guiléad. Gertrud, qui ne parlait pas anglais, ne l’avait pas accompagné, ce qui ne l’empêchait pas de partager sa joie. Être séparée de son mari n’était pas une nouveauté pour elle ! La persécution nazie les avait séparés de force pendant neuf ans, et cela, quelques mois seulement après leur mariage. Maintenant que l’organisation de Jéhovah leur demandait de se séparer volontairement pour une cause théocratique, il n’y avait ni hésitation ni protestation.

L’un comme l’autre n’ont jamais servi Jéhovah par intérêt personnel. Ils ont toujours accepté volontiers leurs affectations théocratiques. Cela dit, ils ont été surpris quand, en 1977, ils ont été invités à servir au siège mondial des Témoins de Jéhovah,  à Brooklyn. Frère Poetzinger allait devenir membre du Collège central !

On leur a demandé de rester au Béthel de Wiesbaden jusqu’à ce que leurs cartes de résidents américains soient accordées. Leur attente a duré plus longtemps que prévu, plusieurs mois en fait. Tandis que Martin rafraîchissait son anglais, son énergique épouse se mettait en devoir de l’apprendre. Et ce n’est pas chose facile que d’apprendre une nouvelle langue à 65 ans ! Mais le service pour Jéhovah valait tous les efforts !

Plusieurs membres de la famille du Béthel de Wiesbaden qui parlaient anglais se sont fait un plaisir d’aider Martin et Gertrud. Chaque fois que Gertrud s’énervait un peu en apprenant la langue, Martin lui disait gentiment : “ Ne t’emballe pas, Gertrud,  vas-​y doucement. ” Mais ‘ aller doucement ’ n’est pas le fort de Gertrud. Sa vie entière au service de Jéhovah se caractérise par l’engagement total et la détermination. C’est avec le même état d’esprit qu’elle s’est appliquée à apprendre l’anglais et, en novembre 1978, sitôt les visas reçus, elle a accompagné son mari à Brooklyn.

Même si les sentiments étaient partagés à l’idée de les voir partir, les frères allemands étaient heureux de leur nouveau privilège de service. En revanche, ils ont été profondément attristés quand ils ont appris, environ dix ans plus tard, le 16 juin 1988, que Martin avait achevé le cours de sa vie terrestre, à l’âge de 83 ans.

Après la mort de son mari, Gertrud est rentrée en Allemagne, où elle est membre de la famille du Béthel. Il n’est toujours  pas question pour elle d’‘ aller doucement ’ ! Et il semble qu’elle n’y parviendra jamais. Non seulement elle s’acquitte de sa tâche au Béthel, mais elle est souvent pionnière auxiliaire pendant ses vacances. (Pour plus de détails sur la vie des Poetzinger, voir La Tour de Garde, éditions du 15 avril 1971, du 1er novembre 1984 et du 15 septembre 1988.)

Des écoles pour répondre aux besoins internationaux

Depuis 1978, peu avant le départ des Poetzinger pour Brooklyn, l’École pour les pionniers, une formation pratique de  dix jours, a fortifié les pionniers d’Allemagne. Chaque année les cours sont organisés par circonscription dans tout le pays. Y sont invités tous les pionniers permanents qui ont accompli leur service pendant au moins un an et qui n’ont pas encore suivi les cours. Au début de 1998, 16 812 pionniers permanents les avaient suivis. En plus de l’allemand, les cours ont eu lieu en anglais, en espagnol, en français, en grec, en italien, en polonais, en portugais, en russe, en serbo-croate et en turc.

Certains élèves ont suivi les cours de l’École des pionniers dans des circonstances très douloureuses. Une semaine à peine avant qu’ils ne commencent, Christine Amos a perdu son fils dans un accident de voiture survenu au retour d’une réunion. Étant donné la situation, allait-​elle tirer profit de l’École ? Comment son mari allait-​il affronter la solitude à la maison pendant ce temps ? Ils ont décidé d’un commun accord qu’elle assisterait aux cours. Avoir l’esprit occupé par des sujets spirituels lui serait d’un grand bienfait. Son mari a été invité à servir au Béthel pendant cette période. Peu après, tous deux ont été invités sur un chantier de construction à Selters. Une fois ce chantier terminé, ils ont travaillé sur d’autres chantiers en Espagne, en Grèce et au Zimbabwe. À l’heure actuelle, ils sont de nouveau pionniers en Allemagne.

Certains élèves de l’École pour les pionniers ont pu faire carrière dans ce service. Pour eux, c’est une constante stimulation ainsi qu’une source de profonde satisfaction. Inge Korth, pionnière depuis 1958, déclare : “ Le service à plein temps me donne particulièrement l’occasion de manifester chaque jour mon profond amour et ma gratitude envers Jéhovah. ” Waldtraut Gann, qui a commencé son service en 1959, poursuit : “ Dans ce système méchant, le service de pionnier est une protection. Quand  je sens la main secourable de Jéhovah, j’éprouve un bonheur authentique et une satisfaction intérieure. Les valeurs matérielles n’ont rien de comparable. ” Martina Schaks, qui est pionnière en compagnie de son mari, ajoute : “ Le service de pionnier, c’est ‘ l’école de la vie ’, parce qu’il m’aide à développer certaines qualités, comme la maîtrise de soi et la patience. Depuis que je suis pionnière, je me sens vraiment proche de Jéhovah et de son organisation. ” Pour d’autres, le service de pionnier s’est révélé un tremplin pour le service au Béthel, l’œuvre missionnaire et la circonscription.

Afin de pallier un besoin urgent de missionnaires, une annexe de l’École de Guiléad a été ouverte en Allemagne en 1981, pour permettre aux pionniers d’expression allemande de bénéficier de cette formation excellente. Comme le Béthel de Selters n’était pas encore achevé, les deux premières classes se sont déroulées à Wiesbaden. Puis trois autres classes ont été organisées à Selters après le déménagement. En plus des 100 élèves allemands, des élèves d’expression allemande venus du Luxembourg, de Suisse et des Pays-Bas ont assisté à ces cinq cours. Après la remise des diplômes, ils ont été envoyés dans 24 pays situés, entre autres, en Afrique, en Amérique latine, en Europe de l’Est et dans le Pacifique.

Au milieu des années 70, 183 serviteurs à plein temps d’Allemagne avaient suivi les cours de Guiléad, l’École biblique de la Société Watchtower. À la fin de 1996, en partie grâce à l’annexe de cette école, ce nombre s’élevait à 368. Quelle satisfaction de savoir qu’en janvier 1997, environ la moitié de ces élèves étaient toujours missionnaires à l’étranger ! Citons parmi eux Paul Engler, en Thaïlande depuis 1954 ; Günter Buschbeck, en Espagne dès 1962, puis en Autriche depuis 1980 ; Karl Sömisch, tout d’abord en Indonésie et au Proche-Orient, puis envoyé au Kenya ; Manfred Tonak qui, lui, était au Kenya jusqu’à ce qu’on lui demande de se rendre à la filiale d’Éthiopie ; et Margarita Königer,  que le service missionnaire aura fait voyager ces 32 dernières années entre Madagascar, le Kenya, le Bénin et le Burkina Faso.

Par ailleurs, une autre école, l’École de formation ministérielle, qui dispense une instruction aux anciens et aux assistants ministériels célibataires, a lieu régulièrement en Allemagne depuis 1991. Des frères d’expression allemande d’Autriche, de Belgique, du Danemark, de Hongrie, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la République tchèque et de Suisse ont rejoint ceux d’Allemagne pour recevoir la formation exceptionnelle qu’offre cette école. Après la remise des diplômes, certains élèves se sont vu confier de nouvelles responsabilités lorsqu’ils ont été envoyés en Afrique, en Europe de l’Est et en d’autres endroits où il y avait un besoin particulier.

Le Béthel et l’imprimerie de Selters se sont révélés être, eux aussi, une “ école ”, où les frères ont acquis les compétences qui se sont avérées utiles quand l’Europe de l’Est s’est ouverte à l’œuvre de prédication. La vie au Béthel leur a appris à travailler avec toutes sortes de gens et leur a fait comprendre que, pour accomplir son œuvre, Jéhovah utilise toutes sortes de gens, malgré l’imperfection humaine. Les frères qui servent au Bureau du service ont saisi l’importance de ceci : il est possible de résoudre les problèmes à condition d’appliquer sans cesse les principes bibliques et de suivre attentivement les directives du Collège central. Cet enseignement leur vient de frères qui, même soumis à de fortes pressions, ont toujours manifesté les fruits de l’esprit, fait preuve d’équilibre et mis leur entière confiance en Jéhovah. Que de leçons utiles à communiquer à leurs frères des autres filiales !

Une barrière se baisse grâce à la formation et à l’amour

Ces dix dernières années, un programme mondial de formation a été mis en place pour fortifier les Témoins de Jéhovah dans leur détermination à respecter l’interdiction biblique sur l’usage  du sang (Actes 15:28, 29). Pour cela, il a fallu surmonter un mur de préjugés et de méconnaissance. C’est dans le cadre de ce programme que le Service d’information hospitalier a fait son apparition en Allemagne, en 1990. En novembre de cette même année, un séminaire a rassemblé 427 frères venus pour la plupart d’Allemagne, mais également de neuf autres pays. Ce séminaire a renforcé les liens internationaux. Les anciens ont été très sensibles à l’aide qu’ils ont reçue. L’un d’eux, de Mannheim, a fait ce commentaire : “ Nous avons appris à exposer notre point de vue avec clarté, fermeté et avec le respect qui convient, mais sans être entravé par la crainte. ” Un autre, venu d’Autriche, a dit : “ Je n’avais jamais assisté à un séminaire qui présente un tel éventail d’informations et d’une manière aussi simple. ”

Depuis ce jour, plusieurs autres séminaires ont été organisés afin d’assurer une formation aux 55 comités de liaison hospitaliers qui ont été créés en Allemagne depuis lors, et qui viennent en aide aux Témoins quand ceux-ci ont besoin d’un traitement médical sans transfusion. Le travail effectué par ces comités a produit de bons résultats. En août 1998, plus de 3 560 médecins allemands se montraient prêts à soigner les Témoins sans utiliser de sang. Ce nombre comprend un quart de ceux que le magazine Focus, il y a quelques années, inscrivait sur la liste des “ 1 000 meilleurs médecins d’Allemagne ”.

