Épuisées et affaiblies, mais non découragées, Irina Zakharchenko et Valida Jabrayilova ont comparu le 28 janvier devant le tribunal du district de Pirallahi, à Bakou. Enfermées dans une cage comme si elles étaient des criminelles, elles ont écouté le juge Akram Gahramanov prononcer leur condamnation. Il les a déclarées coupables d’avoir diffusé des publications religieuses sans autorisation de l’État et condamnées à payer 7 000 manats chacune (soit 3 932 euros). Comme elles avaient déjà purgé une peine de 11 mois de prison, le juge a annulé les amendes et les a libérées.

Une détention injuste

Le ministre de la Sécurité nationale d’Azerbaïdjan (MNS) a prétendu que Mme Zakharchenko et Mme Jabrayilova, deux Témoins de Jéhovah, ont commis un délit quand elles ont proposé une brochure biblique gratuite à un habitant de Bakou. Pendant dix semaines, le MNS a enquêté sur ce prétendu délit et soumis ces femmes à de multiples interrogatoires difficiles. Quand les femmes ont répondu à une convocation du MNS le 17 février 2015, elles ont été très surprises d’assister à une audience où on leur lisait un acte d’accusation * pour ensuite être placées en détention provisoire.

Depuis le début, ces femmes ont été traitées comme des criminelles et considérées comme une « menace pour la société ». Un membre de l’équipe chargée de leur défense a déclaré : « J’ai été surpris que l’enquêteur puisse décrire les actions de ces femmes avec des termes si excessifs. Il a prétendu qu’elles s’associaient avec une intention criminelle et qu’elles avaient délibérément violé la loi. En fait, Valida est revenue voir une femme avec qui elle avait eu des discussions bibliques et qui lui avait demandé des publications bibliques. La femme a invité Valida et Irina chez elle pour prendre le thé et a accepté une brochure religieuse.

De mauvais traitements et une campagne de grande envergure

Une cage dans une salle d’audience.

Pendant leurs 11 mois de détention, le MNS a maintenu Mme Zakharchenko et Mme Jabrayilova à l’isolement, et a refusé qu’elles reçoivent des visites, des coups de téléphone, du courrier ou une Bible. Les agents du MNS les ont régulièrement soumises à des pressions psychologiques. Elles sont devenues très amaigries et faibles physiquement ; elles ont aussi été privées de sommeil. La Cour a rejeté tous les recours et les requêtes pour les transférer en maison d’arrêt en attendant leur procès.

Le MNS a aggravé leurs souffrances en demandant à la Cour de prolonger leur détention, lors des audiences de mai, de juillet et de septembre 2015. Quand le procès a finalement débuté en décembre, le juge Gahramanov a reporté trois fois les audiences. En définitive, Irina et Valida ont passé environ un an en prison avant que le tribunal ne rende sa décision le 28 janvier 2016.

Le procès a révélé que le MNS menait une campagne de grande envergure contre les Témoins de Jéhovah. Le MNS a demandé au tribunal d’emprisonner les femmes afin de pouvoir identifier d’autres Témoins qui auraient prétendument participé aux actes criminels. Alors que les femmes étaient en prison, des fonctionnaires ont harcelé des Témoins de Jéhovah à Bakou, les soumettant à un interrogatoire et perquisitionnant leurs domiciles et leur lieu de culte.

Appels internationaux pour leur libération

Les Témoins de Jéhovah se sont tournés vers les organismes internationaux des droits de l’homme pour aider Mme Zakharchenko et Mme Jabrayilova. Ils ont déposé des requêtes auprès de la Cour européenne des droits de l’homme et d’autres organes de l’ONU. Les Témoins de Jéhovah du monde entier ont envoyé des milliers de lettres aux autorités azerbaïdjanaises. Des représentants des Témoins de Jéhovah ont pris contact avec des membres du gouvernement de leurs pays et envoyé des lettres directement au président azerbaïdjanais pour demander une intervention humanitaire.

Le 2 décembre 2015, le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU (WGAD) a rendu un avis selon lequel le traitement infligé par l’Azerbaïdjan à ces femmes violait leurs droits et constituait une discrimination religieuse. Il a recommandé aux autorités azerbaïdjanaises de libérer Mme Zakharchenko et Mme Jabrayilova et de les dédommager pour les avoir emprisonnées de manière arbitraire. Le jour suivant, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a demandé au gouvernement de transférer Mme Zakharchenko en résidence surveillée à cause de sa santé déclinante.

Accusées sans motif valable

Lors du procès, le juge Gahramanov a entendu la victime présumée qui a déclaré que Mme Zakharchenko et Mme Jabrayilova lui avaient donné une brochure. Cependant, pendant l’audience, la victime présumée a donné un témoignage confus et incohérent, en contradiction avec ses témoignages précédents. Elle n’a pas pu expliquer quel préjudice elle avait subi en tant que « victime ». Le juge a ensuite laissé Mme Zakharchenko et Mme Jabrayilova l’interroger : elles ont souligné les incohérences dans le témoignage de la « victime » et les inexactitudes dans ses déclarations. Les deux femmes ont dit à la « victime » qu’elles lui pardonnaient.

Le juge a aussi entendu les témoignages de deux « témoins » du prétendu délit consistant à avoir diffusé des publications religieuses sans permission de l’État. Ces « témoins » ont signé des déclarations selon lesquelles Mme Zakharchenko et Mme Jabrayilova avaient commis un délit, mais ils ont reconnu ne pas avoir lu les déclarations. Quand ils ont été interrogés, ils ont également reconnu qu’ils ne connaissaient pas Irina et Valida et qu’elles ne leur avaient donné aucune publication religieuse. La déclaration d’un troisième témoin, lue à haute voix durant le procès, était tout aussi incohérente et contradictoire.

Malgré les preuves en faveur de Mme Zakharchenko et de Mme Jabrayilova, le juge Gahramanov les a déclarées coupables. Après le procès, un avocat qui assurait la défense des deux femmes a observé : « Pour moi, cette décision n’a aucun sens. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU a constaté le tort causé à ces deux femmes et a demandé à ce qu’elles soient libérées et indemnisées. Et ensuite, quelques semaines après, le juge les déclare coupables. » Les femmes examinent la possibilité de faire appel de leur condamnation injuste.

L’Azerbaïdjan cessera-t-il de persécuter les Témoins de Jéhovah ?

Les Témoins de Jéhovah du monde entier sont soulagés de savoir qu’Irina Zakharchenko et Valida Jabrayilova ont été libérées, qu’elles sont prises en charge par leurs familles et qu’elles reçoivent les traitements médicaux nécessaires. Les Témoins sont choqués que l’Azerbaïdjan ait laissé ces deux femmes paisibles et innocentes être maltraitées sans raison, et ait permis qu’un tel traitement ait été justifié par une condamnation.

De nombreuses personnes se joignent aux Témoins pour exprimer leur inquiétude face aux violations flagrantes de la liberté religieuse par l’Azerbaïdjan. La communauté internationale attend avec impatience que le gouvernement améliore la façon dont il considère les minorités religieuses. Les Témoins de Jéhovah continuent de guetter les occasions de pouvoir discuter des questions relatives à leur culte en Azerbaïdjan et de trouver un terrain d’entente avec le gouvernement.

^ § 4 Lors de leur mise en examen le 10 novembre 2015, l’enquêteur du MNS a accusé les femmes d’avoir violé l’article 167-2.2.1 du code pénal de l’Azerbaïdjan, qui interdit la diffusion de publications religieuses par un groupe sans autorisation.