Évangile selon Marc 12​:​1-44

12  Alors il commença à leur parler en utilisant des exemples : « Un homme a planté une vigne+ et l’a entourée d’une clôture. Il a aussi creusé un pressoir et construit une tour+. Puis il a loué la vigne à des cultivateurs et il est parti en voyage à l’étranger+.  Le moment venu, il a envoyé un serviteur vers les cultivateurs pour recevoir une partie des raisins.  Mais ils l’ont saisi, battu et renvoyé les mains vides.  Il leur a envoyé un autre serviteur, mais ils l’ont frappé à la tête et humilié+.  Il en a envoyé un autre encore, mais ils l’ont tué. Et il en a envoyé beaucoup d’autres, mais ils les ont battus ou tués.  Il avait encore un fils, qu’il aimait particulièrement+. Il l’a envoyé en dernier, en se disant : “Ils respecteront mon fils.”  Mais les cultivateurs se sont dit entre eux : “C’est l’héritier+. Venez, tuons-​le, et l’héritage sera à nous.”  Alors ils l’ont saisi, tué et jeté hors de la vigne+.  Que fera le propriétaire ? Il viendra tuer les cultivateurs, et il donnera la vigne à d’autres+. 10  N’avez-​vous jamais lu ce passage des Écritures : “C’est la pierre que les bâtisseurs ont rejetée qui est devenue la principale pierre d’angle+. 11  Elle est venue de Jéhovah, et c’est une chose merveilleuse à nos yeux+” ? » 12  Les scribes et les prêtres en chef voulaient l’arrêter, car ils avaient compris que c’étaient eux qu’il visait par cet exemple. Mais comme ils avaient peur de la foule, ils le laissèrent et partirent+. 13  Ensuite, ils lui envoyèrent quelques pharisiens et des membres du parti d’Hérode pour le prendre au piège dans ses paroles+. 14  Ces hommes vinrent lui dire : « Enseignant, nous savons que tu dis la vérité et que tu ne cherches l’approbation de personne, car tu ne t’arrêtes pas à l’apparence des gens. Et ce que tu enseignes à propos de Dieu est en accord avec la vérité. Est-​il permis* ou non de payer l’impôt à César ? 15  Devons-​nous payer ou pas ? » Discernant leur hypocrisie, Jésus leur répondit : « Pourquoi me tendez-​vous un piège ? Apportez-​moi un denier. » 16  Ils en apportèrent un. Il leur demanda : « Ce visage et cette inscription, de qui sont-​ils ? » Ils lui répondirent : « De César+. » 17  Alors Jésus dit : « Rendez les choses de César à César+, mais les choses de Dieu à Dieu+. » Et sa réponse les impressionna. 18  Puis les sadducéens, qui disent qu’il n’y a pas de résurrection+, vinrent lui demander+ : 19  « Enseignant, Moïse nous a écrit que, si un homme marié meurt sans enfant, son frère doit prendre sa veuve et donner une descendance à cet homme+. 20  Il y avait sept frères. Le premier s’est marié, mais il est mort sans laisser de descendant. 21  Le deuxième s’est marié avec la veuve, mais lui aussi est mort sans laisser de descendant. Il est arrivé la même chose au troisième. 22  Aucun des sept n’a laissé de descendant. La femme aussi est morte, en dernier. 23  À la résurrection, de qui sera-​t-​elle la femme ? Car les sept l’ont eue pour femme. » 24  Jésus leur répondit : « N’est-​ce pas pour cela que vous êtes dans l’erreur, parce que vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu+. 25  En effet, quand ils ressusciteront, les hommes ne se marieront pas et les femmes ne seront pas données en mariage, mais ils seront comme des anges dans le ciel+. 26  Mais sur le fait que les morts sont ressuscités*, n’avez-​vous pas lu dans le livre de Moïse, dans le récit du buisson épineux, que Dieu lui a dit : “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob+” ? 27  Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur+. » 28  Un scribe qui s’était approché les avait entendus discuter. Comme il avait vu que Jésus leur avait bien répondu, il lui demanda : « Quel est le premier* de tous les commandements+ ? » 29  Jésus répondit : « Le premier, c’est : “Écoute, ô Israël : Jéhovah notre Dieu est un seul Jéhovah. 30  Tu dois aimer Jéhovah ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force+.” 31  Le deuxième, c’est : “Tu dois aimer ton prochain comme toi-​même+.” Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » 32  Le scribe lui dit : « Enseignant, ce que tu as dit est très bien. Tu as parlé en accord avec la vérité : “Il est un seul, et il n’y en a pas d’autre que lui+.” 33  Et l’aimer de tout son cœur, de toute sa pensée* et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-​même, vaut bien mieux que tous les holocaustes et les sacrifices+. » 34  Voyant qu’il avait répondu intelligemment, Jésus lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Après cela, plus personne n’eut le courage de l’interroger+. 35  Cependant, alors qu’il continuait à enseigner dans le Temple, Jésus demanda : « Pourquoi les scribes disent-​ils que le Christ est le fils de David+ ? 36  Poussé par l’esprit saint+, David lui-​même a dit : “Jéhovah a dit à mon Seigneur : ‘Assieds-​toi à ma droite jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds+.’” 37  David lui-​même l’appelle Seigneur. Alors comment peut-​il être son fils+ ? » Et la grande foule qui était là l’écoutait avec plaisir. 38  Pendant qu’il enseignait, il dit encore : « Méfiez-​vous des scribes qui aiment circuler en longs vêtements, être salués sur les places de marché+ 39  et avoir les premiers sièges dans les synagogues et les places les plus en vue dans les repas*+. 40  Ils prennent aux veuves tout ce qu’elles ont*, et pour se faire remarquer*, ils disent de longues prières. Ils recevront un jugement plus sévère. » 41  Ensuite, il s’assit en face des troncs+ du Trésor et regarda comment la foule y mettait de l’argent. De nombreux riches mettaient beaucoup de pièces+. 42  Puis une veuve pauvre arriva et mit deux petites pièces de très peu de valeur+. 43  Jésus appela ses disciples et leur dit : « Vraiment, je vous dis que cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis de l’argent dans les troncs du Trésor+. 44  Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, qui est pauvre, a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre+. »