En janvier 1996, les comités de liaison hospitaliers ont commencé à distribuer l’ouvrage spécialisé intitulé Soins familiaux et gestion des dossiers médicaux des Témoins de Jéhovah. (Ce beau manuel, conçu exclusivement à l’intention du corps médical et des autorités, présente les techniques alternatives ne faisant pas appel au sang. Un effort particulier a été fait dans le but de le remettre aux juges, aux assistantes sociales, aux néonatalogistes et aux pédiatres.) La plupart des juges ont bien accueilli ce manuel ; ils ont fréquemment fait remarquer sa grande qualité et son aspect pratique. Nombre d’entre eux ont été surpris d’apprendre  l’existence de nombreuses techniques alternatives ne faisant pas appel au sang. “ C’est exactement ce qu’il me faut ! ” s’est exclamé un juge de Nördlingen. Un professeur de l’université de Sarre s’est servi des matières contenues dans le manuel comme point de départ à un débat et pour un examen écrit avec un groupe d’étudiants en droit civil.

Étant donné que les comités de liaison hospitaliers fonctionnent à présent dans le monde entier, une coopération internationale est possible dans les cas d’urgence. Il est arrivé que des médicaments prescrits ne soient pas disponibles dans le pays où se trouvait le patient. Grâce à notre réseau international, on a pu les obtenir et les envoyer facilement d’Allemagne. Par ailleurs, des frères et sœurs de plus d’une douzaine de pays, désireux de se voir prescrire des traitements accessibles à leurs moyens pécuniaires, ont été mis en contact avec des médecins allemands disposés à collaborer.

Bien sûr, les frères d’Allemagne bénéficient également de cette coopération internationale. En 1995, alors qu’elle effectuait un voyage en Norvège, une sœur a eu un accident et a été admise à l’hôpital. Dès qu’il en a été averti, son fils a pris contact avec le Service d’information hospitalier qui, à son tour, a averti la filiale de Norvège. Le lendemain, cette sœur recevait la visite d’un Témoin norvégien. Afin de l’aider au mieux, il avait fait 130 kilomètres pour aller chercher une dame bien disposée pour la vérité et qui parlait allemand. Plus tard, son fils a adressé ses remerciements en ces termes : “ Quelle organisation ! Quel amour ! [...] Les mots manquent souvent pour exprimer ce que l’on ressent. Ce qui s’est passé est vraiment unique en son genre. ”

Ainsi, grâce à la formation et à l’amour, de grands progrès ont permis de baisser une barrière auparavant infranchissable. Mais, juste avant celle-là, une barrière d’un autre genre était tombée.

 Soudain... La chute du mur de Berlin !

L’événement a été si soudain qu’il en a sidéré le monde ! Sur toute la surface du globe on l’a suivi à la télévision. À Berlin, des milliers l’ont célébré bruyamment. La barrière séparant l’Est de l’Ouest était tombée. C’était le 9 novembre 1989.

Plus de 25 ans auparavant, au petit matin du 13 août 1961, les Berlinois avaient découvert, stupéfaits, les autorités de Berlin-Est en train de construire un mur séparant le secteur sous contrôle communiste du reste de la ville. Berlin était physiquement partagée entre l’est et l’ouest, reflet de la situation existant entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest. Le mur de Berlin était peut-être le symbole le plus spectaculaire de la lutte opposant deux superpuissances pendant la guerre froide.

Puis, le 12 juin 1987, deux ans avant les événements stupéfiants de 1989, le président américain Ronald Reagan avait demandé, au cours d’une allocution, alors qu’il faisait face à la porte de Brandebourg et qu’il tournait le dos au mur de Berlin : “ Monsieur Gorbatchev, ouvrez cette porte. Monsieur Gorbatchev, faites tomber ce mur. ” Mais y avait-​il le plus petit indice que sa requête serait exaucée ? Fallait-​il y voir autre chose qu’un effet oratoire digne de la guerre froide ? Difficile à imaginer. Début 1989, Erich Honecker, dirigeant de l’Allemagne de l’Est, déclarait, peut-être en guise de réponse, que le mur ‘ serait toujours debout dans 50 ans et aussi dans 100 ans ’.

Pourtant, d’une manière aussi soudaine qu’inattendue, la porte de Brandebourg fut ouverte et le mur de Berlin réduit en poussière. Un membre de la famille du Béthel de Selters se souvient qu’en rentrant d’une réunion de la congrégation, le soir du jeudi 9 novembre, il a regardé le dernier journal télévisé. Incrédule, il a suivi tous les reportages sur l’ouverture de la frontière qui coupait Berlin en deux. Les Berlinois de l’Est entraient librement à l’Ouest pour la première fois depuis 27 ans ! Il n’en croyait pas ses yeux : des voitures franchissaient la frontière  dans un concert de klaxons, tandis que les Berlinois de l’Ouest, de plus en plus nombreux — certains avaient quitté leur lit — arrivaient à la frontière et formaient une haie pour pouvoir serrer dans leurs bras ces visiteurs imprévus. On pleurait de joie. Le mur était tombé ! Il allait tomber au sens propre durant la nuit.

Les 24 heures suivantes, dans le monde entier, les gens étaient incapables de s’arracher de leur téléviseur. L’Histoire était en train de s’écrire. Quelles en seraient les conséquences pour les Témoins de Jéhovah d’Allemagne ? Et qu’est-​ce que cela impliquerait pour les Témoins du monde entier ?

La visite d’une trabi

Le samedi matin suivant, un peu avant 8 heures, alors qu’il se rendait sur son lieu d’activité, un frère du Béthel a rencontré un de ses compagnons, Karlheinz Hartkopf, à présent en Hongrie. Tout excité, ce frère lui a dit : “ Je suis sûr que les premiers frères de l’Est ne vont pas tarder à arriver à Selters ! ” Frère Hartkopf, sans se départir de son calme habituel et l’air de rien, lui a répondu : “ Ils sont déjà là. ” Effectivement, aux premières lueurs de l’aube, deux frères étaient arrivés dans leur trabi, cette petite voiture à deux temps typique de l’Allemagne de l’Est, et attendaient l’ouverture des portes, garés à l’extérieur du Béthel.

La nouvelle a rapidement fait le tour du Béthel. Mais, avant même que chacun ait eu l’occasion de les voir ou de les saluer, ces visiteurs inattendus, mais néanmoins les bienvenus, étaient déjà repartis pour l’Est, la voiture bourrée de publications. Celles-ci étaient encore officiellement interdites, de même que l’œuvre des Témoins de Jéhovah ; toutefois l’enthousiasme provoqué par l’événement avait renouvelé le courage des frères. “ Il faut que nous soyons de retour pour la réunion de demain matin ”, avaient-​ils expliqué. Imaginez la joie des membres de la congrégation lorsque ces frères sont arrivés avec des cartons remplis de toutes les publications dont ils avaient manqué pendant si longtemps !

 Les quelques semaines qui ont suivi ont vu des milliers d’Est-Allemands passer la frontière. C’était une première pour nombre de ceux qui affluaient à l’Ouest. Ils goûtaient manifestement une liberté de mouvement depuis longtemps oubliée. De l’autre côté de la frontière, on les saluait de la main. Les Témoins de Jéhovah ouest-allemands étaient également présents  pour les accueillir, mais avec quelque chose de plus conséquent que des signes visibles d’émotion. Ils offraient des publications bibliques à ces visiteurs venus de l’Est.

Les congrégations de certaines villes frontière ont fait des efforts particuliers pour contacter les visiteurs est-allemands. Comme les publications des Témoins de Jéhovah étaient interdites depuis des dizaines d’années, elles étaient à peine connues, voire pas du tout. Au lieu du porte-à-porte traditionnel, les proclamateurs ont fait du “ trabi-à-trabi ”. Les gens étaient avides de nouveauté, y compris en matière de religion. Parfois les proclamateurs disaient simplement : “ Vous n’avez probablement jamais lu ces deux revues, car elles sont interdites dans votre pays depuis près de 40 ans. ” La réponse courante était : “ Puisqu’elles ont été interdites, c’est qu’elles doivent être bien. Donnez-​les moi. ” Deux proclamateurs de la ville frontière de Hof ont distribué chacun plus de 1 000 périodiques par mois. Inutile de dire que cette congrégation, ainsi que ses voisines, ont écoulé leur excédent de périodiques en moins de rien.

Pendant ce temps, les frères est-allemands savouraient leur liberté nouvelle avec, toutefois, une certaine prudence au début. Wilfried Schröter, qui a connu la vérité sous l’interdiction en 1972, raconte : “ Les premiers jours qui ont suivi la chute du mur, il restait bien entendu une certaine crainte ; la situation pouvait de nouveau être renversée. ” Moins de deux mois plus tard, il assistait à une assemblée dans la Salle d’assemblées de Berlin. Il confiera plus tard au sujet de cette assemblée : “ J’étais bouleversé de me trouver au milieu de tant de frères. Je chantais les cantiques les larmes aux yeux, et je n’étais pas le seul. Je découvrais avec une joie extraordinaire ce qu’était une ‘ assemblée en direct ’. ”

Manfred Tamme a exprimé des sentiments similaires. Durant l’interdiction, les réunions avaient lieu en cercle restreint et toute sonorisation était superflue. Mais les choses avaient  changé. “ J’étais pionnier spécial depuis plus de 30 ans, dit-​il, pourtant c’était la première fois de ma vie que je parlais dans un micro. Je me souviens encore à quel point j’ai eu peur quand j’ai entendu ma voix renvoyée par les haut-parleurs. ” Mais, ajoute-​t-​il, “ c’était merveilleux d’être tout à coup assis avec la congrégation au complet dans une salle que nous avions louée ”.

Et quelle satisfaction d’entendre d’autres voix, comme celle que Manfred a entendue quelques mois plus tard. “ En janvier 1990, raconte-​t-​il, j’étais dans un sauna pour traitement médical. J’y ai rencontré l’ancien agent officiel de la police nationale. Au cours d’une discussion amicale, il m’a dit : ‘ Manfred, je me rends compte aujourd’hui que nous ne combattions pas ceux qu’il aurait fallu combattre. ’ ”

De la nourriture spirituelle en abondance !

