Le 17 août 2017, le tribunal de Vyborg a décrété que la version russe des Saintes Écritures. Traduction du monde nouveau *, une Bible publiée par les Témoins de Jéhovah dans un grand nombre de langues, était « extrémiste ». C’est la première fois que la Bible est interdite dans un pays où la majorité des citoyens se disent chrétiens.

Fin juillet 2017, le tribunal de Vyborg a repris l’audience, qui avait été suspendue depuis avril 2016 afin de réaliser une « expertise » de la Traduction du monde nouveau. Le juge avait en effet accepté la requête du procureur des transports de Leningrad-Finlyandskii qui sollicitait une « expertise » afin de déterminer si la Traduction du monde nouveau devait être ou non déclarée « extrémiste ». Après de nombreux reports, l’étude a été achevée et présentée devant le tribunal le 22 juin 2017. Elle conclut que la Bible est un ouvrage « extrémiste » et s’inscrit ainsi dans la même ligne que les études précédentes portant sur les publications des Témoins, études effectuées à la demande des juges et menées par de soi-disant experts.

Une « expertise » fondée sur des croyances théologiques, non sur des faits

Afin de justifier ses conclusions, l’étude va jusqu’à prétendre que la Traduction du monde nouveau « n’est pas une Bible ». Cette affirmation n’est rien d’autre qu’une tentative de contourner la loi fédérale sur la lutte contre les activités extrémistes, loi qui interdit de qualifier d’extrémistes les textes sacrés tels que la Bible. Yaroslav Sivulskiy, un représentant de l’Association européenne des chrétiens Témoins de Jéhovah, a déclaré : « Après avoir maintes fois détourné la loi anti-extrémisme pour s’en prendre à notre culte, les autorités russes essaient maintenant de la contourner : elles soutiennent que la Traduction du monde nouveau n’est pas une Bible afin de pouvoir la déclarer extrémiste. C’est un exemple de plus qui illustre jusqu’où les autorités russes sont prêtes à aller pour diffamer les Témoins de Jéhovah. »

« La Bible, le Coran, la Torah et le Kangyour, mais aussi leur contenu et les citations relevées dans ces livres, ne peuvent pas être déclarés extrémistes » (amendement à la loi fédérale de lutte contre les activités extrémistes, article 3.1 : considérations particulières concernant l’application aux textes religieux de la législation fédérale russe contre les activités extrémistes).

Le principal argument avancé pour affirmer que la Traduction du monde nouveau « n’est pas une Bible » est qu’elle rend le nom personnel de Dieu, apparaissant sous la forme du tétragramme *, par « Jéhovah ». Les avocats qui représentaient les Témoins de Jéhovah ont fourni des preuves réfutant ce raisonnement. Ils ont présenté au tribunal dix autres Bibles russes qui utilisent le nom Jéhovah, mais aussi des œuvres poétiques de Tsvetaïeva et Pouchkine, des livres de Kouprine, de Gontcharov et de Dostoïevski, ainsi que des extraits d’autres ouvrages de littérature russe classique. Ils ont également attiré l’attention sur la Bible de Makarios, une bible en langue russe publiée au XIX siècle et produite par des traducteurs orthodoxes, dans laquelle le nom Jéhovah apparaît plus de 3 500 fois.

De plus, le tribunal a autorisé deux experts à témoigner que la Traduction du monde nouveau est une version de la Sainte Bible. Lors de l’audience du 9 août, le professeur Anatoliy Baranov *, linguiste respecté, a attesté que les différences de formulation entre la Bible synodale et la Traduction du monde nouveau ne signifient pas que cette dernière n’est pas une Bible. Ce sont des différences qu’on s’attend à trouver entre plusieurs traductions. Afin d’évaluer en toute objectivité l’exactitude d’une traduction moderne de la Bible, il faut la comparer aux textes rédigés dans les langues originales (en hébreu, en araméen ou en grec) plutôt qu’à une traduction plus ancienne dans la même langue.

Lors de l’audience du 16 août, Mikhail Odintsov *, spécialiste des religions, a affirmé que le texte de la Traduction du monde nouveau ne diffère pas en substance de celui d’autres bibles russes et qu’il est conforme au canon biblique généralement accepté. Concernant l’usage du nom divin, M. Odintsov a confirmé que « Jéhovah » a été utilisé par d’autres traducteurs russes, y compris par ceux de la Bible synodale, dans laquelle il apparaît une dizaine de fois.