Notes

Ou « bien ».
Litt. « relevés ».
Ou « le plus important ».
Litt. « son intelligence ».
Ou « repas du soir ».
Litt. « dévorent les maisons des veuves ».
Ou « comme prétexte ».

Notes d'étude

exemples : Ou « paraboles ». Le mot grec parabolê, qui signifie littéralement « action de placer à côté (de rapprocher) », peut désigner une parabole, un proverbe ou un exemple. Jésus a souvent expliqué une chose en la « plaçant à côté » d’une chose similaire, en les comparant (Mc 4:30). Ses exemples étaient brefs, et il s’agissait généralement de récits fictifs dont on pouvait tirer une vérité morale ou spirituelle.

tour : Désigne ici un poste d’observation d’où on pouvait surveiller les vignes afin de les protéger contre les voleurs et les animaux (Is 5:2).

a loué : Au 1er siècle, c’était une pratique courante en Israël. Dans l’exemple de Jésus, le propriétaire avait effectué de nombreux travaux préliminaires, et il était donc tout à fait raisonnable qu’il attende un retour sur investissement.

la principale pierre d’angle : Ou « la pierre la plus importante ». L’expression hébraïque qu’on retrouve en Ps 118:22 et l’expression grecque utilisée ici signifient littéralement « la tête de l’angle ». Même si cette expression peut être comprise de différentes façons, il semble qu’elle désigne la pierre que l’on plaçait en haut de la jonction entre deux murs pour les maintenir ensemble fermement. Jésus a cité la prophétie contenue en Ps 118:22 et se l’est appliquée à lui-​même : il est la « principale pierre d’angle ». La pierre la plus élevée d’un édifice est bien en vue, tout comme l’est Jésus Christ, la pierre de couronnement de l’assemblée chrétienne qui est composée des oints et qui est comparée à un temple spirituel.

ce passage des Écritures : Litt. « cette Écriture ». Ici, c’est le singulier du mot grec graphê qui est employé. Dans le cas présent, ce mot désigne un passage des Écritures, Ps 118:22, 23.

principale pierre d’angle : Voir note d’étude sur Mt 21:42.

Jéhovah : En Ps 118:22, 23, qui est cité ici, le nom divin, représenté par quatre consonnes hébraïques (translittérées par YHWH), figure dans le texte hébreu original (voir app. C).

membres du parti d’Hérode : Voir lexique.

impôt : Ou « impôt par tête ». Impôt prélevé chaque année par les Romains auprès de toutes les personnes recensées (Lc 2:1-3). Son montant s’élevait probablement à un denier, c’est-à-dire une journée de salaire pour un ouvrier.