“ L’homme doit vivre, non pas de pain seul, mais de toute parole qui sort par la bouche de Jéhovah. ” Les Témoins de Jéhovah connaissent bien cette vérité fondamentale que Jésus a énoncée en citant les Écritures hébraïques inspirées (Mat. 4:4 ; Deut. 8:3). Grâce à l’aide pleine d’amour de la communauté internationale des frères, même durant les années d’interdiction, les Témoins est-allemands ont reçu de la nourriture spirituelle, malheureusement en quantité limitée. Comme ils avaient langui après l’abondance spirituelle dont jouissaient leurs frères dans d’autres pays !

Dès que le mur de Berlin est tombé, des Témoins ont personnellement apporté des publications à l’Est. Environ quatre mois plus tard, le 14 mars 1990, l’œuvre des Témoins de Jéhovah a obtenu la reconnaissance légale en République démocratique allemande. La Société Watch Tower a pu alors procéder à des envois directs. Le 30 mars, un camion de 25 tonnes de nourriture spirituelle partait du Béthel de Selters pour l’Est. Le Livre de l’année 1991 de la Britannica a fait ce commentaire : “ En l’espace de deux mois seulement, la filiale ouest-allemande de la  Société Watchtower a fait parvenir 275 tonnes de publications bibliques, dont 115 000 bibles, rien qu’à l’Allemagne de l’Est. ”

À peu près à cette époque, un frère de Leipzig écrivait à un compagnon de l’Ouest : “ Il y a une semaine, nous faisions encore venir notre nourriture clandestinement et par petites quantités ; sous peu, nous en déchargerons quatre tonnes d’un camion ! ”

“ Le premier envoi de publications est parvenu si rapidement, se souvient Heinz Görlach, un frère de Chemnitz, que nous étions à peine prêts. Après la première livraison, je n’atteignais plus mon lit sans difficultés. Ma chambre était remplie de cartons. J’avais l’impression de dormir dans la caverne d’Ali-​Baba. ”

Les frères de Selters commençaient à mesurer ce que représentait cette nouvelle situation pour ceux qui avaient été privés pendant si longtemps de choses que les Témoins libres considèrent comme normales. Un surveillant de l’imprimerie fait ce récit : “ Un frère âgé, vêtu modestement, regardait fonctionner une de nos presses. Le groupe avec lequel il effectuait la visite était déjà parti, mais lui, l’air absorbé, continuait de regarder les périodiques sortir à toute vitesse de la rotative. Ensuite, les larmes aux yeux, il s’est dirigé vers un des frères ; il était extrêmement ému. Il a essayé de dire quelque chose en mauvais allemand, mais sa voix s’est brisée à cause de l’émotion. Nous avons toutefois compris son sourire. Puis il a sorti quelques feuilles de la poche intérieure de sa veste, et nous les a données avant de s’enfuir. Que nous avait-​il donné ? Une Tour de Garde en russe, presque illisible, qui avait été recopiée sur les pages d’un cahier d’exercices. Nous ne savons pas combien de temps il avait fallu pour la recopier, mais sûrement des centaines de fois plus que la petite seconde mise par la rotative pour produire un périodique. ”

Fini le temps où les Témoins de chaque groupe d’étude devaient se contenter de quelques périodiques de petit format,  imprimés ou recopiés à la main, et qu’ils ne pouvaient garder que quelques jours ! À présent, chacun possède son propre exemplaire — illustré en quatre couleurs — et des exemplaires supplémentaires pour la prédication.

Adaptation à la liberté de culte

Un accroissement de liberté comporte ses propres difficultés. La prédication sous l’interdiction exigeait du courage. Ceux qui y prenaient part ont appris à se reposer entièrement sur Jéhovah. Voici toutefois ce qu’a déclaré Ralf Schwarz, un ancien de Limbach-Oberfrohna, après la levée de l’interdiction : “ Il faut être plus prudent encore afin de ne pas se laisser détourner par le matérialisme et les inquiétudes de la vie. ” Après le rattachement de l’Allemagne de l’Est à la République fédérale en octobre 1990, certaines familles de l’Est ont déménagé dans des quartiers plus modestes quand les loyers ont augmenté, afin de pouvoir payer ces derniers sans faire d’heures supplémentaires et sans manquer les réunions. — Mat. 6:22, 24.

Même durant les années difficiles sous le régime communiste, les frères ont continué de prêcher, y compris de porte en porte, mais avec prudence. Ils frappaient par exemple à une porte dans un immeuble, puis ils se rendaient dans un autre immeuble, à une autre porte. C’est ce que certains ont fait, même quand les risques d’emprisonnement étaient considérables. Martin Jahn, qui avait seulement 11 ans quand l’interdiction a été décrétée, explique certains changements que les Témoins ont dû opérer : “ Il a fallu redessiner tous les territoires, de manière que les proclamateurs puissent prêcher des quartiers entiers. Nous étions habitués à ne faire que certains numéros ou certains étages. Nous avons suivi cette méthode pendant si longtemps qu’il a fallu se montrer patient envers ceux qui avaient du mal à en changer. En outre, on ne prêtait plus les publications, on les laissait aux gens : c’était nouveau, tant pour les proclamateurs que pour les personnes qui les lisaient. Nous avions tellement  l’habitude de l’ancienne méthode qu’en rentrant, notre sacoche contenait parfois plus de publications qu’en partant. ”

Les gens ont également changé de comportement. Pendant l’interdiction, beaucoup considéraient les Témoins de Jéhovah comme des héros parce qu’ils avaient le courage de leurs opinions. Cela leur valait le respect. La liberté aidant, nombre de gens ont accueilli les Témoins avec un enthousiasme plus mesuré. En quelques années les choses ont changé. Les gens se sont laissé absorber par le mode de vie inhérent à une économie de marché. Certains ont commencé à trouver que la visite des Témoins troublait leur paix et leur tranquillité, qu’elle était même agaçante.

La prédication sous l’interdiction avait exigé du courage. S’adapter à la nouvelle situation n’a pas demandé moins de détermination. En fait, de nombreux Témoins souscrivent à cette déclaration faite par un surveillant originaire d’un pays d’Europe occidentale où l’œuvre a longtemps été interdite : “ Il est plus facile de prêcher sous l’interdiction que librement. ”

L’opposition ne parvient pas à ralentir l’œuvre

Bien que la prédication de la bonne nouvelle en Allemagne de l’Est ait repris avec une nouvelle vigueur, le clergé de la chrétienté s’en est tout d’abord peu préoccupé. En revanche, quand il est apparu clairement que les gens écoutaient les Témoins de Jéhovah, le malaise s’est accentué. Selon le Deutsches Allgemeines Sonntagsblatt, un ministre religieux de Dresde, qui se prétendait expert en religion, a affirmé que “ les Témoins de Jéhovah sont comparables au parti communiste ”. Ainsi, les Témoins de Jéhovah n’étaient plus des espions américains opposés au communisme, selon les accusations du clergé des années 50 ; maintenant, on les assimilait aux communistes ! Évidemment, les gens qui savaient que les Témoins avaient été interdits par les communistes pendant 40 ans ont compris qu’il s’agissait d’un mensonge flagrant.

 Quel était l’objectif du clergé ? Il espérait que l’œuvre des Témoins de Jéhovah serait de nouveau interdite, tout comme elle l’avait été pendant l’époque nazie, puis sous le régime communiste. Bien que des éléments religieux, soutenus par des apostats, aient conjugué leurs efforts pour que les Témoins ne bénéficient pas de la liberté garantie par la constitution, ceux-ci ont saisi toutes les occasions de donner le témoignage, comme Jésus l’avait ordonné. — Marc 13:10.

Certains de ceux qui ont embrassé la vérité

Au nombre de ceux qui ont accepté le message du Royaume figurent des personnes qui étaient très impliquées dans l’ancien système. Egon avait été policier pendant 38 ans en Allemagne de l’Est. Il n’a pas du tout été heureux que sa femme étudie la Bible avec les Témoins de Jéhovah. Cependant, il a été impressionné par leur conduite amicale, pleine d’amour et disciplinée, et aussi par les articles d’actualité de Réveillez-vous ! que les Témoins apportaient régulièrement. Alors qu’il accompagnait sa femme à une assemblée spéciale d’un jour, il s’est trouvé nez à nez avec un frère qu’il avait arrêté autrefois. Quel choc ! On imagine sans peine qu’il se sentait mal à l’aise, et même coupable. Mais, malgré le passé, une amitié s’est nouée entre les deux hommes. Aujourd’hui, Egon et sa femme sont des Témoins baptisés.

Günter avait été membre de la Sécurité pendant 19 ans et avait atteint le grade de commandant. Amer et déçu après l’effondrement du système pour lequel il s’était tant investi, il a rencontré les Témoins pour la première fois en 1991. Il a été impressionné par leur conduite et par la compréhension qu’ils lui ont manifestée eu égard à ses problèmes. Bien qu’athée, il s’est mis à étudier la Bible et a finalement acquis la certitude que Dieu existe. En 1993, il était prêt pour le baptême. Aujourd’hui, il soutient avec joie le Royaume de Dieu.

Un autre homme, qui n’avait pas foi en Dieu et qui était pleinement convaincu que le communisme était le seul espoir  pour l’humanité, n’a eu aucun scrupule à s’infiltrer dans l’organisation de Jéhovah afin d’informer la Sécurité sur ses activités. Après avoir été “ baptisé ” en 1978, il a vécu une double vie pendant dix ans. Mais il reconnaît ceci aujourd’hui : “ La conduite des Témoins de Jéhovah, que j’avais constatée personnellement, et l’étude des livres Création et Révélation : dénouement m’ont convaincu que la plupart de ce que les ennemis des Témoins affirment est faux. Les preuves de l’existence de Dieu sont indéniables. ” Peu avant la chute du mur de Berlin, il a dû prendre une décision difficile : ou il trouvait une excuse pour se retirer du peuple de Jéhovah et continuer d’apporter son soutien à une cause en laquelle il ne croyait plus depuis longtemps, ou il confessait sa traîtrise et s’efforçait alors de devenir un authentique serviteur de Jéhovah. Il a choisi la deuxième solution. Son repentir sincère l’a amené à étudier la Bible et à se faire baptiser de nouveau, cette fois sur la base d’une connaissance exacte et après s’être véritablement voué à Jéhovah.