L’expertise a également prétendu que la Traduction du monde nouveau n’est pas une Bible parce qu’elle ne déclare pas expressément en être une. Toutefois, M. Odintsov a expliqué que les mots « Écritures » et « Saintes Écritures » sont tout à fait appropriés pour désigner la Bible.

Le procès de la Traduction du monde nouveau : une injustice de plus contre les Témoins de Jéhovah

La décision rendue par le tribunal de Vyborg n’est pas encore entrée en vigueur et la Traduction du monde nouveau n’a pas été ajoutée à la liste fédérale des ouvrages extrémistes. Les Témoins feront appel devant le tribunal régional de Leningrad dans les 30 jours.

La décision d’interdire la Bible que les Témoins de Jéhovah utilisent dans leur culte est la dernière injustice qui s’inscrit dans la campagne de persécution orchestrée par l’État et dirigée contre eux depuis plus de 10 ans. Cette campagne a atteint son point culminant le 17 juillet, quand la Cour suprême de Russie a confirmé sa décision de rendre les activités des Témoins de Jéhovah illégales en Russie. Le jugement rendu par le tribunal de Vyborg montre que la Russie continue de persécuter injustement les Témoins.

Dates clés du procès de la Russie contre Les Saintes Écritures. Traduction du monde nouveau

  1. 17 août 2017

    Le tribunal de Vyborg accède à la demande du procureur de déclarer la Traduction du monde nouveau « extrémiste ».

  2. 9 août 2017

    Le tribunal de Vyborg reprend l’audience du procès concernant l’examen de la Traduction du monde nouveau.

  3. 6 juin 2017

    Le rapport du Centre des expertises socioculturelles conclut que la Traduction du monde nouveau « n’est pas une Bible » et qu’elle est un ouvrage « extrémiste ».

  4. 23 décembre 2016

    La Cour suprême de la Fédération de Russie confirme les décisions des juridictions inférieures de saisir toutes les bibles confisquées en juillet 2015.

  5. 26 avril 2016

    Le tribunal de Vyborg ordonne au Centre des expertises socioculturelles d’examiner la Traduction du monde nouveau et d’y rechercher des traces d’« extrémisme ».

  6. 15 mars 2016

    À la suite d’une requête du procureur, l’audience visant à déclarer la Traduction du monde nouveau « extrémiste » est ouverte devant le tribunal de Vyborg.

  7. 29 décembre 2015

    Le tribunal arbitral de Saint-Pétersbourg et de la région de Leningrad déboute les Témoins de leur plainte contre la saisie illégale de leurs bibles.

  8. 13 août 2015

    Les autorités douanières de Vyborg décident de saisir la totalité des 2 016 bibles arrivées le 13 juillet, sous prétexte qu’elles pourraient contenir des traces d’« extrémisme ».

  9. 14 juillet 2015

    Les autorités douanières de Vyborg réquisitionnent trois exemplaires de la Bible afin de réaliser une « expertise » destinée à justifier la saisie.

  10. 13 juillet 2015

    Les autorités douanières de Vyborg interceptent une cargaison contenant uniquement des exemplaires de la Traduction du monde nouveau en russe.

^ § 2 Les Saintes Écritures. Traduction du monde nouveau sont publiées intégralement ou en partie dans plus de 120 langues. Elles ont été diffusées à plus de 200 millions d’exemplaires.

^ § 6 Le tétragramme est le nom de Dieu en hébreu, יהוה, transcrit par YHWH ou JHVH. Il apparaît près de 7 000 fois dans les Écritures hébraïques (communément appelées l’Ancien Testament).

^ § 7 Le professeur Baranov est membre du comité d’experts chargé d’habiliter des linguistes au Centre des expertises judiciaires de Russie. Il est également le responsable du département de lexicographie expérimentale de l’Institut de la langue russe de l’Académie des sciences de Russie.

^ § 8 Le professeur Odintsov est membre du Conseil académique des archives publiques russes d’histoire sociopolitique, dont il est le spécialiste en chef. Il est aussi président de l’Association des chercheurs en religion.