César : Ou « l’empereur ». L’empereur romain qui était en fonction pendant le ministère terrestre de Jésus était Tibère. Mais le terme « César » ne désignait pas uniquement l’empereur régnant. Il pouvait aussi désigner l’autorité civile romaine, c’est-à-dire l’État, avec ses représentants officiels ; ils sont appelés « autorités supérieures » par Paul, et le « roi » et ses « gouverneurs » par Pierre (Rm 13:1-7 ; 1P 2:13-17 ; Tt 3:1 ; voir lexique).

denier : Pièce de monnaie romaine en argent qui portait une inscription de César. Sa valeur correspondait à l’« impôt par tête » que les Romains prélevaient auprès des Juifs (Mc 12:14, note). Au temps de Jésus, les ouvriers agricoles recevaient généralement un denier pour une journée de travail de 12 heures. Les Écritures grecques chrétiennes utilisent souvent le denier comme unité de référence pour indiquer la valeur monétaire ou le prix de quelque chose (Mt 20:2 ; Mc 6:37 ; 14:5 ; Ré 6:6). Différentes pièces de monnaie en cuivre ou en argent étaient en circulation en Israël, par exemple des pièces en argent fabriquées à Tyr, qui servaient à payer l’impôt destiné au Temple. Cependant, pour payer l’impôt aux Romains, les Juifs utilisaient apparemment le denier en argent, qui portait le visage de César (voir lexique et app. B14).

Ce visage et cette inscription : Sur le côté face d’un denier de cette époque, on voyait généralement la tête de l’empereur romain Tibère (qui a régné de 14 à 37 de n. è.) portant une couronne de laurier, ainsi que l’inscription suivante (en latin) : « Tibère César Auguste, fils du divin Auguste » (voir aussi app. B14).

Ce visage et cette inscription : Voir note d’étude sur Mt 22:20.

Rendez : Ou « payez ». Étant donné que César faisait fabriquer les pièces, il était en droit d’en redemander une partie. Par contre, il n’avait pas le droit d’exiger d’une personne qu’elle lui voue sa vie. C’est Dieu qui a donné aux humains « la vie et le souffle et toutes choses » (Ac 17:25). Une personne ne peut donc « rendre » sa vie qu’à Dieu, en se vouant à lui, car Dieu seul est en droit d’exiger un attachement sans partage.

les choses de Dieu à Dieu : ‘Rendre les choses de Dieu à Dieu’ signifie notamment l’adorer de tout son cœur, l’aimer de toute son âme, et lui obéir totalement et fidèlement (Mt 4:10 ; 22:37, 38 ; Ac 5:29 ; Rm 14:8).

Rendez : Voir note d’étude sur Mt 22:21.

les choses de César à César : C’est le seul épisode de la Bible (voir aussi récits parallèles en Mt 22:21 et en Lc 20:25) où Jésus parle de l’empereur romain. Les « choses de César » comprennent le paiement pour les services rendus par les autorités civiles, ainsi que l’honneur et la soumission relative qui leur sont dus (Rm 13:1-7).

les choses de Dieu à Dieu : Voir note d’étude sur Mt 22:21.

sadducéens : Il s’agit de la seule mention des sadducéens dans l’Évangile de Marc (voir lexique). Ce nom (grec Saddoukaïos) a probablement un lien avec Zadok (souvent rendu par Saddouk dans la Septante). Zadok a été nommé grand prêtre à l’époque de Salomon, et ses descendants ont apparemment occupé la fonction de prêtres pendant des siècles (1R 2:35).

résurrection : Le mot grec anastasis signifie littéralement « action de se lever », « action de se mettre debout ». Il est utilisé une quarantaine de fois dans les Écritures grecques chrétiennes en lien avec la résurrection des morts (Mt 22:23, 31 ; Ac 4:2 ; 24:15 ; 1Co 15:12, 13). La Septante utilise en Is 26:19 le verbe apparenté à anastasis pour rendre le verbe hébreu qui a été traduit par « revivre » dans l’expression « tes morts revivront » (voir lexique).