Maintenant, ils pouvaient en parler !

Une fois l’interdiction levée, les Témoins de l’Est pouvaient parler plus librement de leur vie sous le régime communiste. Au cours de l’inauguration d’un bâtiment administratif le 7 décembre 1996 à Berlin, plusieurs anciens, qui avaient grandement contribué à la vigueur spirituelle du troupeau d’Allemagne de l’Est, ont évoqué leurs souvenirs.

Wolfgang Meise, Témoin de Jéhovah depuis 50 ans, rapporte un fait survenu en juin 1951 — il avait alors 20 ans. Lors d’un grand procès public, il a été condamné à quatre ans de prison. Quand lui et plusieurs autres frères reconnus coupables ont quitté le tribunal, quelque 150 Témoins présents à l’audience se sont massés autour d’eux, leur ont serré la main et ont entonné un cantique. Des têtes ont surgi de toutes les fenêtres du tribunal pour tenter de voir ce qui se passait. Ce n’était pas vraiment le genre d’image que les autorités souhaitaient graver dans le  souvenir du public. Cet épisode mit un terme aux grands procès publics des Témoins.

Egon Ringk raconte qu’aux premiers jours de l’interdiction, des articles de La Tour de Garde étaient dactylographiés au moyen de carbones, de façon à produire six à neuf exemplaires. “ Afin de procurer la nourriture spirituelle aux congrégations, explique frère Ringk, un frère routier de Berlin-Ouest, qui faisait des allers et retours entre Berlin-Ouest et l’Allemagne de l’Est, s’est mis à notre disposition. Le transfert de la ‘ nourriture ’ s’effectuait en trois à quatre petites secondes ; c’était le temps qu’il fallait pour échanger deux gros ours en peluche de taille identique de nos véhicules. À l’arrivée, leurs ventres étaient ‘ soulagés ’ de leur contenu : des messages importants et des renseignements sur les prochains rendez-vous. ” — Voir Ézékiel 3:3.

On a également cité le courage manifesté par les messagers qui allaient chercher des publications à Berlin-Ouest avant que le mur ne soit construit et qui les faisaient entrer clandestinement à l’Est. Bien sûr, cette voie vers Berlin-Ouest pouvait être coupée un jour ou l’autre. C’est pour évoquer cette éventualité précisément qu’un certain nombre de frères d’Allemagne de l’Est ont été invités à une réunion le 25 décembre 1960. “ Il ne fait aucun doute que nous avons été guidés par Jéhovah, a déclaré frère Meise, car le 13 août 1961, quand le mur a soudainement été construit, nous étions prêts. ”

Hermann Laube a entendu parler de la vérité pour la première fois en Écosse où il était prisonnier de guerre. Rentré en Allemagne de l’Est il a compris la nécessité de procurer aux frères autant de nourriture spirituelle que possible, quand l’interdiction a été décrétée. Les Témoins ont donc mis sur pied leur propre imprimerie avec, pour tout matériel, une presse de fortune. “ Mais sans papier, la plus performante des presses ne vaut rien ”, a fait remarquer dans son récit frère Laube, faisant  allusion au jour où on lui a annoncé qu’il ne restait plus que de quoi imprimer trois numéros. Qu’allait-​il se passer ?

“ Quelques jours plus tard, a poursuivi frère Laube, nous avons entendu quelqu’un frapper discrètement à la gouttière de la maison. C’était un frère de Bautzen. ‘ Tu es imprimeur, a-​t-​il dit. Il y a quelques bobines de papier journal à la décharge de Bautzen, des chutes que l’imprimerie du journal a l’intention d’enterrer. Est-​ce qu’elles vous seraient utiles ? ’ ”

Les frères n’ont pas perdu de temps. “ La nuit même nous avons rassemblé un groupe et nous avons foncé à Bautzen. Mais... il ne s’agissait pas seulement de quelques bobines ! Il y avait là près de deux tonnes de papier ! Ce qui est presque incroyable, c’est que nos vieilles guimbardes aient pu les transporter ; pourtant, en un rien de temps, tout était parti. Nous avons eu ainsi suffisamment de papier pour imprimer jusqu’à ce que la Société nous fournisse les publications de petit format imprimées sur papier fin. ”

Étant donné les circonstances, il fallait être extrêmement prudent pour que l’identité des frères reste secrète. Rolf Hintermeyer raconte : “ Un jour, alors que je venais de quitter des frères, j’ai été emmené dans un immeuble pour y être interrogé. J’avais en ma possession plusieurs bouts de papier sur lesquels figuraient des adresses et d’autres renseignements. En arrivant, nous devions grimper un escalier en colimaçon. J’en ai profité pour avaler les bouts de papier. Mais il y en avait tellement que j’ai mis du temps. En haut de l’escalier, les hommes qui m’avaient arrêté se sont aperçus de ce que je faisais et m’ont saisi à la gorge. Moi aussi, j’ai porté les mains à la gorge en bredouillant ‘ Ça y est, enfin avalés ’. En entendant cela ils m’ont relâché, ce qui m’a donné la possibilité d’avaler les papiers pour de bon, maintenant qu’ils étaient plus petits et humectés de salive. ”

Horst Schleussner est venu à la vérité dans le milieu des années 50, au plus fort de la persécution. Aussi savait-​il de quoi  il parlait quand il a dit : “ Il ne fait aucun doute que, dans son amour, Jéhovah Dieu a protégé ses serviteurs durant ces près de 40 ans d’interdiction. ”

Une victoire célébrée à Berlin

Maintenant que l’oppression du régime communiste était derrière eux, les frères se devaient de fêter l’événement. Par-dessus tout, il leur tardait d’exprimer, lors d’un rassemblement public, leurs remerciements à Jéhovah, puisqu’ils avaient dorénavant la possibilité de le servir librement.

Dès la chute du mur de Berlin en novembre 1989, le Collège central a donné des directives pour qu’une assemblée internationale se tienne à Berlin. Un comité d’organisation a rapidement été formé. Le 14 mars 1990 au soir, ses membres devaient se rencontrer pour mettre au point les détails de l’assemblée. Helmut Martin n’a pas oublié le moment où le surveillant de l’assemblée, Dietrich Förster, l’a chargé d’annoncer aux frères rassemblés que la reconnaissance légale venait d’être accordée quelques heures plus tôt aux Témoins de Jéhovah d’Allemagne de l’Est. Oui, l’interdiction était officiellement levée !

L’assemblée ayant été prévue relativement tard, le stade olympique n’était plus libre le week-end. Elle a donc été fixée du mardi 24 au vendredi 27 juillet. Le moment venu, les frères n’ont eu qu’une seule journée pour préparer les lieux et que quelques heures pour les débarrasser.

C’est ainsi que le lundi 23 juillet, des centaines de volontaires étaient déjà dans le stade à 5 heures du matin. Gregor Reichart, membre de la famille du Béthel de Selters, se rappelle que “ les frères d’Allemagne de l’Est se sont mis au travail avec enthousiasme, comme s’ils avaient des années d’expérience ”. Plus tard, un responsable du stade s’est dit satisfait que “ le stade ait été nettoyé de fond en comble pour la première fois ”.

Treize trains spéciaux ont emmené 9 500 Est-Allemands à l’assemblée. En outre, 200 autocars avaient été affrétés. Un  ancien raconte que, alors qu’il faisait la demande d’un train spécial, il a dit à l’employé de la gare que trois trains spéciaux étaient prévus rien que pour la ville de Dresde et ses environs. Les yeux écarquillés, l’homme a demandé : “ Les Témoins de Jéhovah sont-​ils donc si nombreux en Allemagne de l’Est ? ”

Pour ceux qui ont effectué le voyage en train spécial, l’assemblée a commencé avant même qu’ils n’arrivent à Berlin. Un ancien de Limbach-Oberfrohna, Harald Pässler, en évoque le souvenir : “ Nous nous sommes retrouvés à la gare de Chemnitz pour prendre le train. Nous n’oublierons jamais ce trajet jusqu’à Berlin. Après de longues années d’interdiction durant lesquelles notre activité clandestine s’effectuait par petits groupes, il était tout à coup possible de voir en une fois un nombre incalculable de frères. Tout au long du voyage, nous nous sommes mêlés les uns aux autres dans les compartiments du train, pour converser avec des frères que nous n’avions pas vus depuis des années, des dizaines d’années même. La joie des retrouvailles est indescriptible. Tous avaient pris quelques années, mais tous avaient persévéré fidèlement. À la gare de Berlin-Lichtenberg, on nous a souhaité la bienvenue par les haut-parleurs, puis nous avons été dirigés vers différents points de rencontre où nos frères de Berlin nous attendaient avec de grandes pancartes. C’était si nouveau pour nous de sortir de l’anonymat ! Nous avons personnellement observé ce que jusqu’ici nous avions seulement lu ou entendu : nous sommes bel et bien une communauté internationale de frères ! ”

En effet, il s’agissait pour de nombreux Témoins de la toute première assemblée. “ Nous étions tous surexcités quand nous avons été invités ”, se souvient Wilfried Schröter. Sa réaction se comprend, car il s’est voué à Jéhovah en 1972, sous l’interdiction. “ La fièvre nous avait déjà gagnés des semaines auparavant. Je ne m’étais jamais trouvé dans un tel état, et c’était aussi le cas de beaucoup d’autres frères. Voir une communauté internationale  de frères rassemblés dans un immense stade... c’était tout bonnement inconcevable. ”

Combien de fois les frères de Berlin-Est avaient désiré parcourir les quelques kilomètres qui les séparaient de l’endroit où leurs frères étaient réunis en assemblée ! C’était enfin possible.

Près de 45 000 personnes venues de 64 pays étaient présentes, parmi lesquelles sept membres du Collège central. Tous s’étaient déplacés pour s’associer à la joie de leurs frères chrétiens est-allemands, à l’occasion de cet événement marquant. Et dans le stade même où le IIIReich avait tenté de se servir des Jeux olympiques de 1936 pour éblouir le monde de ses prouesses ! Le stade retentissait à nouveau d’applaudissements. Mais, cette fois, les assistants n’ovationnaient pas des athlètes, pas plus qu’ils n’étaient animés de ferveur nationale. Ils appartenaient à une famille internationale véritablement heureuse, celle du peuple de Jéhovah, et ils exprimaient leur gratitude envers Jéhovah et leur reconnaissance pour les précieuses vérités révélées dans sa Parole. À cette occasion, 1 018 candidats au baptême se sont présentés pour l’immersion. La majorité d’entre eux avaient découvert la vérité en Allemagne de l’Est, sous l’interdiction.