Le deuxième s’est marié avec la veuve : Chez les Hébreux, si un homme mourait sans avoir de fils, son frère devait épouser la veuve afin d’engendrer une descendance qui perpétuerait la lignée du défunt (Gn 38:8). Cette disposition, plus tard intégrée à la Loi mosaïque, s’appelait le mariage léviratique (le mot français « lévirat » vient d’un mot latin qui veut dire « beau-frère ») (Dt 25:5, 6). Le mariage léviratique avait toujours cours à l’époque de Jésus, puisque les sadducéens le mentionnent ici. La Loi autorisait les membres d’une famille à refuser de contracter un mariage léviratique. Mais un homme qui ne voulait pas « assurer de descendance à son frère » se couvrait de honte (Dt 25:7-10 ; Ru 4:7, 8).

les Écritures : Expression souvent utilisée pour désigner l’ensemble des écrits hébraïques inspirés par Dieu.

les Écritures : Voir note d’étude sur Mt 22:29.

mais des vivants : D’après le récit parallèle de Lc 20:38, Jésus poursuit : « Car pour lui [ou : « de son point de vue », note], ils sont tous vivants. » La Bible montre que les humains qui sont vivants mais éloignés de Dieu sont morts à ses yeux (Éph 2:1 ; 1Tm 5:6). À l’inverse, ceux qui ont son approbation et qui meurent restent vivants de son point de vue, car il ne fait absolument aucun doute qu’il va les ressusciter (Rm 4:16, 17).

dans le livre de Moïse : D’après les sadducéens, seuls les écrits de Moïse étaient inspirés par Dieu. Les sadducéens s’opposaient à l’enseignement de Jésus au sujet de la résurrection, sans doute parce qu’ils pensaient que rien dans le Pentateuque n’appuyait cet enseignement. Pour montrer que les morts ressusciteront, Jésus aurait pu citer de nombreux versets, comme Is 26:19, Dn 12:13 ou Os 13:14. Mais il savait quels écrits étaient acceptés par les sadducéens ; il a donc prouvé ses dires en se servant de ce que Jéhovah avait dit à Moïse (Ex 3:2, 6).

que Dieu lui a dit : Ici, Jésus évoque une conversation que Jéhovah a eue avec Moïse vers 1514 av. n. è. (Ex 3:2, 6). À ce moment-​là, Abraham était mort depuis 329 ans, Isaac depuis 224 ans et Jacob depuis 197 ans. Pourtant, Jéhovah n’a pas dit : ‘J’étais leur Dieu’, mais ‘Je suis leur Dieu’ (voir note d’étude sur Mc 12:27).

mais des vivants : D’après le récit parallèle de Lc 20:38, Jésus poursuit : « Car pour lui [ou : « de son point de vue », note], ils sont tous vivants. » La Bible montre que les humains qui sont vivants mais éloignés de Dieu sont morts à ses yeux (Éph 2:1 ; 1Tm 5:6). À l’inverse, ceux qui ont son approbation et qui meurent restent vivants de son point de vue, car il ne fait absolument aucun doute qu’il va les ressusciter (Rm 4:16, 17).

Écoute, ô Israël : Cette citation du Deutéronome (Dt 6:4, 5) est plus étendue que celle qu’on trouve dans les récits de Matthieu et de Luc. Dans ce verset de Marc figure le début de ce qui est appelé le Shema, sorte de profession de foi du judaïsme tirée de Dt 6:4-9 ; 11:13-21. Le nom Shema tire son origine du premier mot de Dt 6:4 en hébreu, shemaʽ, qui signifie « écoute ! », « entends ! ».

Jéhovah notre Dieu est un seul Jéhovah : Ou « Jéhovah est notre Dieu ; Jéhovah est unique », « Jéhovah est notre Dieu ; il n’y a qu’un seul Jéhovah ». Dans le texte hébraïque de Dt 6:4, cité ici, le mot rendu par « un seul » peut emporter l’idée d’être unique en son genre. Jéhovah est le seul vrai Dieu ; aucun faux dieu ne peut rivaliser avec lui (2S 7:22 ; Ps 96:5 ; Is 2:18-20). Dans le Deutéronome, Moïse a rappelé aux Israélites qu’ils devaient rendre à Jéhovah un culte sans partage. Ils ne devaient pas suivre les peuples des alentours, qui adoraient de nombreux dieux et déesses. Certains de leurs faux dieux étaient supposés régner sur des éléments de la nature, d’autres étaient des formes distinctes d’une même divinité. Le mot hébreu traduit par « un seul » évoque aussi l’unité de but et d’action. Jéhovah n’est ni partagé ni imprévisible. Il est toujours fidèle, constant et véridique. Une discussion au sujet du premier commandement figure dans chacun des trois Évangiles synoptiques, mais seul celui de Marc introduit ce commandement par cette phrase : « Écoute, ô Israël : Jéhovah notre Dieu est un seul Jéhovah. » Si le commandement d’aimer Dieu suit cette déclaration sur l’unicité de Jéhovah, c’est pour montrer que l’amour de ses adorateurs doit lui aussi être sans partage.

Jéhovah [...] Jéhovah : En Dt 6:4, qui est cité ici, le nom divin, représenté par quatre consonnes hébraïques (translittérées par YHWH), figure deux fois dans le texte hébreu original (voir app. C).

âme : Ici, « âme » a le sens de « tout l’être » (voir lexique).

pensée : Il s’agit des facultés intellectuelles. Une personne doit utiliser ses facultés mentales pour apprendre à connaître Dieu et faire grandir son amour pour lui (Jean 17:3 ; Rm 12:1). Le texte hébreu original de Dt 6:5, qui est cité ici, utilise trois termes qu’on traduit par « cœur », « âme » et « force ». Mais l’Évangile de Matthieu tel qu’il existe en grec utilise le mot rendu par « pensée » au lieu de celui rendu par « force ». Il peut y avoir plusieurs raisons qui expliquent l’emploi de termes différents. Premièrement, même si l’hébreu ancien n’a pas de mot spécifique pour « pensée », cette notion est souvent incluse dans le mot hébreu correspondant à « cœur ». Employé au sens figuré, ce mot hébreu désigne la personne intérieure tout entière, notamment les pensées, les sentiments, l’état d’esprit et les mobiles d’une personne (Dt 29:4 ; Ps 26:2 ; 64:6 ; voir note d’étude sur cœur dans ce verset). C’est pourquoi quand le texte hébreu utilise le mot traduit par « cœur », la Septante emploie souvent l’équivalent grec de « pensée » (Ex 35:26 ; Dt 29:18 ; Jb 1:5 ; Pr 2:10). Une deuxième raison qui explique peut-être pourquoi Matthieu a utilisé le mot grec correspondant à « pensée » au lieu de celui correspondant à « force » quand il a cité Dt 6:5, c’est que le mot hébreu rendu par « force [ou : « force vitale », note] » pouvait désigner à la fois la force physique et les capacités mentales ou intellectuelles. Quoi qu’il en soit, le fait que les termes hébreu et grec ont des sens qui se recoupent peut expliquer pourquoi les rédacteurs des Évangiles ne reprennent pas exactement la même formulation que le Deutéronome quand ils le citent (voir notes d’étude sur Mc 12:30 ; Lc 10:27).

cœur, [...] âme, [...] force et [...] pensée : Ici, un homme qui était un spécialiste de la Loi cite Dt 6:5, qui, dans le texte hébreu original, utilise trois termes qu’on traduit par « cœur », « âme » et « force ». Cependant, d’après le récit de Luc, qui a été écrit en grec, l’homme mentionne quatre notions : le cœur, l’âme, la force et la pensée. Cette réponse du spécialiste montre à l’évidence qu’à l’époque de Jésus, il était couramment admis que la combinaison de ces quatre notions grecques restituait bien le sens des trois mots hébreux de la citation originale (pour plus de détails, voir notes d’étude sur Mc 12:30).

Jéhovah : En Dt 6:5, qui est cité ici, le nom divin, représenté par quatre consonnes hébraïques (translittérées par YHWH), figure dans le texte hébreu original (voir app. C).

cœur : Quand il est employé au sens figuré, ce terme désigne en général la personne intérieure tout entière. Cependant, quand il figure avec les mots « âme » et « pensée », son sens semble plus restreint : il désigne alors principalement les émotions, les désirs et les sentiments d’une personne. Les quatre termes utilisés ici (« cœur », « âme », « pensée » et « force ») ne s’excluent pas les uns les autres ; comme leurs sens se recoupent, le fait qu’ils sont utilisés ensemble souligne avec force la nécessité d’aimer Dieu d’un amour complet, total (voir notes d’étude sur pensée et force dans ce verset).