Les 4 500 délégués enthousiastes de Pologne étaient sans doute les mieux à même de comprendre ce que ressentaient leurs voisins est-allemands. Eux aussi avaient connu de nombreuses années d’interdiction et ils n’avaient assisté que récemment à leur première grande assemblée. D’ailleurs, un Témoin polonais a écrit par la suite : “ Les frères de Pologne apprécient grandement l’esprit de sacrifice qu’ont manifesté leurs voisins occidentaux en leur offrant le logement, la nourriture, ainsi que le transport sur les lieux de l’assemblée. Sans cette générosité, beaucoup d’entre nous n’auraient pas pu venir. ”

Les frères d’Allemagne de l’Ouest, pour qui se réunir librement au cours de grandes assemblées est chose commune, ont  eux aussi été profondément touchés. “ Il était encourageant de voir ces nombreux frères âgés et fidèles — certains avaient été persécutés pendant les 40 années du régime communiste, mais aussi sous le IIIReich —, et ils étaient assis dans les tribunes mêmes où Adolphe Hitler et les chefs nazis s’étaient assis autrefois ”, a fait remarquer Klaus Feige, membre du Béthel de Selters. Par égard pour les frères et sœurs âgés et handicapés, les tribunes d’honneur leur avaient été réservées. Quel symbole frappant pour le Royaume de Dieu, qui triomphait maintenant  des pouvoirs politiques qui avaient autrefois comploté de stopper sa marche vers la victoire finale !

On pourvoit aux lieux de rassemblement

Très vite après la levée de l’interdiction, des mesures ont été prises pour que les frères puissent bénéficier des assemblées habituelles qui se tiennent dans le monde entier. Avant même que les circonscriptions soient entièrement réorganisées, les congrégations ont été invitées à assister à des assemblées spéciales d’un jour et à des assemblées de circonscription en Allemagne de l’Ouest. Au début, l’assistance était composée pour moitié d’Ouest-Allemands et pour moitié d’Est-Allemands. Ainsi, les liens fraternels se sont resserrés et les frères de l’Est ont pu apprendre le fonctionnement des assemblées au contact de leurs frères de l’Ouest.

À mesure que les circonscriptions se formaient, les Témoins de l’Est ont été invités à se réunir dans les Salles d’assemblées situées à l’Ouest. En raison de leur proximité de l’ancienne frontière, cinq salles ont pu être utilisées : celles de Berlin, de Munich, de Büchenbach, de Möllbergen et de Trappenkamp. Toutefois, dès que cela a été possible, on a commencé à construire une Salle d’assemblées à l’Est. Située à Glauchau, près de Dresde, elle a été inaugurée le 13 août 1994 et, avec sa capacité d’accueil de 4 000 places, c’est actuellement la plus grande Salle d’assemblées des Témoins de Jéhovah d’Allemagne.

On a également construit des Salles du Royaume. Ces salles n’étaient pas autorisées en République démocratique allemande, mais elles étaient maintenant indispensables aux plus de 20 000 Témoins de l’Est. Les travaux de construction en ont plongé plus d’un dans la stupéfaction.

Au sujet de la construction de l’une d’elles à Stavenhagen, on a pu lire ceci dans un journal : “ L’ossature s’est dressée si vite et d’une manière telle que de nombreux curieux en sont  restés confondus. [...] Le bâtiment a été réalisé par quelque 240 ouvriers de 35 corps de métiers, tous bénévoles et tous Témoins de Jéhovah. Tout cela en un week-end et sans salaire. ”

Un autre journal a commenté en ces termes la construction d’une salle à Sagard, dans l’île de Rügen, en mer Baltique : “ Une cinquantaine d’hommes et de femmes, affairés telles des abeilles, travaillent aux fondations. Mais pas de bousculade. L’atmosphère est extraordinairement calme et amicale. En dépit de la rapidité de leur travail, aucun ne semble nerveux et aucun n’aboie après un autre, comme c’est souvent le cas sur les chantiers. ”

Fin 1992, sept Salles du Royaume étaient construites et accueillaient 16 congrégations. Une trentaine d’autres étaient à l’étude. En 1998, plus de 70 % des congrégations de l’ex-Allemagne de l’Est se réunissaient déjà dans leurs propres salles.

Des assemblées internationales passionnantes

À mesure que les restrictions gouvernementales se sont levées, le Collège central a organisé des assemblées dans les pays d’Europe de l’Est. Ces dernières ont bâti spirituellement les assistants et les ont encouragés à ne pas perdre de vue l’œuvre que Dieu a confiée à ses serviteurs (Mat. 6:19-24, 31-33 ; 24:14). D’autre part, pendant des années, la plupart des Témoins de ces pays n’avaient pu se réunir que par petits groupes. Les assemblées leur ont permis de connaître leurs compagnons et d’être encouragés en constatant que Jéhovah avait béni leur fidèle endurance. En outre, des délégués étrangers avaient également été invités afin que les frères saisissent pleinement qu’ils appartiennent à une communauté internationale. Beaucoup de ces délégués étaient originaires d’Allemagne. Ils ont assisté en grand nombre aux assemblées internationales qui se sont déroulées entre 1989 et 1993 en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et en ex-Union soviétique.

 En 1991, la veille de l’assemblée internationale “ Les amis de la liberté ” qui s’est tenue à Prague (dans l’actuelle République tchèque), le journal Lidové noviny a fait état du travail remarquable accompli par une équipe de 40 Témoins pour installer “ la sonorisation que leur avaient prêtée leurs ‘ frères allemands ’ ”. En fait, les frères allemands ne se sont pas contentés de prêter le matériel ; ils étaient aussi parmi les installateurs. Ils ont été heureux de transmettre à leurs frères tchèques le savoir-faire que des dizaines d’années d’assemblées leur avaient permis d’acquérir. Bien que le nombre de délégués allemands ait été généralement limité à quelques centaines par assemblée, 30 000 délégués internationaux avaient été invités à l’assemblée de Prague. Et quelle assemblée !

Dieter Kabus, qui avait été surveillant de district en Tchécoslovaquie en 1955, mais qui assistait à l’assemblée en tant que délégué allemand, a écrit ceci : “ Quand la parution de la Traduction du monde nouveau [à présent imprimée par les Témoins de Jéhovah] a été annoncée, tout le monde s’est levé et le stade a explosé en applaudissements interminables. Nous nous embrassions tous ; des milliers d’assistants laissaient couler sans honte des larmes de joie. Nous pensions à l’époque où, en prison, nous n’avions qu’une bible pour 16 frères. Après l’assemblée beaucoup sont restés une heure et plus à chanter des cantiques et à se réjouir en aussi bonne compagnie. ”

L’année suivante, en 1992, des délégués allemands étaient également présents à l’assemblée internationale de Saint-Pétersbourg, en Russie. Certains se souviennent sans doute que tout n’a pas marché comme sur des roulettes, du moins en ce qui concerne le logement. Mais même cette mésaventure a donné lieu à un témoignage. Lorsqu’un groupe de délégués a dû changer d’hôtel à la dernière minute, l’interprète russe, âgée d’une cinquantaine d’années, a été si impressionnée par leur conduite qu’elle s’est exclamée : “ Vous n’êtes pas normaux ;  vous ne criez pas et vous ne vous fâchez pas ! ” En revanche, les délégués ne sont pas près d’oublier l’état d’esprit manifesté par leurs chers frères et sœurs russes. Voici ce qu’une déléguée allemande a écrit après l’assemblée : “ Les frères ont accordé au programme une valeur qui ne peut se décrire avec des mots. Sans bible et sans cantique [à cette époque les bibles et les cantiques étaient encore en quantité limitée], ils écoutaient avidement et attentivement ce que Jéhovah avait à leur dire. ”

L’année suivante, plus de 1 200 Témoins allemands ont assisté aux assemblées internationales de Moscou (Russie) et de Kiev (Ukraine). Que de moments exaltants ils ont eu à raconter en rentrant ! Titus Teubner, surveillant itinérant depuis 1950 et délégué à cette assemblée, a déclaré : “ J’en avais fait la promesse devant ma femme : que l’œuvre vienne seulement à s’ouvrir à l’Est, et je figurerais parmi les assistants de la première assemblée qui aurait lieu à Moscou. ” Après avoir réalisé son rêve en 1993, il a ajouté : “ J’ai proposé, sur la place Rouge, des périodiques qui traitaient du gouvernement divin. Cela frisait le miracle ! ” Une sœur allemande a écrit : “ Nous avons assisté à l’assemblée pour encourager nos frères russes, et c’est, du reste, ce que nous avons fait. Mais l’inverse s’est aussi produit. Nos frères russes nous ont merveilleusement encouragés par leur amour, leur gratitude, leur fidélité et leur contentement exemplaires. ”

Les membres de la famille du Béthel de Selters ont été extrêmement heureux d’avoir pu servir leurs frères et sœurs fidèles. Ils ont saisi toute la valeur de ce privilège quand ils ont entendu le récit des chauffeurs du Béthel qui avaient effectué les livraisons dans différents pays. Ils ont raconté l’empressement avec lequel ils avaient été accueillis, la joie des frères qui aidaient à décharger le camion, même tard dans la nuit, et les prières que les frères prononçaient à leur intention avant de les saluer au moment du départ.

 Des bâtiments supplémentaires... d’urgence !

Dans un pays d’Europe de l’Est après l’autre, les interdictions étaient levées, de grandes assemblées étaient organisées et l’œuvre de prédication de la bonne nouvelle s’accélérait. La demande de publications bibliques pour ces pays augmentait rapidement. Comment allait-​on y faire face ? La filiale d’Allemagne a été invitée à satisfaire à cette demande.