âme : Voir note d’étude sur Mt 22:37.

pensée : Il s’agit des facultés intellectuelles. Une personne doit utiliser ses facultés mentales pour apprendre à connaître Dieu et faire grandir son amour pour lui (Jean 17:3 ; Rm 12:1). Le texte hébreu original de Dt 6:5, qui est cité ici, utilise trois termes qu’on traduit par « cœur », « âme » et « force ». Mais dans le récit de Marc, qui a été écrit en grec, ce sont quatre notions qui sont mentionnées : le cœur, l’âme, la pensée et la force. Il peut y avoir plusieurs raisons à cela. Le mot grec rendu par « pensée » a peut-être été ajouté pour restituer l’idée complète des trois notions du texte hébreu, dont les sens se recoupent. Même si l’hébreu ancien n’a pas de mot spécifique pour « pensée », cette notion est souvent incluse dans le mot hébreu correspondant à « cœur ». Employé au sens figuré, ce mot hébreu désigne la personne intérieure tout entière, notamment les pensées, les sentiments, l’état d’esprit et les mobiles d’une personne (Dt 29:4 ; Ps 26:2 ; 64:6 ; voir note d’étude sur cœur dans ce verset). C’est pourquoi quand le texte hébreu utilise le mot traduit par « cœur », la Septante emploie souvent l’équivalent grec de « pensée » (Ex 35:26 ; Dt 29:18 ; Jb 1:5 ; Pr 2:10). Le fait que Marc utilise le mot pensée suggère peut-être aussi que les sens du mot hébreu pour « force » et du mot grec pour « pensée » se recoupent (cf. formulation en Mt 22:37, où « pensée » est employé à la place de « force »). Le fait que toutes ces notions se recoupent peut aider à comprendre pourquoi le scribe utilise le mot « intelligence » quand il répond à Jésus (Mc 12:33, note). Cela peut aussi expliquer pourquoi les rédacteurs des Évangiles ne reprennent pas exactement la même formulation que Dt 6:5 quand ils le citent (voir note d’étude sur force dans ce verset et notes d’étude sur Mt 22:37 ; Lc 10:27).

force : Comme l’explique la note d’étude sur pensée, le texte hébreu original de Dt 6:5, qui est cité ici, utilise trois termes qu’on traduit par « cœur », « âme » et « force ». Le mot hébreu rendu par « force [ou : « force vitale », note] » pouvait désigner à la fois la force physique et les capacités mentales ou intellectuelles. Ce peut être une autre raison pour laquelle la notion de « pensée » est ajoutée quand ce verset est cité dans les Écritures grecques chrétiennes. Cela peut aussi expliquer pourquoi Mt 22:37 emploie « pensée » et non « force » quand il cite Dt 6:5. Quoi qu’il en soit, quand un spécialiste de la Loi a cité ce même verset des Écritures hébraïques, il a mentionné les quatre notions : le cœur, l’âme, la force et la pensée (d’après le récit de Luc [10:27], qui a été écrit en grec). Cela montre à l’évidence qu’à l’époque de Jésus, il était couramment admis que la combinaison des quatre notions grecques restituait bien le sens des trois mots hébreux de la citation originale.

prochain : Le mot grec pour « prochain » (litt. « le proche », « le voisin ») peut désigner non seulement les personnes qui vivent à proximité de soi, mais aussi toute autre personne avec qui on a des contacts (Lc 10:29-37 ; Rm 13:8-10 ; voir note d’étude sur Mt 5:43).

Le deuxième : Mc 12:29, 30 rapporte la réponse directe de Jésus à la question du pharisien. Mais dans le verset 31, Jésus va plus loin et cite un deuxième commandement (Lv 19:18). Il souligne que « ces deux commandements » sont indissociables et qu’à eux seuls, ils résument toute la Loi et les Prophètes (Mt 22:40).

prochain : Voir note d’étude sur Mt 22:39.

holocaustes : Le terme grec holokautôma (vient de holos, qui signifie « complètement », et de kaïô, qui signifie « brûler ») ne figure que trois fois dans les Écritures grecques chrétiennes : ici et en Hé 10:6, 8. Il s’agit d’un terme qui est employé dans la Septante pour rendre le mot hébreu ʽolah, qui désigne un sacrifice entièrement consumé par le feu que l’on présentait à Dieu dans sa totalité, sans qu’aucun morceau de l’animal soit mangé par l’adorateur. Le terme grec holokautôma figure dans la Septante en 1S 15:22 et en Os 6:6, versets que le scribe avait sans doute à l’esprit quand il a répondu à Jésus (Mc 12:32). Jésus, qui est un « holocauste » au sens figuré, s’est offert entièrement, complètement.

Jéhovah : En Ps 110:1, qui est cité ici, le nom divin, représenté par quatre consonnes hébraïques (translittérées par YHWH), figure dans le texte hébreu original (voir app. C).

places de marché : Ou « lieux d’assemblée ». Le mot grec agora désigne ici un espace découvert où l’on se retrouvait pour vendre et acheter, et où l’on tenait des réunions publiques. Il y avait des places de marché dans les villes, grandes et petites, du Proche-Orient ancien et du monde gréco-romain.

places de marché : Voir note d’étude sur Mt 23:7.

premiers sièges : Ou « meilleurs sièges ». Apparemment, les présidents de la synagogue et les invités de marque s’asseyaient près de l’endroit où les rouleaux des Écritures étaient rangés, là où toute l’assemblée pouvait les voir. Ces places d’honneur étaient probablement réservées aux personnages importants.

premiers sièges : Voir note d’étude sur Mt 23:6.

trésor sacré : Ce terme désigne peut-être la partie du Temple qui est appelée « le trésor » en Jean 8:20 ; elle était apparemment située dans la zone appelée la cour des Femmes, où se trouvaient les 13 troncs du trésor (voir app. B11). On pense que, dans l’enceinte du Temple, il y avait aussi une salle où l’on apportait l’argent des troncs.

troncs du trésor : Des sources juives anciennes disent que ces boîtes à offrandes, ou réceptacles, avaient une forme de trompette ou de cor, et qu’elles avaient, semble-​t-​il, une petite ouverture sur le dessus. Les gens y déposaient de l’argent destiné à différents usages sacrés. Le mot grec employé ici apparaît aussi en Jean 8:20, où il est rendu par « trésor ». Le trésor était apparemment situé dans la zone appelée la cour des Femmes (voir note d’étude sur Mt 27:6 et app. B11). Selon des sources rabbiniques, les 13 troncs du trésor étaient disposés le long des murs de cette cour. On pense que, dans l’enceinte du Temple, il y avait aussi une salle où l’on apportait l’argent des troncs.

argent : Litt. « cuivre ». Le terme grec désigne des pièces en cuivre, mais il s’employait aussi pour parler de toutes les monnaies en général (voir app. B14).

deux petites pièces : Litt. « deux lepta ». « Lepta » est le pluriel de « lepton », qui vient du grec leptôn. Ce mot grec désigne quelque chose de petit et de fin. Un lepton était une pièce équivalant à 1/128 de denier et c’était probablement la plus petite pièce, en cuivre ou en bronze, utilisée en Israël (voir lexique à « lepton » et app. B14).

de très peu de valeur : Litt. « qui font un quadrans ». Le mot grec kodrantês (qui vient du latin quadrans) désigne une pièce de monnaie romaine en cuivre ou en bronze qui valait 1/64 de denier. Marc se sert ici de la monnaie romaine pour expliquer la valeur des pièces utilisées couramment par les Juifs (voir app. B14).

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Pressoir à vin
Pressoir à vin

En Israël, les vendanges s’effectuaient en août et en septembre, en fonction de la variété de raisin et du climat de la région. On plaçait le raisin dans des cuves ou des auges creusées dans la roche calcaire. Puis les hommes, pieds nus dans le pressoir, foulaient le raisin tout en chantant des chansons (Is 16:10 ; Jr 25:30 ; 48:33).

1. Raisin fraîchement cueilli

2. Pressoir

3. Conduit d’écoulement

4. Bassin de collecte inférieur

5. Jarres à vin en terre cuite

Tibère
Tibère

Tibère est né en 42 av. n. è. Il est devenu le deuxième empereur de Rome en 14 de n. è. et il a vécu jusqu’en mars 37 de n. è. Il était empereur tout le temps qu’a duré le ministère de Jésus. Tibère était donc le César en fonction lorsque Jésus a dit, en rapport avec la pièce servant à payer l’impôt : « Rendez les choses de César à César » (Mc 12:14-17 ; Mt 22:17-21 ; Lc 20:22-25).

Place du marché
Place du marché

Certains marchés, comme celui représenté ici, se situaient le long d’une rue. Généralement, les commerçants étalaient dans la rue tellement de marchandises que cela bloquait la circulation. Les habitants pouvaient acheter des articles ménagers courants, de la poterie, de la verrerie coûteuse ou des produits frais. Comme les systèmes de réfrigération n’existaient pas, les gens devaient se rendre au marché chaque jour pour faire des achats. Là, une personne qui faisait ses courses pouvait entendre les dernières nouvelles apportées par des marchands ou d’autres visiteurs, les enfants pouvaient jouer, et les personnes sans emploi pouvaient chercher du travail. Jésus a guéri des malades sur des places de marché, et Paul a prêché dans ce genre d’endroits (Ac 17:17). Les scribes et les pharisiens, des hommes orgueilleux, aimaient quant à eux être remarqués et salués dans ces lieux publics.