Déjà en 1988, avant la chute du mur de Berlin, le Collège central avait donné son accord pour que les locaux de la filiale soient agrandis de 50 %. Au premier abord, le Comité de la filiale ne voyait pas en quoi cet agrandissement était utile. Un grand Béthel tout neuf avait été inauguré quatre ans plus tôt. Mais les frères ont quand même déposé une demande auprès des services concernés. Frère Rudtke explique : “ Lorsque nous avons présenté nos plans, le responsable des services de l’urbanisme de Selters m’a dit discrètement : ‘ Je vous conseille d’agrandir au maximum, car c’est la dernière autorisation que l’on vous octroie. ’ Cela nous a donné à réfléchir. ” Fait remarquable, toutes les autorisations ont été obtenues auprès des différents services municipaux en l’espace de quelques mois, alors que les 50 % d’agrandissement initialement prévus étaient passés à 120 % !

Les travaux proprement dits ont commencé en janvier 1991. Toutefois, à en juger par le nombre peu élevé de volontaires expérimentés ainsi que par le soutien financier restreint, tous les frères et sœurs ne semblaient visiblement pas convaincus de leur utilité. Que pouvait-​on envisager ?

À l’évidence, les frères avaient tout simplement besoin de plus d’informations. C’est pourquoi des réunions spéciales, auxquelles ont été conviés certains anciens, ont été organisées dans toutes les Salles d’assemblées allemandes le 3 octobre 1991. On a expliqué à ces frères qu’au cours des dix années précédentes la production de livres avait presque triplé en Allemagne.  Des interdictions avaient en effet été levées en Pologne, en Hongrie, en Allemagne de l’Est, en Roumanie, en Bulgarie, en Ukraine et en Union soviétique. On imprimait donc maintenant pour des pays situés bien au-delà des frontières allemandes, et les prédicateurs de ces pays réclamaient des publications à cor et à cri. Or, c’est la filiale de Selters qui avait été mise à contribution pour répondre à cette demande. Après avoir bien mesuré l’étendue des besoins, les frères et sœurs se sont montrés généreux.

En fait, le manque initial de volontaires s’est transformé en une véritable bénédiction. En quel sens ? Au lieu de ne compter que sur des volontaires allemands, la filiale a décidé d’utiliser une disposition prévue en 1985 par le Collège central. C’est cette année-​là en effet qu’a été mis en place un programme international de construction. Ainsi, jusqu’à la fin des travaux, 331 volontaires de 19 pays différents ont offert leurs services aux côtés de la famille du Béthel.

Nombre de Témoins allemands ont également apporté leur concours, la plupart du temps pendant leurs vacances. Environ 2 000 proclamateurs sont venus de l’ex-Allemagne de l’Est. Sous l’interdiction, peu d’entre eux auraient imaginé qu’ils serviraient un jour au Béthel !

L’inauguration

Que ce soit par leur aide physique, financière, ou par leurs prières, tous les proclamateurs d’Allemagne ont soutenu la réalisation de ce projet. Selters était leur Béthel, un vaste complexe que l’on avait étendu, et qu’eux-​mêmes voulaient maintenant dédier à Jéhovah. Aussi des dispositions avaient-​elles été prises bien avant l’achèvement des travaux, afin que tous les frères et sœurs d’Allemagne, ainsi que beaucoup d’invités étrangers, puissent célébrer ensemble l’événement.

Pour commencer le programme, le samedi 14 mai 1994 au matin, on a mis l’accent sur l’ouverture de la “ grande porte  qui donne accès à l’activité ” en Europe de l’Est (1 Cor. 16:9). Les frères de ces pays ont eux-​mêmes présenté des rapports sur l’accroissement phénoménal déjà enregistré et sur les perspectives d’avenir, ce qui a fortifié la foi des auditeurs. L’enthousiasme qui avait gagné les 3 658 assistants du samedi ne s’est pas refroidi le dimanche. Tous les Témoins de Jéhovah d’Allemagne avaient été invités à se réunir dans six stades loués pour l’occasion : Brême, Cologne, Gelsenkirchen, Leipzig, Nuremberg et Stuttgart.

Alors que des dizaines de milliers d’assistants, impatients, faisaient silence, le programme a débuté simultanément dans les six stades. Après un bref résumé de l’inauguration qui avait eu lieu la veille à Selters, des délégués étrangers ont présenté des rapports encourageants. Il y a eu des moments forts : les discours prononcés à Gelsenkirchen, à Leipzig et à Stuttgart par trois membres du Collège central, chacun d’eux étant présent dans l’un des stades. Ces discours ont été retransmis par liaison téléphonique dans les autres stades, afin que chacun puisse les entendre. Les 177 902 assistants ont été encouragés à rester forts dans la foi et à lutter contre tout ce qui pourrait les ralentir. C’était maintenant le moment d’agir ! Jéhovah avait ouvert les portes de l’expansion en Europe de l’Est et rien ne devait entraver son œuvre. Avant de s’incliner pour remercier Jéhovah, les assistants ont chanté en chœur : “ C’est par milliers que tous nos frères Se tiennent à nos côtés. Ils sont Témoins du vrai Dieu, Qu’ils servent avec piété. ” Il y a rarement eu une aussi grande manifestation de l’unité et de la détermination propres au peuple de Jéhovah.

Les deux jours d’inauguration avaient pris fin, mais pas l’expansion. Tôt le lundi matin, les frères du chantier avaient du pain sur la planche. Un nouveau système prévoyant un entrepôt central ayant été depuis peu adopté dans le but d’éviter des dépenses inutiles et de refaire plusieurs fois le même travail, il fallait agrandir les locaux d’expédition à Selters.

 En 1975, la filiale d’Allemagne avait produit 5 838 095 livres et 25 289 120 périodiques. Une vingtaine d’années plus tard, à la fin de l’année de service 1998, on était passé à 12 330 998 livres, 199 668 630 périodiques et 2 656 184 cassettes audio. Cet accroissement extraordinaire était principalement dû aux besoins des pays de l’Est.

À mesure que les interdictions se levaient dans les pays de l’Est, le Béthel de Selters y envoyait des publications. En fait, 68 % des publications produites à Selters entre mai 1989 et août 1998, soit 58 793 tonnes, ont été envoyées dans 21 pays d’Europe de l’Est et d’Asie. Cela correspond à une file de 2 529 poids lourds ayant une charge de 23 tonnes.

On construit, mais on prêche aussi

Depuis 1975, les Témoins de Jéhovah ont beaucoup construit. Et, à l’image de Noé qui, tout en étant constructeur, fut aussi “ prédicateur de justice ”, les Témoins s’efforcent d’assumer leurs responsabilités avec équilibre (2 Pierre 2:5). Ils reconnaissent que l’activité de construction est aujourd’hui un aspect important du vrai culte. Mais, en même temps, ils ne perdent  pas de vue le caractère important et urgent de la prédication de la bonne nouvelle.

En réalité, le Bureau du service a remarqué que l’activité déployée lors de la construction de Selters avait contribué à une augmentation du temps passé dans la prédication. Outre le fait, bien sûr, que construire des bâtiments à des fins théocratiques constituait en soi un témoignage. La construction rapide de Salles du Royaume et de Salles d’assemblées a toujours étonné ceux qui nous observent. Ces réalisations des Témoins de Jéhovah, accomplies avec zèle et dévouement, dirigent l’attention sur la bonne nouvelle qu’ils prêchent. Les gens sincères veulent  découvrir la force qui anime les Témoins de Jéhovah plus qu’aucun autre groupe religieux.

Que s’était-​il donc passé à Magdebourg ?

Une des Salles du Royaume inaugurées pendant cette période se trouvait à Magdebourg. En 1923, le bureau allemand des Témoins de Jéhovah avait été transféré de Barmen à Magdebourg. En 1927-​1928, une Salle d’assemblées digne de ce nom, pouvant accueillir 800 personnes, y avait été construite. En témoignage de leur reconnaissance pour le livre La Harpe de Dieu, les frères l’avaient baptisée la Salle de la Harpe. Le mur du fond était une fresque qui représentait le roi David jouant de la harpe.

En juin 1933, les nazis confisquèrent le bâtiment de Magdebourg, fermèrent l’imprimerie et hissèrent la croix gammée au-dessus des locaux du Béthel. Après la Seconde Guerre mondiale, les Témoins récupérèrent leurs biens, mais pas pour longtemps. En août 1950, ils étaient de nouveau expropriés, cette fois par les autorités communistes.

En 1993, après la réunification, une grande partie des locaux ont été restitués aux Témoins, le reste étant en partie remboursé. Parmi les locaux restitués figurait la Salle de la Harpe. Après plusieurs mois de rénovation, Magdebourg avait une Salle du Royaume convenable et utile.

“ C’est la troisième fois que ces locaux sont inaugurés, a expliqué Peter Konschak au cours de l’inauguration. La première fois, c’était dans les années 20, la deuxième en 1948 et la troisième aujourd’hui en 1995. ” Willi Pohl, membre du Comité de la filiale d’Allemagne, a prononcé le discours d’inauguration. Il avait servi au Béthel de Magdebourg dans sa jeunesse. En fait, en 1947, quand Hayden Covington, représentant du siège mondial, s’était adressé dans cette salle même aux frères et sœurs allemands, c’est frère Pohl qui avait fait office d’interprète.  “ Je vous laisse imaginer à quel point je suis ému de prononcer ce discours ”, a-​t-​il confié aux 450 invités.

Aujourd’hui, plusieurs congrégations de Magdebourg se réunissent régulièrement dans la salle qui s’appelait autrefois la Salle de la Harpe. Elles constituent la preuve vivante que les déclarations que Jéhovah fait à ses serviteurs sont vraies, comme celle consignée par Isaïe il y a plus de 2 700 ans : “ Toute arme qui sera formée contre toi n’aura pas de succès. ” Ou encore ce rappel fait par le roi Hizqiya : “ Avec nous il y a Jéhovah notre Dieu, pour nous secourir et pour combattre nos combats. ” — Is. 54:17 ; 2 Chron. 32:8.

Un bureau de traduction

La traduction occupe une place importante dans le travail effectué par la filiale d’Allemagne. Le Service de la traduction allemand a été transféré de Berne (Suisse) à Wiesbaden, en 1956. À cette époque, il ne comptait que quatre membres, dont Alice Berner et Erika Surber qui y sont restées jusqu’à la fin de leur vie. Anny Surber, l’une des quatre premières, y est encore. Ce service s’est agrandi au fil des années, si bien que, dans la plupart des cas, non seulement La Tour de Garde et Réveillez-vous ! mais aussi les livres paraissent en allemand en même temps qu’en anglais.

Outre l’allemand, on a également traduit en russe et en polonais à partir des années 60. Ce travail s’effectuait sous la tutelle du service s’occupant des pays étrangers où les Témoins de Jéhovah étaient interdits, comme l’Allemagne de l’Est, la Pologne et l’Union soviétique.

Dès que cela a été possible, des traducteurs expérimentés de Pologne et un certain nombre de traducteurs débutants de l’Union soviétique ont été invités à Selters. Là, ils disposaient des outils nécessaires et d’un cadre idéal pour recevoir une formation. Ils pouvaient également tirer profit de l’expérience des  traducteurs allemands, qui leur communiqueraient des astuces utiles à tous les traducteurs, quelle que soit la langue. Les membres de la famille du Béthel de Selters se sont vite attachés à eux.

Bien sûr, cette formation aurait une fin et les traducteurs retourneraient dans leur pays. C’est ainsi que, lorsque le nouveau Béthel près de Varsovie a été achevé et inauguré en 1992, et après avoir terminé un travail important, les traducteurs polonais sont repartis pour la Pologne et y ont retrouvé le reste de leur équipe.

Mais avant leur départ, d’autres traducteurs débutants, russes et ukrainiens, sont arrivés pour être formés. Les cinq premiers ont fait leur apparition le 27 septembre 1991 et les autres les ont suivis plus tard. En tout, plus de 30 traducteurs sont venus à Selters.

Les traducteurs russes ont quitté Selters en janvier 1994 pour s’installer au Béthel encore en travaux de Solnechnoye, près de Saint-Pétersbourg. Quant aux traducteurs ukrainiens, à l’heure où nous écrivons, ils se préparent à partir dans un avenir proche pour l’Ukraine, où un nouveau Béthel est en projet. D’autres équipes de traducteurs sont également venues travailler quelque temps à Selters et ont tiré avantage de l’aide qui leur a été offerte. On voit en cela un rappel constant que Jéhovah a pour dessein de rassembler des gens “ de toutes nations et tribus et peuples et langues ”, qui constitueront la “ nouvelle terre ”, le fondement d’une société humaine qui s’attachera à servir Jéhovah, le seul vrai Dieu. — Rév. 7:9, 10 ; 2 Pierre 3:13.

Des séminaires internationaux ont lieu à Selters

La filiale d’Allemagne étant bien située, elle attire beaucoup de visiteurs. La ville de Francfort prétend en effet que, grâce à son aéroport international, elle constitue la porte de l’Europe la plus fréquemment empruntée. Et comme Selters n’est qu’à 60 kilomètres à peine de l’aéroport, de nombreux Témoins,  même s’ils n’ont pas Francfort pour destination finale, y font une escale qu’ils qualifient de revigorante : ils viennent visiter le Béthel et apprécient l’accueil que la famille du Béthel leur réserve pendant ces quelques heures.

Cette excellente situation géographique a également permis à Selters d’organiser des séminaires internationaux, ainsi que des réunions, au cours desquels des représentants de différentes filiales ont pu s’entretenir. En 1992, par exemple, le Comité d’édition du Collège central a réuni à Selters pendant quatre jours des représentants de 16 filiales européennes et des frères de Brooklyn. Les participants avaient pour objectif de coordonner leurs activités, de sorte que toutes les filiales d’Europe, y compris celles des pays économiquement faibles, aient de la nourriture spirituelle en quantité.

Soit dit en passant, avant que cette mesure ne soit prise, les Témoins de Jéhovah d’Allemagne proposaient déjà, sans le moindre paiement en échange, leurs publications bibliques à toutes les personnes désireuses de les lire. Les accusations selon lesquelles les Témoins de Jéhovah vendent des ouvrages dans un but lucratif sont donc sans fondement.

Après le séminaire de Selters, cette disposition a été étendue à toute l’Europe, ce qui s’est avéré une bénédiction pour l’Europe de l’Est où une multitude de personnes souffrent de la faim spirituelle tout en étant souvent éprouvées par des difficultés économiques. Mais alors, comment les dépenses occasionnées par l’œuvre mondiale du Royaume sont-​elles payées ? Elles le sont par des offrandes non sollicitées, faites par les Témoins de Jéhovah et d’autres personnes reconnaissantes. Pourquoi font-​ils de telles offrandes ? Pour certains, il est important que chacun ait la possibilité de savoir que l’on peut mener dès à présent une vie meilleure en appliquant les principes bibliques (Is. 48:17 ; 1 Tim. 4:8). D’autres ont également à cœur que la bonne nouvelle du Royaume de Dieu soit prêchée partout avant que Dieu  ne mette un terme au présent système de choses méchant. — Mat. 24:14.

En 1992, au cours d’un second séminaire, on a étudié la possibilité d’expédier directement les publications aux congrégations européennes, et cela depuis l’Allemagne, plutôt que de les envoyer aux filiales qui, à leur tour, les faisaient parvenir aux congrégations. En avril 1993, un troisième séminaire a vu la mise en application de cette mesure par six pays d’Europe centrale. En février 1994, un autre séminaire a été organisé à Vienne, en Autriche, à l’intention des pays d’Europe de l’Est, et les mêmes mesures ont été appliquées aux congrégations de 19 pays supplémentaires.

Les avantages de cette nouvelle disposition sont réels. Les dépenses sont réduites. En effet, dès lors que les publications ne sont plus stockées dans les filiales, de grands services pour l’expédition ne sont plus nécessaires. Dans certains pays, on a pu ainsi éviter d’agrandir les locaux. En outre, les nouveaux Béthels n’ont plus à être aussi spacieux, puisque c’est la filiale d’Allemagne qui assure le stockage, le conditionnement et l’envoi des publications.

C’est ainsi que la filiale d’Allemagne est passée d’une réserve d’environ 2 000 ouvrages en 59 langues, en 1989, à 8 900 ouvrages en 226 langues, en 1998. En avril 1998, elle procurait des publications aux 742 144 proclamateurs de 8 857 congrégations, dans 32 pays.

La haine pour les vrais chrétiens : pas seulement dans le passé

La veille de sa mort, Jésus a dit à ses disciples : “ Parce que vous ne faites pas partie du monde, mais que je vous ai choisis du milieu du monde, voilà pourquoi le monde a de la haine pour vous. [...] S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. ” (Jean 15:19, 20). Ainsi, il fallait s’attendre à ce que la  persécution des Témoins de Jéhovah ne disparaisse pas totalement d’Allemagne après la chute du IIIReich. Pareillement, quand les restrictions imposées par le parti communiste ont été levées, bien que, d’un point de vue général, le peuple ait pu jouir d’une liberté individuelle accrue, la persécution des Témoins de Jéhovah n’a pas cessé. Elle a simplement revêtu d’autres formes. — 2 Tim. 3:12.

Prenant maintenant le relais de ceux qui avaient persécuté le peuple de Jéhovah, les apostats ont ramassé le bâton pour battre leurs anciens compagnons chrétiens (Mat. 24:48-51).  À la fin des années 80 et au début des années 90, ils se sont fait entendre et ont multiplié leurs fausses accusations avec une virulence croissante. Certains producteurs de débats télévisés ont présenté les apostats comme des “ spécialistes ” des Témoins de Jéhovah. Toutefois, des personnes au cœur honnête ont douté du bien-fondé de ces jugements, basés sur les déclarations d’anciens Témoins visiblement contrariés. Après l’une de ces émissions, un jeune homme a téléphoné au Béthel de Selters et a expliqué que, quelques années auparavant, il avait étudié la Bible avec l’ex-Témoin qui venait d’être interviewé, mais qu’il avait arrêté pour des raisons personnelles. Cependant, lorsqu’il a reconnu son ancien enseignant de la Bible à la télévision, il s’est révolté. Comment cet homme pouvait-​il dire des choses pareilles sur les Témoins tout en sachant pertinemment que c’étaient des mensonges ? Au bout du compte, ce jeune homme s’est remis à étudier la Bible, cette fois avec un ancien de la congrégation.

 Mais il y a, bien sûr, énormément de personnes qui croient, sans se poser de questions, ce que disent la télévision et les journaux. Étant donné la fréquence des attaques médiatiques contre les Témoins de Jéhovah, la Société a publié une brochure spécifique de 32 pages en vue de démentir ce flot de propagande mensongère. Elle s’intitule Les Témoins de Jéhovah, vos voisins — Qui sont-​ils ?

Cette brochure contient les résultats d’un sondage réalisé en 1994 auprès d’environ 146 000 Témoins de Jéhovah allemands. Ce sondage réfute aisément nombre d’idées fausses répandues au sujet des Témoins. S’agit-​il d’une religion pour dames âgées ? Quatre Témoins sur dix en Allemagne sont de sexe masculin, et la moyenne d’âge des Témoins est de 44 ans. Les fidèles ont-​ils été conditionnés depuis leur enfance ? Cinquante-deux pour cent se sont convertis à l’âge adulte. Cette religion brise-​t-​elle les familles ? Dix-neuf pour cent des Témoins sont célibataires, 68 % sont mariés, 9 % sont veufs et 4 % seulement sont divorcés, bon nombre d’entre eux l’étant avant de devenir Témoins de Jéhovah. Est-​il interdit d’avoir des enfants ? Près de 80 % des Témoins de Jéhovah mariés ont des enfants. Les fidèles sont-​ils intellectuellement en dessous de la moyenne ? Un tiers des Témoins parlent au moins une langue étrangère et 69 % se tiennent au courant de l’actualité. Cette religion empêche-​t-​elle ses fidèles de profiter de la vie ? Chaque Témoin passe 14,2 heures par semaine dans diverses activités récréatives. Parallèlement, il consacre 17,5 heures à ses activités religieuses, auxquelles il accorde la priorité.