Les premiers sièges dans les synagogues
Les premiers sièges dans les synagogues

La reconstitution présentée dans cette vidéo a été effectuée notamment à partir des ruines de la synagogue de Gamala, une ville située à 10 km au NE de la mer de Galilée. Il n’existe aujourd’hui aucune synagogue du 1er siècle qui soit restée intacte ; on n’a donc aucune certitude quant à leur configuration précise. La synagogue présentée dans cette vidéo comporte des éléments qui étaient sans doute présents dans beaucoup de synagogues de cette époque.

1. Les premiers, ou meilleurs, sièges de la synagogue. Ils étaient situés sur l’estrade ou tout près de celle-ci.

2. L’estrade depuis laquelle on lisait les Saintes Écritures. L’emplacement de l’estrade pouvait varier d’une synagogue à l’autre.

3. Les places situées le long des murs. Elles étaient peut-être occupées par ceux qui avaient une certaine position dans la société. Les autres s’asseyaient sans doute sur des nattes posées à même le sol. Dans la synagogue de Gamala, il y avait apparemment quatre rangées de gradins.

4. L’arche, une sorte d’armoire ou de coffre, dans laquelle on conservait les rouleaux sacrés. Elle pouvait se trouver contre le mur du fond.

L’attribution des places à la synagogue rappelait constamment à ceux qui étaient présents que certains avaient une position plus élevée que d’autres, sujet qui a souvent fait débat parmi les disciples de Jésus (Mt 18:1-4 ; 20:20, 21 ; Mc 9:33, 34 ; Lc 9:46-48).

Les places en vue dans les repas
Les places en vue dans les repas

Au 1er siècle, il était courant qu’on s’étende à table lors du repas. On s’appuyait sur le coude gauche, posé sur un coussin, et on mangeait de la main droite. Dans la culture gréco-romaine, la salle à manger comportait généralement trois divans disposés autour d’une table basse. Les Romains appelaient ce genre de salle à manger un triclinium (mot latin dérivé d’un mot grec qui signifie « salle à manger avec trois divans »). Habituellement, cet agencement permettait d’accueillir neuf personnes, trois sur chaque divan. Mais avec le temps, on s’est mis à utiliser des divans plus grands, sur lesquels plus de monde pouvait s’étendre. On avait coutume d’attribuer à chaque place dans la salle à manger un niveau d’honneur différent. On attribuait à un divan (A) le niveau d’honneur le plus bas, à un autre (B) le niveau moyen, et au dernier (C) le niveau le plus haut. On donnait aussi aux places sur le divan un niveau d’honneur différent : on considérait qu’un convive était supérieur à son voisin de droite et inférieur à son voisin de gauche. Lors d’un banquet officiel, l’hôte s’asseyait généralement à la place la plus à gauche (1) sur le divan ayant le niveau d’honneur le plus bas. La place la plus en vue se situait sur le divan du milieu, à côté de l’hôte (2). On ne sait pas dans quelle mesure les Juifs avaient adopté cette coutume, mais Jésus y a manifestement fait allusion quand il a enseigné à ses disciples la nécessité d’être humble.

Les troncs du trésor et la veuve
Les troncs du trésor et la veuve

Selon des sources rabbiniques, il y avait dans le temple construit par Hérode 13 troncs, appelés « troncs-schofar ». Le terme hébreu shôphar signifie « corne de bélier », ce qui donne à penser qu’au moins une partie du tronc devait avoir la forme d’une corne (d’un cor) ou d’une trompette. Quand Jésus a condamné ceux qui, figurément parlant, sonnaient de la trompette lorsqu’ils donnaient aux pauvres, ses auditeurs se sont peut-être souvenus du bruit que faisaient les pièces quand on les mettait dans ces troncs en forme de trompette, qui se trouvaient dans le trésor (Mt 6:2). Les deux petites pièces que la veuve a mises dans le tronc n’ont sans doute pas fait beaucoup de bruit, mais Jésus a expliqué que la veuve et son don avaient tous les deux une grande valeur aux yeux de Jéhovah.