Dans cette brochure, l’affaire du “ petit Oliver ” a particulièrement attiré l’attention. Peu après sa naissance en 1991, les médecins ont remarqué une malformation cardiaque. Le moment venu, la maman d’Oliver a pris des dispositions pour qu’il soit opéré, et, pour agir conformément à ses croyances, elle a trouvé des praticiens disposés à opérer sans transfusion de sang.  Mais des adversaires ont déformé les faits de façon à discréditer les Témoins de Jéhovah. Même après l’opération, pratiquée sans transfusion et réussie, un journal a laissé entendre, dans un article qui faisait la une, qu’Oliver venait d’être ‘ sauvé grâce à une transfusion de sang ’, en dépit de l’opposition d’une mère “ fanatique ”. La brochure a culbuté ce mensonge éhonté.

À l’origine, la brochure était uniquement destinée aux personnes qui s’interrogeaient sur les fausses accusations portées contre les Témoins de Jéhovah. Mais, en 1996, on a revu la conception de la couverture, on a proposé une étude biblique gratuite à domicile en dernière page et 1 800 000 exemplaires ont été distribués dans toute l’Allemagne.

On fournit des faits aux médias

Cette même année, on a encore avancé d’un pas dans la lutte contre ceux qui persistent à utiliser les médias pour donner une image déformée des Témoins de Jéhovah. Walter Köbe a été nommé responsable du service d’information. Il explique : “ La campagne intensive mise en œuvre par nos opposants nous a contraints à nous organiser pour fournir davantage d’informations. ” Des Témoins ayant des qualités pour les relations publiques ont été recherchés, puis formés lors de séminaires. On a délimité de façon appropriée 22 régions et, en 1998, des centaines de délégués à l’information veillaient particulièrement à entrer en relation directe avec les rédacteurs de presse et les journalistes.

Dans le même esprit, ce service a également organisé la projection du film vidéo intitulé La fermeté des Témoins de Jéhovah face à la persécution nazie. La version allemande a été projetée en première mondiale le 6 novembre 1996, au Mémorial du camp de Ravensbrück, où nombre de Témoins de Jéhovah avaient été internés. Des journalistes et d’éminents historiens étaient présents.

 Au 1er septembre 1998, plus de 269 000 personnes avaient assisté aux 331 projections publiques de cette vidéo. Parmi les spectateurs, on ne comptait pas que des Témoins. Il y avait également des journalistes, des représentants du gouvernement et le public. Des centaines de journaux ont commenté — dans l’ensemble sur un ton positif — ces projections. Sur les 331 projections, 176 comprenaient une exposition sur la persécution des Témoins de Jéhovah par les nazis.

Les journalistes sont de plus en plus nombreux à partager l’opinion de leur collègue, qui a écrit ceci dans la Meissner Zeitung en novembre 1993 : “ Ceux pour qui les Témoins de Jéhovah sont des gens crédules qui suivent aveuglément un enseignement biblique peu réaliste seront surpris de découvrir avec quelle précision ils se sont identifiés à leur Modèle Jésus Christ, et constateront qu’ils transposent cette connaissance dans leur vie, qui est riche de sens. ”

Un demi-siècle après, ils sont toujours fermes

Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis que les Témoins de Jéhovah allemands ont été libérés des camps. Mais leur intégrité n’a pas sombré dans l’oubli. Grâce à elle, un témoignage puissant est donné dans le monde entier encore actuellement. À l’heure où nous écrivons, certains de ceux que l’on a internés en raison de leur foi inébranlable sont toujours en vie, et leur zèle pour le service de Jéhovah n’a pas faibli. Leur position courageuse atteste que Jéhovah protège son peuple. Écoutez quelques-uns de ces survivants, qui s’expriment au nom de centaines d’autres et, au passage, notez leur âge (calculé début 1998) indiqué entre parenthèses.

Heinrich Dickmann (95 ans) : “ À Sachsenhausen, on m’a obligé à assister à l’exécution de mon frère Auguste, qui a eu lieu en présence de tous les prisonniers. On m’a promis la liberté immédiate si je renonçais à ma foi. Devant mon refus, le commandant  m’a dit : ‘ Réfléchis bien ; tu peux compter tes jours. ’ Cinq mois plus tard, c’est lui, et non moi, qui mourait. J’avais pour devise : ‘ Confie-​toi en Jéhovah de tout ton cœur. ’ C’est toujours ma devise. ”

Änne Dickmann (89 ans) : “ Je considère [mes années de camp] comme une formation qui m’aide à rester fidèle à Jéhovah, le grand Créateur, Celui qui nous a donné la vie. Tout ce que j’y ai vécu a enrichi ma vie et m’a rapprochée de Dieu. Ma foi en Dieu et mon amour pour lui : voilà ce qui m’a motivée durant toutes ces années. Personne ne m’a jamais obligée à le servir. ”

Josef Rehwald (86 ans) : “ Quand je repense à ces pénibles épreuves, je ressens de la satisfaction, car, malgré les pressions et les souffrances, je suis resté fidèle et neutre, conformément aux principes du christianisme. Je suis convaincu que, si j’ai survécu, c’est uniquement grâce à l’aide du Dieu Tout-Puissant, Jéhovah ! Mes convictions chrétiennes sont même plus fortes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient hier, et je veux rester du côté de Dieu, sans faire de compromis. ”

Elfriede Löhr (87 ans) : “ Quand je repense à tout ce que j’ai vécu durant mes huit ans d’emprisonnement sous Hitler, je dois reconnaître qu’on s’attendait à tout. Il était clair que, d’un côté, la voie de la vérité était synonyme de lutte et de persécution, mais, par ailleurs, elle signifiait joie et victoire. Je n’ai pas le sentiment d’avoir perdu mon temps. ”

Maria Hombach (97 ans) : “ Les mots me manquent pour dire ma joie d’avoir eu cette occasion unique de démontrer mon amour et ma reconnaissance pour Jéhovah dans des conditions aussi terribles. Personne ne m’obligeait à le faire ! Au contraire, les pressions venaient de l’ennemi, de ceux qui voulaient, par les menaces, nous amener à obéir à Hitler plutôt qu’à Dieu. C’était peine perdue ! J’étais heureuse, même derrière les murs de la prison, parce que j’avais la conscience nette. ”

 Gertrud Poetzinger (86 ans) : “ J’ai été condamnée à trois ans et demi de régime cellulaire. L’officier qui m’a reconduite dans ma cellule après le verdict m’a dit : ‘ Merci. Grâce à vous, je crois de nouveau en Dieu. Restez aussi courageuse que vous l’êtes aujourd’hui et vous n’aurez pas de mal à traverser vos trois années et demie. ’ Il avait raison ! C’est dans cette période d’isolement que j’ai particulièrement ressenti l’amour de Jéhovah et la force qu’il donne. ”

Oui, les survivants des camps de concentration tiennent toujours ferme. Aujourd’hui, plus de cinquante ans après leur libération, leur intégrité offre encore un puissant témoignage au monde entier, à la louange de Jéhovah. Quel encouragement pour tous les serviteurs de Dieu !

La prédication de la bonne nouvelle n’est pas achevée en Allemagne. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Témoins de Jéhovah allemands ont consacré plus de 800 000 000 d’heures à parler du Royaume de Dieu. Dans le même temps, leur ministère a changé des vies dans bien d’autres pays. Ils se considèrent, non comme un groupe national à part, mais comme une partie de la famille mondiale des adorateurs de Jéhovah.

Cette unité internationale s’est manifestée d’une manière remarquable en 1998, année où 217 472 personnes ont assisté aux cinq assemblées internationales ayant pour thème “ La voie de Dieu mène à la vie ”. Le programme a été présenté en 13 langues pour les délégués venus nombreux de l’étranger. Ces assemblées ont souligné l’importance de rester fidèle et de prêcher la bonne nouvelle avec persévérance. Avec l’aide de Jéhovah, le seul vrai Dieu, les Témoins de Jéhovah d’Allemagne sont déterminés à suivre fidèlement la voie de Dieu, elle qui mène à la vie.

 [Carte, page 79]

(Voir la publication)

ALLEMAGNE DE L’OUEST

Hambourg

Meckenheim

Selters

Francfort

Wiesbaden

Reutlingen

Munich

ALLEMAGNE DE L’EST

Berlin

Magdebourg

Glauchau

 [Illustrations pleine page, page 66]

[Illustration, page 69]

L’assemblée internationale “ Le Royaume triomphant ”, Nuremberg, 1955.

 [Illustrations, page 73]

Les Témoins allemands ont aidé de nombreux immigrés à tirer profit des vérités bibliques.

[Illustration, page 88]

Le Béthel de Wiesbaden en 1980.

[Illustration, page 90]

Le Comité de la filiale (de gauche à droite). Premier rang : Günter Künz, Edmund Anstadt, Ramon Templeton, Willi Pohl. Derrière : Eberhard Fabian, Richard Kelsey, Werner Rudtke, Peter Mitrega.

 [Illustrations, page 95]

Quelques-unes des dix Salles d’assemblées d’Allemagne :

1. Glauchau

2. Reutlingen

3. Munich

4. Meckenheim

5. Berlin

[Illustration, page 99]

Martin et Gertrud Poetzinger.

[Illustrations, pages 100, 101]

Le Béthel de Selters.

 [Illustrations, page 102]

Quelques missionnaires originaires d’Allemagne : 1) Manfred Tonak, 2) Margarita Königer, 3) Paul Engler, 4) Karl Sömisch et 5) Günter Buschbeck.

[Illustrations, page 110]

Une fois l’interdiction levée, des publications ont été envoyées en grand nombre en Europe de l’Est.

 [Illustrations, page 118]

L’assemblée de Berlin, en 1990.

[Illustrations, page 124]

Première Salle du Royaume construite en ex-Allemagne de l’Est.

[Illustrations, pages 132, 133]

L’inauguration à Selters (ci-dessus), puis dans six stades d’Allemagne.

[Illustration, page 139]

Les armes utilisées pour lutter contre le flot de désinformation.

 [Illustration, pages 140, 141]

Bien qu’ils aient été prisonniers dans des camps de concentration (où les Témoins de Jéhovah étaient identifiés par un triangle violet), ces fidèles chrétiens (ici à Brandebourg, en 1995) ont tenu ferme dans la foi.

 [Illustrations, page 147]

Page suivante, dans le sens des aiguilles d’une montre : Heinrich Dickmann, Änne Dickmann, Gertrud Poetzinger, Maria Hombach, Josef Rehwald et Elfriede Löhr.